[eBook] Traité de comptabilité bancaire

Résumé

Extrait Cette seconde édition du Traité de comptabilité bancaire est publiée une vingtaine d’années après la première. On a vraiment changé de siècle pour ce qui est du cadre économique. La série des crises qui se sont abattues sur le monde financier a provoqué des changements profonds, historiques. Au niveau mondial, la crise des subprimes qui a démarré à l’été 2007 a débouché, après la faillite de Lehman Brothers, sur une crise financière qui a failli devenir systémique et sur une récession dont l’ampleur a été limitée par la coopération organisée au sein du Groupe des vingt (G20) à cet effet. Au niveau européen, les crises de dette souveraine se sont succédées, de celle de la Grèce en 2009 à celle de la Grèce en 2015, en passant par celles de l’Irlande, du Portugal, de l’Espagne, de l’Italie et de Chypre. Elles ont mis en évidence certaines fragilités de la construction européenne mais ont démontré sa solidité et finalement débouché sur de réelles avancées de la zone euro. Au cours de cette période, le cadre de notre comptabilité a radicalement changé. Sur le plan institutionnel, la réglementation comptable est sortie du cadre national. Elle se réfère désormais à des normes internationales puisque l’Union européenne a pris la décision d’adopter le référentiel comptable IFRS proposé par l’IASB pour l’ensemble des sociétés cotées. Cela a conduit à des changements radicaux sur le plan conceptuel. La comptabilité s’établissait depuis toujours selon le principe de la valeur historique. Un principe de « fair market value » est désormais solidement installé, et il a pu être testé à la lumière des crises depuis 2007. Dans sa première édition de 1993, cet ouvrage justifiait l’introduction dans le corpus comptable du mode d’évaluation à la valeur de marché des portefeuilles de négociation. La réglementation comptable applicable aux banques venait en effet de l’adopter. S’agissant des contrats d’échange de taux, c’était une première mondiale. Elle a été à l’époque critiquée par nombre de normalisateurs comptables, tant nationaux qu’internationaux. Pour leur part, les auteurs de l’ouvrage avaient alors expliqué qu’elle était parfaitement adaptée au business model du trading des banques d’investissement actives sur les marchés : des marchés qui étaient à l’époque moins nombreux et dont nul ne doutait de la liquidité. Au début des années 2000, un groupe de normalisateurs comptables nationaux propose d’élargir le champ d’application de ce principe d’évaluation très au-delà des portefeuilles de négociation. Il a même l’ambition de le substituer au principe de la valeur historique. D’ailleurs, le terme de « fair market value » se banalise : pour ses tenants, il n’y a qu’une seule valeur juste (fair), la valeur de marché. à ce mode d’évaluation : l’hypothèse du marché efficient qui est défendue par un courant de pensée très influent aux États-Unis. Cette hypothèse, c’est que la meilleure prédiction que l’on peut faire sur la valeur future d’un actif financier serait à tout instant son prix de marché. En outre, comme principe d’évaluation comptable, la valeur de marché présente de réels avantages. Elle est une valeur objective car normalement indépendante de l’influence de tous les acteurs quand le marché a une réelle liquidité. Elle ne laisse en particulier de marge d’interprétation ni aux managements, ni aux auditeurs. Elle a surtout la vertu d’être universelle, et donc de constituer une référence unificatrice pour évaluer les actifs et pour comparer les performances des entreprises à l’échelle de la planète. Et puis, elle est appréciée par les spécialistes des marchés financiers : elle est indubitablement la juste valeur pour les activités des brokers ; et elle fournit, aux analystes financiers, une évaluation de la valeur de liquidation de chacun des actifs et des passifs de l’entreprise, donc de l’entreprise elle-même à chaque publication de comptes. Enfin, les États-Unis ont établi assez systématiquement leurs règles comptables par référence à la market value. Comme l’IASB a l’ambition de faire de ses normes IFRS la référence universelle, elle crée des conditions favorables à l’adhésion américaine en retenant le principe de la fair market value pour les définir. Le mérite de Jean-Paul Caudal est de démontrer aussi que l’application systématique de ce principe présente de sérieux inconvénients que les banques françaises avaient très tôt soulignés. Ses fondements sont contestables. L’efficience des marchés est une hypothèse très audacieuse, à vrai dire assez peu compatible avec la réalité observée : bien peu de marchés sont pleinement efficients. D’abord en raison de leur volatilité. Comment retenir comme seule juste valeur, pour l’évaluation d’une entreprise, un prix de marché qui connaît des fluctuations considérables non seulement de mois en mois, ou de semaine en semaine, mais même d’heure en heure au cours d’une même journée ? La répercussion de cette volatilité sur les bilans et les comptes d’exploitation, qui sont les instruments de communication de l’entreprise avec toutes ses parties prenantes, suscite l’incompréhension des managements et d’une partie de l’opinion : elle nourrit contre les financiers, identifiés à tort ou à raison comme responsables de ce choix, un ressentiment que la crise financière a transformé en hostilité déclarée. Pour ce qui est des établissements financiers, la prise en compte dans leurs résultats de plus-values comptables, non effectivement réalisées, a conduit à de réelles imprudences dans les périodes d’euphorie de marché d’avant crise. Elle est en effet venue grossir les bonus des opérateurs de marché et de leurs managements au moment de l’enregistrement dans les comptes de certains produits structurés qui, à leur dénouement, ont pu se révéler générateurs de pertes. La crise financière a montré que la procyclicité de la « fair market value » pouvait avoir des conséquences très lourdes, au niveau macroéconomique. Elle a été un facteur essentiel d’accélération et d’élargissement de cette crise. Le monde financier s’était convaincu que la valeur de marché est la seule juste valeur. La crise immobilière américaine a provoqué, à partir de l’été 2007, la perte de liquidité puis la fermeture de marchés de produits structurés résultant de la titrisation de crédits subprime. Ces produits ont vu leur prix de marché s’effondrer, puis disparaître. Quelle valeur comptable donner à un produit financier quand il n’y a plus de marché, lorsqu’on a posé un principe que la seule valeur juste est le prix de marché ? Ce problème a provoqué une défiance des investisseurs vis-à-vis des produits subprime qui s’est très rapidement étendue à d’autres produits structurés, aux organismes de placement collectif et aux banques qui en détenaient en portefeuille, et finalement à une bonne partie du secteur financier, en raison de l’importance des relations interbancaires. Les valorisations comptables trop systématiques en prix de marché ont eu pour conséquence d’étendre, à une bonne partie du monde financier, l’euphorie ou l’inquiétude et a fortiori la panique.

Avis des internautes

Avis général

(Cet ouvrage n'a pas encore d'avis)

Donnez votre avis

(De "Peu d'intérêt" à "Excellent")

  • EAN

    9782863257036

  • Disponibilité

    Disponible

  • Nombre de pages

    512 Pages

  • Action copier/coller

    Non

  • Action imprimer

    Dans le cadre de la copie privée

  • Nb pages imprimables

    51

  • Partage

    Dans le cadre de la copie privée

  • Nb Partage

    6 appareils

  • Poids

    1 107 Ko

  • Distributeur

    Numilog

empty