Alain Chenu

  • Les avancées récentes des sciences sociales doivent beaucoup aux grands programmes et enquêtes statistiques qui permettent de comparer dans différents pays aussi bien l'impact des choix effectués en matière de politiques publiques que les évolutions des sociétés. Ces données sont maintenant facilement accessibles grâce à des centres d'archivage spécialisés qui les mettent gratuitement à la disposition des étudiants et des chercheurs. Mais jusqu'ici sociologues et politistes français étaient, dans l'ensemble, peu familiers de ces enquêtes et des réseaux d'archives.

    Cet ouvrage se veut un manuel d'initiation aux enquêtes comparatives et au partage des données internationales. Dans cet objectif de pédagogie, et dans une approche exempte de jargon statistique, les auteurs dressent ici un bilan des acquis essentiels de ces enquêtes dans les domaines des comportements électoraux, de la religion et des valeurs, des modes de vie, des pratiques culturelles, de la mobilité sociale, des comportements démographiques.

    A cela s'ajoute un guide méthodologique des techniques d'échantillonnage, des principales difficultés et potentialités de la comparaison internationale, des apports de l'analyse longitudinale (panels), de l'organisation des réseaux d'archives, et des principes éthiques qui assurent la protection des données individuelles.

    Ont également contribué à cet ouvrage : Pierre Bréchon o Anne Cornilleau o Philippe Coulangeon o Aline Désesquelles o Dominique Joye o Nonna Mayer o Ekkehard Mochmann o Mirna Safi o Nicolas Sauger o Roxane Silberman o Olivier Thévenon o Louis-André Vallet o Mary Vardigan.

    Le réseau Quetelet coordonne les activités d'archivage, de documentation et de diffusion des données en sciences humaines et sociales du Centre de données socio-politiques (CDSP), du Centre Maurice-Halbwachs (ADISP) et du service des enquêtes de l'Ined.

  • La mise en place du complexe de Fos s'inscrit dans un projet politique gaulliste, celui de la création d'une nouvelle classe ouvrière, disciplinée et participative, dans le cadre d'un soutien étatique massif à l'accumulation du capital. À chaque mutation industrielle, la classe ouvrière est ainsi invitée à oublier sa mémoire, ses traditions de lutte, ses capacités d'organisation. Mais elle trouve, en des lieux, pourtant tout acquis en apparence à la domination bourgeoise - l'usine, la famille, la région, la nation - des positions à partir desquelles elle résiste et conserve son identité. Décimé à Marseille où les usines sont mises à l'encan, démembré à Fos par les pratiques de sous-traitance, le collectif ouvrier se reconstitue dans les luttes. La régionalisation des conflits est une des formes privilégiées de cette unification. Ce qui se profile ici derrière l'idée de région, c'est la geste des travailleurs du port de Marseille qui mêlent, dans des pratiques théâtralisées, la pédagogie de l'action du vieux syndicalisme révolutionnaire et le sens de l'honneur, le défi méditerranéen ; c'est l'héritage, par le biais des histoires d'almanach qui se transmettent en famille, de l'expérience des combats - les enthousiasmes du Front populaire et de la Libération, les amertumes de 1947 ; c'est aussi une création quotidienne où s'articulent les problèmes d'emploi, de trois-huit, de logement, de scolarisation. Les questions abordées dans L'usine et la vie sont donc, à la fois, théoriques et politiques : en quoi l'individu est-il le porteur d'un destin de classe ? Quels sont les rapports entre mouvements sociaux et vie quotidienne ? Comment le despotisme d'usine porte-t-il en lui sa négation autogestionnaire ?

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