La manipulation mentale ; une sociologie des sectes en France

À propos

En France, jusque dans les années 1960, la lutte contre les « sectes » s'organisait principalement depuis l'Eglise catholique. Une « secte » était alors un mouvement religieux en rupture avec le catholicisme dominant : c'était une « fausse » église. Au cours des années 1970, de « nouvelles sectes » apparaissent. Mais la nouveauté réside avant tout dans la manière dont ces « sectes » sont désignées. Car bien que l'Eglise catholique poursuive son traditionnel combat, elle n'est désormais plus seule : une nouvelle lutte s'organise à partir de collectifs formés par des proches de victimes et des victimes elles-mêmes. Elle se développe en prenant appui sur la notion de manipulation mentale, et non plus sur des notions religieuses. Lorsque des personnes deviennent membres d'une « secte », ceux qui critiquent cette situation estiment que le consentement des membres de la « secte » a été obtenu par une manipulation mentale qui leur a enlevé leur autonomie. A partir du moment où une « secte » est fondée sur la manipulation mentale, une série de conséquences en découlent, qui viennent modifier considérablement l'organisation de l'Etat, des victimes et de leurs proches, comme des communautés classées comme « sectes ». D'emblée se pose une question : comment une personne accuse-t-elle l'un de ses proches, membre d'une « secte », d'être manipulé mentalement ? Ensuite, plutôt que de réfléchir aux raisons et techniques de manipulation, une autre question à résoudre est de savoir pourquoi un être humain peut-il ne pas être manipulé mentalement par une « secte » alors même qu'il est en contact avec l'une d'entre elle, que ce soit en l'infiltrant ou parce qu'il partage son existence avec un adepte. Par ailleurs, comment qualifier juridiquement la manipulation mentale ? Dans les années 2000, la lutte, portée par des associations de défense de victimes et par les pouvoirs publics, a abouti à la création d'un délit pénal punissant la sujétion psychologique. Mais cette sujétion psychologique est-elle réservée aux « sectes » ou s'applique-t-elle dans d'autres situations que celles qui avaient été prévues ? Et agir par le droit a-t-il permis de faire disparaître ou de réduire les manipulations mentales ? Enfin, comment être qualifié de « secte » change-t-il l'existence d'une communauté ? Dès lors qu'un critère mental est pris comme référence, les professionnels du psychisme sont impliqués dans la lutte contre les « sectes ». Ils livrent leurs expertises et ils proposent leur aide thérapeutique. Mais ils s'engagent en important leurs propres fractures. C'est ainsi que s'est développé un mouvement pour réglementer le titre de psychothérapeute au nom de la lutte contre les « sectes ». Quels peuvent être les effets d'une telle réglementation ? Les combats liés à la manipulation mentale, aux « sectes » et à la psychothérapie sont autant d'agencements à travers lesquels l'Etat exerce un pouvoir qui a pour objet le psychisme des êtres humains. Personne n'en dirige ni ne coordonne sa diffusion. Au contraire, une multitude de personnes, certaines parlant au nom de l'Etat et d'autres non, s'active et participe à l'exercice du pouvoir sur le psychisme, tandis que d'autres s'affairent en sens contraire. Les dispositifs de ce pouvoir sur le psychisme des citoyens sont plus inquiétants que d'autres, parce qu'ils nous touchent au plus profond de nous-mêmes. Et parce que, plus que d'autres dispositifs de pouvoir, ils laissent à ceux qui en ont la maîtrise une marge d'arbitraire plus grande.

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  • EAN

    9782213646664

  • Disponibilité

    Disponible

  • Nombre de pages

    450 Pages

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    Public motivé

  • Distributeur

    Numilog

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    ebook (ePub)

Arnaud Esquerre

Arnaud Esquerre est sociologue, chargé de recherche au CNRS. Il est l'auteur de La manipulation mentale. Sociologie des sectes en France (2009), Les os, les cendres et l'État (2011), Prédire. L'astrologie au xxie siècle en France (2013), aux éditions Fayard, et, avec Luc Boltanski, de Vers l'extrême. Extension des domaines de la droite (2014).

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