Le diable par la queue

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[eBook] Le diable par la queue

Extrait J'ai passé mon enfance, mon adolescence, une partie de ma vie d'adulte dans la pauvreté. Je n'en avais pas conscience parce que nous avions de quoi vivre au quotidien ; ma mère faisait preuve d'ingéniosité. J'étais éveillée, ouverte au monde, mais je vivais dans ma bulle, naïvement heureuse. J'habitais, j'habite toujours une bourgade de province. Le genre de ville où rien n'a jamais changé, ne changera jamais, où les rôles sont établis une fois pour toutes. Il y a les riches, il y a les pauvres ; les barrières sont tracées, chacun doit rester à sa place. Je n'ai jamais su quelles étaient les compétences de ma mère, quelles études elle avait faites. Tantôt en activité, tantôt sans emploi, elle a exercé toutes sortes de professions. Je ne l'ai jamais vue dépasser deux années de présence sur le même lieu de travail. Elle a été couturière, vendeuse dans une demi-douzaine de magasins divers, responsable de rayon dans le supermarché à la sortie de la ville, représentante... Elle a codirigé une agence matrimoniale, s'est lancée un moment dans l'agriculture bio. Elle a souvent cumulé plusieurs emplois. Certaines personnes n'ont rien à faire pour que l'argent leur tombe dans la poche, d'autres font beaucoup d'efforts pour pas grand-chose. Ma mère se situait dans cette dernière catégorie, mais elle faisait en sorte qu'il y ait toujours de quoi manger sur la table quand je rentrais. Je n'ai pas perçu sur le moment tout ce que cela signifiait pour elle de volonté et de sacrifice. Elle me disait souvent : « Toi, Marion, tu réussiras là où j'ai échoué. Tu dois bien travailler. » Je ne sais pas si je m'étais bien pénétrée de ses conseils, ou si ça s'était fait tout seul, mais j'ai suivi un cursus scolaire sans faille. Notre seule richesse, c'était une grande maison du XIXe siècle, située au sud de la ville, près de la cathédrale, et qui aurait eu plus de charme si elle avait été rénovée. Mais pour cela, il aurait fallu de l'argent. Cette maison de famille s'était transmise de génération en génération, ma mère l'avait héritée de ses parents, et elle y tenait. Elle ne l'aurait vendue pour rien au monde. C'était une demeure trapue, à cinq étages, qui donnait une impression de force et de fragilité à la fois. Il aurait fallu investir dedans en permanence ; ma mère parait au plus pressé. Un de ses amis avait refait la toiture, et nous nous chargions nous-mêmes, chaque été, des travaux d'entretien : volets à repeindre, joints à changer... Il y avait de quoi s'occuper. Pour gagner quelque argent, ma mère a loué les chambres des deuxième et troisième étages, le premier nous suffisant amplement. Ces chambres étaient déjà meublées. Elle louait à la nuit, au mois, à l'année. Très vite, ma mère eut une clientèle d'étudiants désargentés, car ses chambres étaient moins chères qu'ailleurs, et elle préparait à dîner le soir. C'est grâce à cet arrangement que j'ai connu mes premières relations amoureuses. J'ai hérité du physique de ma mère, sauf sur un point : elle est blonde, alors que j'ai les cheveux d'un noir de jais - héritage d'un père que je n'ai pas connu. Comme elle, je suis très grande, un mètre quatre-vingt, et je suis bien en chair. Jusqu'à l'âge de douze ans, j'étais plate comme une limande, et puis soudain, en peu de temps, je me suis mise à pousser - des seins, des fesses, des hanches, et j'ai grandi de vingt centimètres en un an. À quinze ans, ma croissance était pratiquement achevée, et naissait en moi une envie irrépressible de sexe. Le genre d'envie qui vous bouffe, à laquelle vous pensez jour et nuit, et en même temps, qui n'ose pas s'exprimer ouvertement parce que vous êtes timide. La plupart des étudiants qui louaient chez nous me tournaient autour. Dès que ma mère s'éloignait, j'étais l'objet de compliments et de manoeuvres d'approche plus ou moins subtiles qui flattaient mon envie de plaire. J'étais partagée entre le désir de m'abandonner et celui de n'aller qu'avec le garçon pour lequel j'aurais le béguin. Et puis Aurélien est arrivé. Un garçon de vingt et un ans ; moi, je venais de fêter mon dix-huitième anniversaire. Il avait quelque chose de différent des autres, et c'est ce qui m'a plu. Il savait s'exprimer sur toutes sortes de sujets, avec un humour qui virait facilement au cynisme. De taille moyenne, il avait une bonne poignée de kilos en trop, mais un beau visage, une paire d'yeux bleus qui semblaient devoir vous percer à jour et se moquer de tout ce que la vie comportait de mensonges. Il était là depuis trois mois. Ça faisait un moment qu'il me suivait du regard ; moi, je l'observais en douce. On n'avait encore jamais eu l'occasion de se retrouver seul à seule, lui et moi. C'est arrivé un matin, de la manière la plus surprenante.

  • EAN 9782362372223
  • Disponibilité Disponible
  • Nombre de pages 220 Pages
  • Action copier/coller Dans le cadre de la copie privée
  • Action imprimer Dans le cadre de la copie privée
  • Poids 72 851 Ko
  • Distributeur Numilog
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