Alain Touraine

  • Les femmes, les migrants. Deux acteurs fondamentaux de la société de communication dans laquelle nous entrons sans toujours bien comprendre ce qui nous arrive. Finie la bonne vieille lutte des classes, finis les conflits hérités de la société industrielle, place au Sujet évoluant dans la société globalisée, capable de création et de transformation de son environnement, place à la revendication universelle des droits.

    Les femmes, en nous libérant du règne de la raison masculine, tiennent une place éminente dans ce passage. Mais les migrants aussi, puisque seule la reconnaissance de leurs droits nous libérera de l'héritage colonial.

    Bien sûr, cette dynamique d'entrée dans le monde nouveau n'opère pas sans secousses, et le risque est grand de voir la démocratie débordée par les crispations sexistes, la haine de l'autre et le sentiment d'exclusion dont se nourrissent les populismes. À nous de contrer ces vents mauvais en consacrant toutes nos forces à l'éducation et à la recherche, à la réduction des inégalités, à la démocratisation du travail, à la décentralisation de l'administration , en ne cédant jamais sur l'affirmation de la dignité de chaque être humain, d'où qu'il vienne et où qu'il aille. Bref, en nous engageant sans réserve sur la voie de la subjectivation, qui est tout à la fois la condition et le propre de la société de communication.

  • Nous sommes, depuis la crise financière, confrontés à cette évidence : avec la décomposition du capitalisme industriel, toutes les institutions sociales, la famille, l'école, la ville, les systèmes de protection et de contrôle social, l'entreprise, la politique elle-même perdent leur sens. Que se passe-t-il pour que les piliers de nos sociétés démocratiques se dérobent ainsi quand la globalisation du monde appellerait leur renforcement ?
    Loin de céder à la peur du chaos qui accompagne et accélère le déclin, cet ouvrage s'efforce d'unir le récit d'une fin et l'annonce d'un commencement : celui d'un autre type de vie collective et individuelle fondé sur la défense des droits humains universels contre toutes les logiques d'intérêt et de pouvoir. À travers leurs revendications éthiques, les militants du Printemps arabe ou d'Occupy Wall Street, les indignados de la Puerta del Sol, les nouveaux dissidents chinois, les étudiants chiliens ou, plus généralement, le mouvement des femmes et des minorités sexuelles comme l'écologie politique fraient les voies de l'ère post-sociale et post-historique dans laquelle nous entrons.
    À charge pour nous d'apprendre à quelles conditions le sujet de droits que chacun peut invoquer est susceptible de se faire l'acteur d'expériences entièrement nouvelles, où le capitalisme financier, devenu sauvage aujourd'hui, pourrait être à nouveau contrôlé.
    Sociologue de renommée internationale, Alain Touraine a publié en un demi-siècle de carrière une quarantaine de livres. La Fin des sociétés marque le couronnement théorique de son œuvre.

  • Contre un économisme brutal qui menace d'en finir avec les sciences sociales, c'est de l'idée de modernité qu'Alain Touraine nous invite à repartir pour penser notre époque. Il s'agit d'abord de reconstruire une conception de l'action sociale fondée sur l'être historique de l'homme issu de la modernité, l'homme capable, par l'expérience et l'exercice de la volonté, de transformer son environnement social et la condition humaine elle-même.
    Il s'agit ensuite de concentrer l'attention sur la société nouvelle qui prend, sous nos yeux, la place de la vieille société industrielle. Or, là où certains n'aperçoivent qu'une chute de notre vieux monde dans la postmodernité, Alain Touraine met au contraire en évidence son entrée dans l'hypermodernité, avancée qui recèle, certes, de terribles périls attachés aux nouvelles formes de domination, mais qui est porteuse aussi de nouveaux mouvements sociaux affirmant plus directement que par le passé les droits des Sujets humains.
    Il donne, ce faisant, la mesure de l'importance des mouvements de libération des femmes et désigne la question de l'accueil ou du rejet des populations issues de cultures différentes comme l'enjeu principal des politiques nationales.
    ¿Fondamentalement, et à rebours du fatalisme économique de ceux qui gouvernent la planète, Alain Touraine entreprend d'associer réélaboration des objets centraux de l'analyse sociologique et connaissance du monde pour redonner vie aux mouvements de libération.

  • Comment la crise économique que nous traversons agit-elle sur les tendances à long terme qui transforment nos sociétés ? Comment entrevoir ce qui nous attend lorsque nous en sortirons ? Telles sont les deux questions autour desquelles se noue l'essai le plus anticipateur d'Alain Touraine.
    Notre société, à l'heure de l'économie globale et de l'individualisme triomphant, a rompu avec le vieux modèle d'intégration qui avait été le sien depuis la révolution industrielle. Nous ne nous représentons plus nous-mêmes comme les acteurs d'un système économique autour duquel s'organiserait toute la vie sociale, mais principalement comme des sujets dotés de droits et créateurs de leur propre vie dans un univers à dominante culturelle. C'est ainsi que l' " acteur " agit de plus en plus indépendamment du " système ".
    La crise, en séparant encore davantage l'économie de la société, sous l'effet de l'autonomie croissante des logiques spéculatives et financières, est susceptible d'influer de deux façons sur cette tendance à long terme. Frappés par le choc économique et social, les acteurs peuvent, en effet, tout aussi bien subir une exclusion sociale croissante que voir s'accélérer la mutation culturelle inscrite dans le long terme.
    Bref, les années qui viennent hésiteront entre la catastrophe et la refondation.
    C'est à l'étude des facteurs qui pèseront dans un sens et dans l'autre qu'est consacré ce livre.

  • Après avoir analysé, dans La Fin des sociétés (2013), le déclin des sociétés industrielles et le délitement de leurs piliers, Alain Touraine élabore dans cet ouvrage une nouvelle pensée sociale capable d'appréhender le monde qui leur succède.
    Les promesses de la globalisation et du développement des technologies de l'information sont aussi vastes que sont grands les obstacles à leur réalisation. Alors que nous prenons de plus en plus conscience du droit inaliénable au respect de la dignité humaine, nous nous heurtons dans nos pays à la puissance d'un capitalisme financier déconnecté de l'économie productive et, ailleurs dans le monde, à des régimes tyranniques ou totalitaires qui menacent de dominer la sphère de la subjectivité autant que celle des ressources matérielles. Si notre capacité de nous transformer nous-mêmes et d'agir sur notre environnement n'a jamais été aussi forte, le potentiel de destruction de l'humanité apparaît simultanément inégalé.
    Face à ces enjeux décisifs auxquels l'indignation ne peut à elle seule répondre, Alain Touraine en appelle à la mobilisation de nouveaux acteurs susceptibles de remplacer les mouvements sociaux dont les conflits structuraient les sociétés industrielles. À la fois éthiques et démocratiques, ils doivent se faire les défenseurs des droits fondamentaux du sujet humain pour combattre des formes de pouvoir dont l'emprise se révèle de plus en plus totale.
    Sociologue de renommée internationale, Alain Touraine a publié en un demi-siècle de carrière une quarantaine de livres.

  • La globalisation est la plus importante transformation survenue dans le monde depuis la chute du communisme. Et, dans ce contexte nouveau, nous sentons bien que le vieux clivage gauche/droite n'opère plus. Non pas qu'il n'y aurait plus de gauche ni de droite, mais parce que la vie dans chaque pays est aujourd'hui commandée par l'état général du monde et que, du coup, la contradiction principale oppose désormais ceux qui acceptent de se projeter dans le monde globalisé et ceux qui résistent de toutes leurs forces à cette perspective.
    Mais comment s'y retrouver et assumer son devoir civique quand les repères sont brouillés à ce point ?
    Pour nous aider à entrer de plain-pied dans le " nouveau siècle politique ", Alain Touraine, à la veille d'échéances cruciales en France et dans le monde, revisite, à l'intention des électeurs de demain, les grandes questions sur lesquelles ils devront se prononcer à partir de ce point de vue neuf : la question nationale, la question religieuse (et la laïcité), la lutte anti-terroriste, la question écologique.
    L'enjeu est d'importance : si nous acceptons de nous confronter à la politique dans la pleine conscience que nous sommes entrés dans un monde nouveau, nous donnerons aux citoyens actifs que nous serons redevenus une chance de se faire entendre en résistant aux forces de la technologie, du profit et de la propagande de masse.

  • Peut-on d'ores et déjà « dire » sur l'action que conduit Emmanuel Macron aux commandes de la France ? Il est évidemment bien trop tôt. En revanche, de sa genèse aux premières concrétisations, le « phénomène » Macron révèle beaucoup sur l'état de santé de la politique, de la démocratie et de la société françaises. Et c'est à un éclairage et un examen sociologiques dudit phénomène qu'invite Alain Touraine, dont chaque thème traité (pouvoir, démocratie, idéologie, Etat, Europe, etc.) fait l'objet d'une passionnante mise en perspective historique et civilisationnelle.

    Alain Touraine est un sociologue français de l'action sociale et des nouveaux mouvements sociaux, directeur d'études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages.

  • Penser autrement

    Alain Touraine

    Après avoir étudié, dans ses livres précédents, les grands changements qui ont transformé notre vie personnelle et collective, Alain Touraine choisit ici de se consacrer à la nécessaire transformation de notre manière de penser ces changements. Car l'idée même de société est en crise : la mondialisation sous toutes ses formes, les désirs libérés des interdits ont entraîné l'écroulement de l'édifice social. La définition du bien et du mal dans notre société n'est plus du ressort des institutions ; la conscience de soi l'emporte sur la conscience des règles : le sujet devient créateur de lui-même.
    À partir d'une critique de ce qu'il nomme le Discours interprétatif dominant, qui a cherché à imposer, tout au long du XXe siècle, l'idée d'une société sans acteurs, soumise à des déterminismes surtout économiques, Alain Touraine invite le lecteur à découvrir que le seul principe permettant d'évaluer les conduites de chacun et les situations sociales est la reconnaissance des droits, politiques, sociaux et culturels, de tous les êtres humains, reconnus comme des êtres libres et égaux. Il appelle à repenser l'individu en tant que sujet, clé de voûte d'une sociologie reconstruite. Là où certains dénoncent l'individualisme, l'auteur vante la subjectivation, qui passe par la défense des droits de chacun contre tous les modes d'intégration sociale. L'unité des conduites sociales n'est plus imposée par la société ou la culture, mais par le sujet, porteur de droits universels vécus dans des situations sociales et culturelles particulières.
    La dépendance des femmes, le rejet des minorités et les difficultés des jeunes à l'école et au travail sont les trois principaux domaines de la vie sociale dans lesquels le retournement nécessaire de la pensée sociale que propose Alain Touraine trouve ses champs d'application.

  • L'Occident a longtemps cru que la modernité était le triomphe de la raison, la destruction des traditions, des appartenances, des croyances, la colonisation du vécu par le calcul.
    Mais, aujourd'hui, toutes les catégories qui avaient été soumises à l'élite éclairée, travailleurs et colonisés, femmes et enfants, se sont révoltées et refusent d'appeler moderne un monde qui ne reconnaît pas à la fois leur expérience particulière et leur accès à l'universel. De sorte que ceux qui s'identifient à la raison apparaissent désormais comme les défenseurs d'un pouvoir arbitraire.
    Faut-il renverser leur domination et reconnaître une diversité sans limite des expériences vécues et des traditions? Mais ce différencialisme extrême porte en lui l'intolérance, le racisme, les guerres de religion. Et la fuite dans le postmodernisme ne découvre que l'épuisement de l'idéologie qui identifiait la modernité à la rationalisation.
    Il faut reconstruire la modernité, d'abord en revenant à ses origines. Dès le début, dès la rupture entre la Renaissance et la Réforme, elle a rompu l'unité du monde ancien, à la fois rationnel et sacré. Elle a chargé la raison de découvrir les lois du monde, et la conscience de faire apparaître un sujet qui n'était plus divin mais humain. Ce dualisme de la modernité, présent chez Descartes comme dans la Déclaration des Droits de l'Homme, a été détruit par l'orgueil de la philosophie des Lumières et des philosophes de l'histoire. Maintenant que le règne de la raison conquérante s'est achevé, renversé par Nietzsche et par Freud, mais aussi par la consommation de masse et les nationalismes, il faut écouter la voix du sujet, qui n'est pas introspection mais lutte pour la liberté contre la logique de la marchandise et du pouvoir, qui est volonté de l'individu et du groupe d'être acteurs de leur vie, mais aussi mémoire et appartenance. La modernité est faite des complémentarités et des oppositions entre le travail de la raison, la libération du sujet et l'enracinement dans un corps et dans une culture.
    Ce livre marque une nouvelle étape majeure, après Sociologie de l'action et Production de la société, dans la réflexion d'Alain Touraine.

  • Ce livre propose une réponse à l'interrogation qui naît d'un double refus, celui de l'Etat mobilisateur trop arrogant et celui du face-à-face trop dangereux du marché et des tribus. Quel contenu positif pouvons-nous donner à une idée démocratique qui ne peut pas être réduite à un ensemble de garanties contre le pouvoir autoritaire?
    Cette interrogation s'impose à la philosophie politique, mais aussi à l'action la plus concrète quand elle cherche à combiner la loi de la majorité avec le respect des minorités, à réussir l'insertion des immigrés dans une population, à obtenir un accès normal des femmes à la décision politique, à empêcher la rupture entre le Nord et le Sud.
    La réponse que nous cherchons doit, par priorité, nous protéger du danger le plus présent, celui de la dissociation croissante entre l'instrumentalité du marché et du monde technique d'un côté, l'univers clos des identités culturelles de l'autre. Comment combiner l'unité du premier et la fragmentation du second, l'objectivité et le subjectif? Comment recomposer un monde qui se casse en morceaux? Pouvons-nous concilier l'égalité des droits et la diversité des convictions et des genres de vie?
    Ce travail prolonge la réflexion sur laquelle s'achevait mon précédent ouvrage, Critique de la modernité. De même que philosophie politique et philosophie morale sont étroitement associées dans la pensée contemporaine, j'ai voulu montrer qu'un lien nécessaire unissait la culture démocratique à l'idée de sujet.
    A.T.

  • Dans les premiers siècles de sa modernisation, l'Occident a décrit et pensé la réalité sociale en termes politiques : le désordre et l'ordre, le roi et la nation, le peuple et la révolution. Puis, avec la Révolution industrielle, le capitalisme s'est émancipé du pouvoir politique. Nous avons alors pensé et agi au nom d'un nouveau paradigme, économique et social celui-ci, et parlé classes, richesses, inégalités et redistribution.
    Aujourd'hui, à l'heure de l'économie globale et de l'individualisme triomphant, la mondialisation a fait voler en éclats ces anciens modèles de sociétés. Chacun de nous, pris dans la production et la culture de masse, s'efforce de leur échapper et de se construire comme le sujet de sa propre vie. Le nouveau paradigme dans lequel nous rendons compte de ces préoccupations nouvelles est culturel. En témoignent les grandes interrogations de notre époque : quelle place faut-il faire aux minorités ? La sexualité doit-elle être placée au centre de tout ? Assistons-nous au retour des religions ?
    Les anciens paradigmes étaient tournés vers la conquête du monde, avec le nouveau, c'est de nous qu'il s'agit. Et tandis que nous prenons acte de la décomposition d'un monde qui était dirigé par les hommes, nous entrons dans une société de femmes.
    Comme toujours chez Alain Touraine, le souci de donner forme théorique à nos pratiques sociales est fécondé par la vie telle qu'elle est vécue, et tout ce qui est pensé ici renvoie à l'expérience la plus quotidienne de l'univers globalisé dans lequel nous évoluons désormais.
    Un grand livre de référence.

  • La société est en avance sur l'idée qu'on nous a donnée d'elle. Je cherche à dessiner sa nouvelle image et à la faire reconnaître comme l'enjeu des mouvements sociaux de demain.

  • Prolongeant Production de la société, ces essais se proposent de définir la démarche et le rôle de la sociologie dans nos sociétés. Ils ne présentent pas une pensée bouclée, mais invitent à adopter une attitude sociologique en rupture critique avec les catégories de l'ordre social, les idéologies et les pressions des pouvoirs pour découvrir comment les sociétés se constituent et se transforment.
    Au sommaire : l'objet de la sociologie ; dix idées pour une sociologie ; systèmes et conflits ; rapports et conflits sociaux dans la société postindustrielle ; identité sociale et mouvements sociaux ; le moment de la sociologie.

  • Avons-nous perdu la société ? Les discours anciens ne la saisissent plus : les révoltes se placent hors d'elle ou dans sa marge.
    Rarement société a détourné son regard aussi opiniâtrement de son propre corps et de ses mouvements.
    Et pourtant, crises, conflits et choix politiques nous rappellent au présent.
    Il faut réapprendre à regarder une société qui commence à prendre forme après une époque de transformations aveuglantes. Mais ce regard ne peut être impersonnel, et le sociologue s'interroge sur la manière dont il produit son analyse.
    Journal intellectuel, écrit de l'automne 1974 au printemps 1976, la Société invisible construit par morceaux une image de la société, en interrogeant les événements politiques, les débats intellectuels et le sociologue lui-même.
    Alain Touraine

  • La conscience de classe ouvrière n'est ni une réponse constante à la condition prolétarienne, ni un effet de la propagande. Elle est un fait historique, lié à un moment privilégié de l'évolution de l'industrie : la rencontre du monde (ouvrier) du métier et du monde (patronal) de la propriété avec l'organisation rationalisée de la production. Elle marque l'entrée des sociétés capitalistes dans la civilisation industrielle.
    Telles sont les conclusions auxquelles conduit l'analyse des réponses à une vaste enquête. Elles apportent un sens positif à des thèmes trop souvent réservés à la discussion idéologique. Elles amènent à isoler l'idée de conscience ouvrière, définition que les travailleurs se donnent de leur condition, de leurs objectifs et des conflits où ils sont engagés ; et à situer cette même idée par rapport à celles, plus classiques, d'attitudes au travail et d'action ouvrière.
    Ce sont des résultats dont toute sociologie du mouvement ouvrier devra tenir compte, comme aussi toute réflexion sur les problèmes présents.

  • Une société n'est pas seulement un organisme qui maintient ses règles et son organisation. Elle est aussi capable de modifier ses normes et ses objectifs pour s'adapter à des changements internes et externes. Plus encore, elle crée ses orientations ; elle donne un sens à ses activités et transforme ce sens en conduites. L'expérience des sociétés contemporaines rend de plus en plus visible cette production de la société par elle-même, par la connaissance, l'investissement et l'image qu'elle se forme de la créativité. Ainsi se définit l'historicité, distance de la société par rapport à elle-même, qui est aussi son déchirement en classes antagonistes et l'enjeu des mouvements sociaux.
    Ce livre veut introduire à la sociologie en liant clairement les uns aux autres ses concepts fondamentaux : relations, systèmes et action ; classes, institutions, organisations et changement. Il redéfinit ce qu'on peut nommer une démarche actionnaliste, instrument privilégié des sociétés qui ont découvert par la croissance accélérée, le pouvoir totalitaire, le risque de guerre totale et les révolutions sociales que leur être dépend plus de leur action sur elles-mêmes et de leur mode de transformation que de lois naturelles. Il veut aider à briser la prétendue positivité de l'ordre social et des idéologies, pour retrouver les orientations et les combats à travers lesquels les hommes produisent leur société.

  • La campagne présidentielle décryptée par l'un des plus grands intellectuels français.Carnets de campagne ne ressemble à aucun autre livre sur la campagne. C'est un ouvrage personnel, un livre de penseur, d'homme engagé. Touraine aime la politique et il la fait aimer. Loin de l'analyse froide des faits et gestes des politiciens, il défend un vrai point de vue, soutenu par une pensée élaborée. À la croisée de la science politique, de la sociologie et de la philosophie, Alain Touraine pose beaucoup de bonnes questions dans ce court essai à la fois vif et profond. Il circonscrit les grands enjeux de la campagne, ce qui s'y joue vraiment (la crise, l'individualisme, le moral contre le social, le nucléaire, l'Europe, la justice sociale) et se demande sur quelles batailles va se jouer l'élection : l'anti-sarkozysme ? L'acceptation de la rigueur ? Le ton de la campagne ? La personne même du président ? Chaque question est examinée en une page au plus, ce qui rend la lecture fort agréable. Alain Touraine prend de la hauteur et propose de véritables raisonnements sur des questions politiques intemporelles : où sont les idées ? Quels sont les différents niveaux de l'action politique ? Quelles constructions du monde s'opposent aujourd'hui ? Sur quels critères choisir nos dirigeants ?

  • Après deux siècles d'un culte de la société qui a soumis les acteurs sociaux à la loi de la Raison, de l'Histoire ou de la Puissance, n'est-il pas temps de remettre en question notre représentation de la vie sociale ? A une conception centrée sur les notions d'évolution, d'institution et de participation, de substituer une image mettant en avant les idées d'autoproduction, de mouvement social et de sujet ?
    Ce changement dans la pensée correspond au passage, que nous vivons aujourd'hui, de la société industrielle, organisée comme une entreprise ou comme une armée, et qui cherche avant tout à dominer la nature, à un nouveau type d'organisation sociale capable d'agir plus directement sur les conduites et les relations sociales, notamment par la production d'informations, de langages, d'images.
    La vie sociale ne peut plus, désormais, être comprise comme manifestation d'une essence - ou d'exigences fonctionnelles - mais comme constante invention, à travers des conflits et des négociations, des règles de la vie collective.
    Après dix ans de recherches concrètes sur différents mouvements sociaux, Alain Touraine reprend ici la réflexion fondamentale qu'ouvraient des livres tels que Sociologie de l'action, Production de la société, Pour la sociologie.

  • J'ai vécu l'épuisement d'une gauche qui croyait à la raison, à la production et à l'histoire. Vivrons-nous l'invention d'une autre gauche, celle de la liberté personnelle, de la solidarité et de la diversité?
    Cette invention dépend des responsables politiques auxquels je m'adresse, mais, au moins autant, de vous et de moi.
    A.T.

  • " Le progrès de la connaissance scientifique et de son rôle dans le développement social a remplacé les crises de socialisation par des conflits sociaux de portée générale, à travers lesquels commencent à se dessiner les rapports et les conflits de classes propres aux sociétés technocratiques. L'université, parce qu'elle est un centre de production et de diffusion de la connaissance scientifique, devient de plus en plus un lieu central des conflits sociaux de notre temps. "
    L'université a eu successivement une fonction d'adaptation au changement économique et à l'intégration nationale, de consolidation d'une élite dirigeante, enfin, de production scientifique et technique. Cette dernière place l'université au coeur des forces et des rapports de production et lui donne un rôle politique. C'est contre sa participation au pouvoir de classe que s'est soulevé le mouvement étudiant de 1964 à 1970. Il a mis en cause les liens de l'université et des dirigeants, s'est mêlé au soulèvement des Noirs, a animé la lutte contre la guerre au Viet-Nâm, a exprimé le refus de "l'abondance".
    Une contribution capitale au problème de la place du système d'éducation dans la société.

  • Une seule grande recherche sociologique a pu être menée en Pologne sur Solidarité. Une équipe franco-polonaise dirigée par Alain Touraine a reçu le double appui du Centre de Recherche de Solidarité et de l'Université de Varsovie. Appuyée sur la méthode de l'intervention sociologique, elle a formé, d'avril à novembre 1981, des groupes de militants d'entreprise dans six villes: Gdansk, Szczecin, Varsovie, Lodz, Katowice et Wroclaw. Les chercheurs ont aidé ces membres actifs de Solidarité à mener l'analyse de leur propre action et à la confronter avec celle d'autres groupes, puis ils ont soumis à leur tour leurs hypothèses et étudié les effets qu'elles produisaient sur eux. Les comptes-rendus de ces centaines d'heures de travail en commun constituent un document de valeur exceptionnelle sur le mouvement qui a soulevé et transformé la société polonaise.
    Ce livre n'est ni un récit, ni un simple témoignage de sympathie, si forts que soient les liens qui attachent tous les chercheurs à l'action exemplaire de " Solidarité ". C'est à la fois une analyse approfondie de la nature et de l'évolution d'un mouvement dont l'importance est immense, et une réflexion sur quarante ans d'histoire des régimes communistes en Europe et des poussées sociales qui en ont fait éclater l'illusion totalitaire.

  • "Tout près de moi : Mai 68, le Chili populaire, les impasses de l'opposition en France, la fin de beaucoup d'illusions.
    A l'horizon : les nouveaux mouvements sociaux, la crise de l'Université, la société post-industrielle, l'indispensable et si difficile transformation de la gauche.
    Toujours : le travail obstiné de la sociologie et le refus de l'Un. De plus en plus : la distance qui m'éloigne de toi, mon temps qui court, l'effort pour suivre le passé et l'avenir, peut-être le regret de ne pas goûter l'instant.
    Ces lettres écrites à une étudiante en sociologie pendant l'été 74 sont l'envers des livres qui ont rempli mes récentes années de travail. Les idées s'y mêlent aux réactions, les raisonnements aux préférences, les sentiments à l'analyse. Non pour retrouver la vie derrière les livres mais pour suivre le travail de la sociologie, pour participer, seul mais solidaire, à la transformation de la société et pour partager la parole et le silence."
    Alain Touraine

  • Notre société est-elle encore capable d'agir sur elle-même, de générer des idées et des politiques économiques et sociales ou s'enferme-t'elle dans une crise sans fin ?
    D'un côté, les libéraux nous conseillent de renoncer à construire un avenir volontariste et de nous laisser guider par le marché. De l'autre, l'ultra-gauche se contente de dénoncer la domination et de parler au nom de victimes réduites à l'impuissance. Au centre, beaucoup, autrefois de gauche, prenant acte du vide et de la confusion qui règne sur la scène sociale, ne croient plus qu'à la défense des institutions républicaines, synonyme, ou peu s'en faut, d'ordre et de discipline.
    J'ai écrit ce livre contre ces trois manières de proclamer, d'accepter, de renforcer le vide social. Sortir du libéralisme ? Rien n'est plus urgent. Mais il y a les bonnes et les mauvaises manières de le faire. La voie que j'emprunte ici passe par l'identification et la reconnaissance de nouveaux acteurs, qui cherchent avant tout à faire reconnaître leurs droits culturels et qui peuvent, sans perdre leur indépendance, régénérer l'action politique. Il est grand temps de redéfinir, au-delà de la puissance déchaînée des marchés et des communautarismes extrêmes, une politique du possible et d'obtenir de chacun l'acceptation de l'identité et des projets des autres, regardés comme égaux et différents.

  • Vivre ensemble à la fois égaux et différents, n'est-ce pas la quadrature du siècle? La mondialisation de l'économie nous mélange dans les supermarchés de l'information et de la consommation, mais ne nous aide pas à nous comprendre; et lorsque nous cherchons refuge dans notre identité ou dans une communauté homogène, nous en venons inévitablement à rejeter l'Autre dont la différence apparaît vite comme une menace.
    Nous avions trouvé autrefois une réponse: vivons ensemble comme citoyens de la même ville ou de la même nation et respectons la vie privée de chacun. Mais les bouleversements techniques et économiques ont renversé les barrières qui séparaient la vie publique de la vie privée, et l'économie internationale envahit la sphère publique.
    Une autre solution se dessine: chacun d'entre nous, dans toutes les parties du monde, tente de combiner sa participation au monde technique avec l'affirmation de son héritage culturel et de sa personnalité. J'appelle Sujet ce désir de construction d'une vie vraiment individuelle.
    Cette production de soi ne se réalise pas dans l'isolement ou le retrait, mais en luttant à la fois contre la domination des marchés et contre les pouvoirs communautaires, en reconnaissant à l'Autre comme à soi-même le droit d'être un Sujet et en mettant la démocratie, le droit et l'école au service de la liberté créatrice de chaque Sujet personnel.
    Il faut sortir des morales du devoir et reconnaître à chacun le droit et la capacité de combiner son identité culturelle et sa participation à l'univers technique. Ainsi seulement pourrons-nous vivre ensemble, égaux et différents.
    A.T.

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