Bloody Lily - Sous l'emprise du vampire - 8

À propos

Extrait

Un cri de terreur et d’impuissance jaillit soudain de ma gorge. Plaquée contre le torse d’Isaac, à genoux sur la terrasse de la maison en cèdre rouge, un flot de larmes force le barrage de mes paupières et je sanglote. Malgré la présence de mon amant qui me tient dans ses bras, s’évertuant à prendre ma douleur, la panique investit tel un raz-de-marée mon corps et mon esprit. Les mains d’un géant impitoyable m’étranglent et m’étouffent. Ce que je suis en train de supporter me flanque la nausée.
Je ne VEUX pas me transformer en vampire…
Les dernières paroles d’Isaac tournent en boucle dans mon cerveau au bord de la rupture : « Tu es en train de perdre ton humanité » ! J’aurai beau m’échiner à faire la sourde oreille, à tout nier en bloc comme si une telle horreur ne pouvait pas m’arriver, son air grave, ses pupilles presque embuées et cette note de tristesse dans sa voix d’ordinaire si chaude, tous ces petits détails dans son attitude me font comprendre que je ne rêve pas et que ma vie vient de se transformer en cauchemar.
– Tu… Isaac… Tu es sûr que…
Je suis tout bonnement incapable de formuler une phrase complète, véritablement dépossédée de moi-même. Je ne suis qu’effroi, tout en moi n’est qu’effroi, c’est une sensation… physique. Isaac pose ses mains sur mes épaules et coule un regard à la fois désolé et bienveillant dans le mien. Je gémis et je frissonne, je suis comme perdue au milieu de nulle part et les yeux bleus de mon amant sont mon seul et unique repère. Sans lui, je sais que j’aurais déjà complètement perdu les pédales.
– Oui, Lily. Tu es malheureusement en phase de vampirisation, confirme-t-il d’une voix douce et posée. C’est un processus assez lent qui n’a réellement débuté que lorsque tu as posé les pieds à Yesterday.
Mon gémissement qui s’étire en une longue plainte me dérange presque. J’éprouve le sentiment désagréable d’être un animal pris au piège. Je suis donc en train de perdre… mon humanité ! Je sais qu’Isaac est avec moi pour affronter la situation mais je suis écrasée par un poids insoutenable. Un certain Emerson, ponte de la médecine cellulaire qu’Isaac a rencontré sur les conseils de Kurt Epstein dans un labo de San Francisco, a achevé de le convaincre quant au processus qui s’active en moi. Il s’en doutait depuis quelque temps, à cause de mes douleurs oculaires fréquentes et de mon agressivité lors de l’attaque de Waldorff, le chef des Nobodies, mais il ne pouvait pas me faire part de ses inquiétudes sans avoir tout vérifié au préalable.
Et moi qui lui disais que j’étais prête à tout entendre !
– Je voulais te dire aussi que…
– Quoi encore ? m’exclamé-je, sur la défensive. Excuse-moi, je suis à fleur de peau.
Isaac fait glisser ses doigts sur mes tempes pour les masser et je retrouve mon calme.
– À mon retour de San Francisco, poursuit-il, j’ai croisé ton ami Lukas et je…
– Tu as tout raconté à Lukas ? coupé-je avec stupeur. Tu…
– Je n’ai pas eu besoin de le faire, Lily, me rassure Isaac d’une voix calme. C’est lui qui a abordé le sujet, crois-moi. En fait, il s’en doutait, il le sentait lui aussi, ce qui ne change strictement rien à son attachement pour toi. Il était juste très inquiet. Compte tenu de ses pouvoirs de guérisseur, j’ai pensé qu’il pourrait peut-être nous aider d’une façon ou d’une autre.
– Mais Lukas est guérisseur, Isaac, pas magicien ! Ce n’est pas parce qu’il a sorti un étudiant du coma qu’il est en mesure d’empêcher une vampirisation.
– Je sais bien, Lily, c’est exactement ce qu’il m’a répondu.
– Tu vois bien, soupiré-je en haussant les épaules.
J’ai conscience d’être un peu agressive et négative, mais qui ne le serait pas à ma place ? D’ailleurs, Isaac n’a pas l’air de m’en tenir rigueur, bien au contraire. Ce qui semble compter pour lui, c’est d’en savoir le maximum sur ce qui est en train de se produire.
– Il m’a quand même dit quelque chose de très encourageant.
– Franchement, je ne vois pas ce qui pourrait me donner du courage, me lamenté-je.
– Si Lukas n’est pas magicien, m’explique Isaac, ses facultés de guérisseur l’autorisent néanmoins à deviner les maux d’autrui, ainsi que leur origine.
Je me cache un instant le visage dans les mains. L’idée que l’on puisse évoquer mon cas hors de ma présence me donne l’impression d’être un monstre de foire.
– Selon Lukas, poursuit Isaac, ta transformation n’est pas due à quelque chose de « noir ».
– Comment ça, Isaac ? Tu plaisantes, j’imagine !
– Non, insiste Isaac sans me quitter des yeux. Lukas a senti comme une aura bénéfique autour de ton enveloppe corporelle et il pense qu’il s’agit d’un sort de protection.
Un sort de protection ! Une aura bénéfique ! On nage en plein délire ou quoi ?
Si je ne connaissais pas Isaac, j’aurais tendance à décréter qu’on se moque de moi, qu’il s’agit d’une caméra cachée ou d’un truc dans le genre. Quand je pense à tout ce qu’il m’arrive depuis que j’ai débarqué il y a moins de deux semaines, c’est de la pure folie.
– Depuis que Lukas m’a parlé d’un sort de protection, poursuit Isaac, je ne peux m’empêcher de croire que c’est Toby Litell qui te l’a lancé. S’il te plaît, attends, Lily, dit-il alors que je vais pour l’interrompre. Réfléchis ! Selon Emerson, une telle transformation a dû commencer il y a bien dix ou vingt ans, or il faut un sacré pouvoir pour que la magie traverse le temps. Qui est assez puissant pour pratiquer cette magie normalement réservée aux sorciers ? Qui a dû t’abandonner mais t’aimait assez pour ne pas te laisser sans défense ?
– Tu penses réellement que mon père m’a lancé un sort pour me… protéger ? hasardé-je d’une voix peu assurée.
Isaac acquiesce en passant une main dans mes cheveux.
– Oui, Lily. Il a dû faire ça pour que les sorcières ne puissent pas t’atteindre et te nuire. Ce qui me donne à penser que tu serais bien une gardienne de la pierre. Imagine le scénario ! Ton père doit se volatiliser et la pierre également, on ne sait pas encore pourquoi mais je ne pense pas que Toby Litell ait disparu pour le plaisir de prendre des vacances. Il lance un sort pour protéger ce qu’il a de plus précieux : sa fille. Et si je ne me trompe pas, je pense qu’il a disparu car des créatures malveillantes voulaient la pierre, comme aujourd’hui. Tu me suis ?
Je hoche la tête, un peu dépassée, mais ça se tient.
– Comme il se doute qu’une fois disparu, sa fille sera en danger, continue Isaac, il te lègue aussi cet anneau que tu portes à l’auriculaire et il avise dans le même temps qu’il doit te transmettre ses pouvoirs afin que tu sois en mesure de te défendre. Peut-être même que ton tatouage est aussi un héritage que t’a laissé ton père…
– Un instant, Isaac, je t’en prie. Laisse-moi souffler.
Je vacille, j’ai l’impression d’être en passe de perdre connaissance. Mais c’est un simple vertige. Il faut juste que je respire, que je me… détende !
Comment fait-on pour se détendre dans un pareil cas ?
J’esquisse un pâle sourire à l’intention d’Isaac. Je meurs d’envie de lui avouer pour Wilma, des voix qu’elle entend, qui lui parlent de moi et qui prouvent encore une fois de plus que j’ai un rôle à jouer dans les mystères de Yesterday. Mais j’ai promis à la jeune femme de n’en faire part à personne.
– Pardonne-moi, murmuré-je. C’est juste que je suis écrasée par tout ça. Mais continue, je te prie.
Avec délicatesse, Isaac me conduit vers un siège pour que je puisse m’asseoir. Il tire une chaise à lui pour s’installer en face de moi. Ses grandes mains se posent sur mes genoux. Je frissonne et je coule mon regard dans ses yeux magnifiques.
– Je pense que ton père et Savannah se sont ligués pour protéger la pierre, il y a vingt-cinq ans. Je ne vois pas d’autre explication à leur disparition. Ce qui me conduit à me poser la question suivante : seraient-ils retenus par les sorcières ? Qu’en dis-tu, Lily ?
Pour mon père, je n’en ai aucune idée ! Et j’aimerais tant lui dire que Savannah est retenue contre sa volonté. Mais rien n’est moins sûr. Je pense au contraire qu’elle est partie de son plein gré et qu’elle n’a pas donné de nouvelles pour une raison de la plus haute importance. Est-ce lié à l’étoile de granit ? C’est fort probable. Est-ce lié à moi ? Probablement.
Je n’en reviens pas de penser ça !



  • EAN

    9791025725405

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    Disponible

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    Non

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    Non

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    Dans le cadre de la copie privée

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    627 Ko

  • Distributeur

    Numilog

  • Support principal

    ebook (ePub)

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