André Chevrillon

  • Dès sa découverte de Ceylan puis de l'Inde, il y a chez Chevrillon une thématique de l'éloignement, de la distance culturelle, surtout lorsqu'on approche des civilisations qui n'ont pas encore été entraînées dans un processus de modernisation coloniale qui consiste pour l'essentiel à les insérer dans l'engrenage des grandes forces mondiales. Chevrillon ne parle pas de « globalisation », mais il analyse attentivement ce qu'il appelle un mouvement de « généralisation » planétaire dont il n'observe, en fait, que les commencements. De là son empressement à découvrir des cultures qui sont encore lointaines, et qui ont pu développer librement leur singularité.
    Sa traversée de l'océan indien est comme le prélude à un plus vaste dépaysement, dont Chevrillon se fera le chroniqueur et le poète. Mais l'« éloignement » est aussi synonyme d'une perte des repères culturels, au fur et à mesure que l'on s'enfonce à l'intérieur des terres, et que l'on découvre des civilisations (bouddhistes, hindouistes) devant lesquelles les critères intellectuels européens sont inopérants. Dès lors le voyageur fait l'expérience d'un éloignement de soi sans être sûr pour autant de rencontrer l'autre. De cette position inconfortable peut naître un genre littéraire bien particulier, à la rencontre du récit de voyage et de l'essai philosophique. »
    Ce livre de Kailash Éditions, réalisé en coopération avec Les Éditions de Londres, est un inédit numérique.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

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  • Le Maroc occupe une place à part dans l'oeuvre d'André Chevrillon, qui fut un grand passionné des grandes civilisations d'Asie et d'Orient, que l'on redécouvre enfin après de longues années d'un relatif oubli. En 1905, à une époque cruciale qui vit le pays s'ouvrir davantage à l'étranger, Chevrillon séjourna à Fès, sur l'invitation de Georges Saint-René- Taillandier, ministre de France à Tanger, alors en mission diplomatique dans la vieille capitale. Chevrillon a raconté cette première découverte du Maroc dans un riche récit, Un crépuscule d'Islam, publié chez Hachette en 1906. Ce qui fascina d'emblée l'écrivain, c'est la persistance, dans le proche voisinage de l'Europe, d'une culture qui avait su préserver des traits religieux, des styles architecturaux, des modes de vie d'une profonde originalité. Chevrillon s'intéressa, certes, comme Pierre Loti plus de dix ans avant lui, à la « couleur locale » et au pittoresque de scènes de rue qu'il sut rendre avec un art parfaitement maîtrisé de la description. Il fut très attentif à ce qu'il put saisir, comme subrepticement, de la manière d'être des vieilles familles citadines où demeurait quelque chose de la sensibilité raffinée de la vieille Andalousie. Mais l'écrivain voulut aller plus loin, découvrir davantage l'essence d'une culture, dans sa continuité historique et ses valeurs singulières.

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