Presses Universitaires de France

  • Comment soigne-t-on aujourd'hui les personnes malades ? Ces dernières années, la médecine a fait des progrès énormes. Les soins que l'on apporte aux patients sont de plus en plus savants et techniques. Peut-on pour autant rabattre l'épreuve de ceux qui souffrent à une simple série de « signes cliniques », seuls censés être objectifs, neutres et rationnels ? Quelle est la place du malade au sein de l'hôpital ? En analysant des situations délicates et complexes (cancer, fin de vie...), Jean-Philippe Pierron s'interroge sur la signification des soins que la médecine offre aux personnes qui souffrent. L'homme malade a besoin d'être reconnu et cette reconnaissance exige du temps. Prendre soin de lui, le soigner, c'est l'accompagner au quotidien : c'est donc et tout d'abord prendre en compte l'extrême vulnérabilité dans laquelle nous plonge la maladie.

  • Le moment nazi demeure une énigme dont le monde contemporain reste saisi. Mais la persistance de cette énigme ne tient-elle pas à l'insistance de la pensée sociologique et philosophique à construire le nazisme comme un monstre conjoncturel de la Modernité ? En examinant les modes opératoires du nazisme puis ceux du génocide rwandais, en soulignant la parenté entre nazisme et monde mafieux, en invitant enfin à éclairer la permanence de ce « Mal radical » à la lumière des remarques de Freud sur la destructivité, cet ouvrage montre qu'à l'irréductible noyau de barbarie qui hante le genre humain doit faire barrage un travail de civilisation fondé sur l'axe d'une éthique de la désillusion.

  • Le deuil n'est pas l'affaire d'un instant. Il dure, persiste, se transforme, ravage la vie psychique d'un individu en s'insinuant dans les méandres de l'inconscient. Comment résister à une perte qui n'est pas seulement la perte de l'autre, mais aussi celle de quelque chose de soi ? Et pourquoi la société cherche-t-elle aujourd'hui à se détourner de ses morts ? En s'appuyant sur une longue expérience clinique d'écoute de personnes endeuillées et en s'inscrivant en porte-à-faux contre les prescriptions contemporaines de « consolation » et de « remplacement » de l'être perdu, José Morel Cinq-Mars livre ici des pistes pour approcher ce qui peut sembler incompréhensible dans les processus du deuil, pour éclairer un peu ce qu'est ce temps particulier et partager ce que lui ont appris les endeuillés, ces hommes, ces femmes et ces enfants qui traversaient ce que, paraphrasant Philippe Ariès, elle nomme ici un « deuil ensauvagé ».

  • Les philosophes se sont engagés dans la controverse sur la liberté de procréation en exposant une vision normative de celle-ci ou en recherchant une meilleure compréhension réciproque des positions en présence. Cet ouvrage sur le désir d'enfant offre sur ce sujet une perspective doublement originale. Il propose tout d'abord de prendre un recul indispensable par rapport au débat moral, juridique et politique actuel, en s'intéressant au désir d'enfant en tant que tel et à l'inflation récente d'un discours sur ce désir, dans la sphère publique comme dans le colloque singulier entre patients et médecins. Que signifie-t-il ? Que vise-t-il ? Quelle portée donner à ses variations d'intensité repérées dans la médecine de la procréation ? À partir d'une conception du désir d'enfant fondée sur une analyse philosophique étayée par une lecture critique du corpus psychanalytique, cet ouvrage aborde ensuite la controverse sur la liberté de procréation en défendant une perspective fondée sur l'idée de solidarité, seule à même d'éclairer véritablement la relation d'aide en jeu dans la procréation médicalement assistée. Comment justifier cette solidarité ? Jusqu'où l'étendre ? Cet ouvrage propose des réponses argumentées à ces questions où se nouent l'histoire intime des sujets et la vie politique des sociétés contemporaines.

  • La peur gagne. Peur du chômage, peur de l'insécurité, peur des immigrés, peur du changement climatique... Rien de plus humain que d'avoir peur lorsqu'on est face à un danger. Rien n'est pourtant plus utile et dangereux que l'instrumentalisation de nos peurs. Rappelons Machiavel : la peur est propice au pouvoir. Mais le pouvoir peut-il éradiquer nos peurs ? Ne contribue-t-il pas aussi à les propager ? En analysant les différents visages de nos peurs (des peurs de notre enfance jusqu'à celle de la mort en passant par la peur au travail), Michela Marzano scrute l'une des émotions les plus répandues de nos sociétés contemporaines et pourtant l'une des moins étudiées. Elle nous invite à redécouvrir la vertu de la confiance qui, sans nous mettre à l'abri de l'inconnu ou de l'imprévu, nous permet en même temps d'aller vers les autres et de renouer avec notre propre altérité.

  • La migration internationale de ces dernières années a un visage de plus en plus féminin. Les situations économiques des femmes en migration ne cessent de se diversifier et de se complexifier. Tout en contribuant à la reconfiguration des économies locales et globales, celles-ci sont souvent confrontées à l'épreuve de la disqualification sociale. Certaines deviennent objet de déni de reconnaissance et de violences symboliques. En analysant les parcours biographiques et les expériences migratoires de ces femmes, Laurence Roulleau-Berger montre comment elles redéfinissent leur identité à partir d'une multiplicité de rôles et d'appartenances dans un contexte globalisé et multistratifié.

  • À l'origine, cruor désigne le sang répandu et, par métonymie, la chair sanglante. Les Romains lui opposaient le terme de sanguis, qui désigne de son côté le sang circulant dans le corps mais aussi la force vitale. Au sens premier, l'acte de cruauté est donc une forme particulière de violence qui consiste à déchirer les corps ; mais chez les cyniques grecs comme chez Nietzsche ou Artaud, la cruauté est avant tout l'autre nom de la lucidité. La contradiction entre morale et désir, qui fait toute l'ambivalence humaine, mêle donc cruor et sanguis dans un jeu dialectique... À partir d'une réflexion philosophique étayée sur de nombreuses situations concrètes (camps de concentration, exécutions capitales, terrorisme, mais aussi arts contemporains ou sadomasochisme) où l'homme est capable de balayer toute inquiétude morale, cet essai tend à montrer qu'il n'y a pas de bien et de mal en soi mais des situations dans lesquelles l'individu éprouve la liberté de commettre ou non des actes effroyables aux dépens d'autrui.

  • Les zombies sont partout, au cinéma, à la télévision, dans nos rues, chez notre libraire. Grotesques et terrifiants, ils pourraient n'être qu'une tendance kitsch, un divertissement à la mode. Derrière sa démarche traînante et ridicule se cache pourtant une figure symptomatique de notre époque. Peur de l'épidémie ou fantasme de la catastrophe, aliénation moderne ou fascination pour la violence : le zombie et le monde apocalyptique qu'il crée nous parlent d'abord, intimement, de nous-mêmes. Par l'obscène exhibition de la mort, ultime tabou de la société occidentale, il brise les limites de la condition humaine : celles de la conscience, de la vie, de la civilisation. Mais, surtout, il trahit un fantasme émergent dans notre culture, celui d'en finir. [http://www.dailymotion.com/video/xu2q58_maxime-coulombe-petite-philosophie-du-zombie_news Voir la vidéo de présentation du livre par Maxime Coulombe réalisée à la librairie Mollat]

  • Dans les sociétés libérales, l'accent est mis sur le libre choix des époux et sur l'épanouissement de la personnalité de chaque conjoint. Pourtant, le mariage forcé existe. Il concerne des enfants, des femmes, des hommes, promis ou donnés en mariage contre leur gré à une personne connue ou inconnue sans qu'ils aient eu le droit de refuser. En examinant les différentes formes de mariage forcé, en traitant la question de la liberté du mariage et du choix du conjoint, en analysant les décisions de justice qui annulent le mariage et en s'interrogeant sur le rôle de l'État pour encadrer ces unions forcées, l'auteur plaide l'idée qu'il n'est pas toujours facile de tracer la frontière entre mariage « libre » et mariage forcé. Mais il revient bien à l'État d'assurer la liberté matrimoniale, qui est une liberté fondamentale, et de la garantir contre toutes sortes d'entraves qui viendraient la limiter.

  • Le désir de vengeance est-il purement pulsionnel ? Ou contient-il une part « juste » qu'il conviendrait d'entendre et de comprendre ? Comment penser la vengeance au risque de la morale ? Cet essai a pour dessein d'explorer la passion ambivalente que constitue la vengeance. On ne lira ni une oraison à une coutume défunte, ni un plaidoyer pour une attitude immuable non plus qu'une apologie polémique, mais une invitation à rechercher des principes et à déterminer des valeurs anthropologiques afin de mieux comprendre, voire dominer les désirs vindicatifs comme les faits vindicatoires.

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