Essais t.3

À propos

« Ce ne sont mes gestes que j'escris ; c'est moy, c'est mon essence. Je tien qu'il faut estre prudent à estimer de soy, et pareillement conscientieux à en tesmoigner : soit bas, soit haut, indifferemment. Si je me sembloy bon et sage tout à fait, je l'entonneroy à pleine teste. De dire moins de soy, qu'il n'y en a, c'est sottise, non modestie : se payer de moins, qu'on ne vaut, c'est lascheté et pusillanimité selon Aristote. Nulle vertu ne s'ayde de la fausseté : et la verité n'est jamais matiere d'erreur. De dire de soy plus qu'il n'en y a, ce n'est pas tousjours presomption, c'est encore souvent sottise. Se complaire outre mesure de ce qu'on est, en tomber en amour de soy indiscrete, est à mon advis la substance de ce vice. Le supreme remede à le guarir, c'est faire tout le rebours de ce que ceux icy ordonnent, qui en defendant le parler de soy, defendent par consequent encore plus de penser à soy. L'orgueil gist en la pensée : la langue n'y peut avoir qu'une bien legere part. » Livre II, chapitre VI.



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    9782824709086

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Michel de Montaigne

Né dans une famille de négociants anoblis, au château de Montaigne en Périgord, Michel Eyquem reçoit une éducation inspirée des idées de la Renaissance, apprenant le latin comme langue maternelle. Il est pensionnaire au Collège de Guyenne à Bordeaux et suit des cours de Droit à Toulouse.
En 1554, il devient conseiller à la Cour des Aides de Périgueux, puis au Parlement de Bordeaux et rencontre Etienne de la Boétie. En 1571, il se retire dans son château pour consacrer le reste de son existnce "à sa liberté, à sa tranquillité, à son loisir". Il entreprend alors un long voyage, de Paris en Italie, dont il existe un "Journal". De 1581 à 1585, il devient maire de Bordeaux et se révèle un habile diplomate. Il continue à enrichir les livres I et II des Essais et les augmentent d'une troisième partie. Il meurt sans avoir terminé la réédition de son oeuvre.
Pour Montaigne plus que tout autre, la culture humaniste fut un style de vie. En revivant les leçons des lettres antiques, il leur a ajouté l'enseignement de sa propre expérience, de son regard lucide sur un monde en train de changer. La vraie sagesse, selon lui, se reconnaît à la mesure qu'elle garde en toute chose. Montaigne l'a totalement séparée de la religion. Elle n'a pas l'ambition de rendre les hommes parfaitement raisonnales: elle se contente de modérer leurs passions.
En se prenant pour thème de son étude, Montaigne apprend à se connaître. Il ouvre la voie à l'humanisme moderne en cherchant à promouvoir un ordre des choses où seraient garanties la sécurité, la liberté et la dignité de l'homme.

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