Antoine Lilti

  • Les Lumières sont souvent invoquées dans l'espace public comme un combat contre l'obscurantisme, combat qu'il s'agirait seulement de réactualiser. Des lectures, totalisantes et souvent caricaturales, les associent au culte du Progrès, au libéralisme politique et à un universalisme désincarné.
    Or, comme le montre ici Antoine Lilti, les Lumières n'ont pas proposé une doctrine philosophique cohérente ou un projet politique commun. En confrontant des auteurs emblématiques et d'autres moins connus, il propose de rendre aux Lumières leur complexité historique et de repenser ce que nous leur devons : un ensemble de questions et de problèmes, bien plus qu'un prêt-à-penser rassurant.
    ​Les Lumières apparaissent dès lors comme une réponse collective au surgissement de la modernité, dont les ambivalences forment aujourd'hui encore notre horizon. Partant des interrogations de Voltaire sur le commerce colonial et l'esclavage pour arriver aux dernières réflexions de Michel Foucault, en passant par la critique postcoloniale et les dilemmes du philosophe face au public, L'Héritage des Lumières propose ainsi le tableau profondément renouvelé d'un mouvement qu'il nous faut redécouvrir car il ne cesse de nous parler.

  • Les stars sont aujourd´hui omniprésentes : elles peuplent nos villes, nos écrans et nos imaginaires. La culture de la célébrité semble un trait incontournable de nos sociétés médiatiques, une conséquence de la société du spectacle et de la culture de masse. Figures publiques montre pourtant que les mécanismes de la célébrité se sont développés dès le XVIIIe siècle en Europe, avant de s´épanouir à l´époque romantique, sur les deux rives de l´Atlantique. Des écrivains comme Rousseau, des comédiens, des musiciens suscitaient la curiosité du public et l´attachement passionné d´admirateurs inconditionnels. De Paris à New-York, l´essor de la presse, les nouvelles techniques publicitaires et la commercialisation des loisirs entrainèrent une profonde transformation de la visibilité des personnes célèbres. Leurs vies privées devinrent des spectacles publics. La politique ne resta pas à l´écart de ce bouleversement culturel : Marie-Antoinette en fut l´un des témoins. Lorsque le peuple surgit sur la scène révolutionnaire, il ne suffit plus d´être légitime, il importe d´être populaire. À travers cette histoire de la célébrité, Antoine Lilti place au coeur de la réflexion le paradoxe d´une célébrité recherchée mais dénoncée de toute part. Si elle est, à bien des égards, la forme moderne du prestige, adaptée aux sociétés démocratiques et médiatiques, comme la gloire était celle des sociétés aristocratiques, c´est une grandeur contestée, perçue comme illégitime. Son histoire éclaire d´une lumière nouvelle les contradictions de la modernité.

  • Il est banal de dire que le XVIIIe siècle a vu se déplacer la vie sociale de la Cour vers la Ville, de Versailles vers Paris. Mais il ne suffit pas d'énumérer des anecdotes prenant pour cadre les salons de Mme du Deffand et de Mme Geoffrin, et de citer les écrivains ou les artistes qui les ont fréquentés. Ce qu'il faut comprendre, c'est la signification historique d'une forme de sociabilité. Ce livre offre, pour la première fois, une véritable histoire sociale et culturelle des salons parisiens du XVIIIe siècle, et permet de réviser de nombreuses idées reçues. Ces salons n'étaient pas, comme on le dit trop souvent, des lieux de discussion critique permettant de diffuser largement les idées des Lumières, mais bien plutôt les centres de la sociabilité mondaine, dévolus aux plaisirs de la table et du mot d'esprit, au théâtre de société comme aux intrigues politiques. C'est dans les salons que se recomposent les identités aristocratiques, que se forment les réputations littéraires et politiques, et que se prépare l'accès à la Cour. Le loisir lettré et les pratiques culturelles des salons deviennent alors un élément essentiel de la distinction aristocratique et de l'imaginaire national, tandis que de nombreux écrivains des Lumières adhèrent aux pratiques et aux idéaux des élites parisiennes et de la noblesse de Cour.

  • The Invention of Celebrity

    Antoine Lilti

    • Polity
    • 5 Septembre 2017

    Frequently perceived as a characteristic of modern culture, the phenomenon of celebrity has much older roots. In this book Antoine Lilti shows that the mechanisms of celebrity were developed in Europe during the Enlightenment, well before films, yellow journalism, and television, and then flourished during the Romantic period on both sides of the Atlantic.  Figures from across the arts like Voltaire, Garrick, and Liszt were all veritable celebrities in their time, arousing curiosity and passionate loyalty from their "fans." The rise of the press, new advertising techniques, and the marketing of leisure brought a profound transformation in the visibility of celebrities: private lives were now very much on public show.  Nor was politics spared this cultural upheaval:  Marie-Antoinette, George Washington, and Napoleon all experienced a political world transformed by the new demands of celebrity.  And when the people suddenly appeared on the revolutionary scene, it was no longer enough to be legitimate; it was crucial to be popular too. Lilti retraces the profound social upheaval precipitated by the rise of celebrity and explores the ambivalence felt toward this new phenomenon.  Both sought after and denounced, celebrity evolved as the modern form of personal prestige, assuming the role that glory played in the aristocratic world in a new age of democracy and evolving forms of media. While uncovering the birth of celebrity in the eighteenth century, Lilti's perceptive history at the same time shines light on the continuing importance of this phenomenon in today's world.

  • Les dernières décennies, marquées par la multiplication des échanges et des débats historiographiques bien au-delà des frontières nationales, ont progressivement vu la remise en cause d'un ensemble de convictions scientifiques fortes sur lesquelles les historiens avaient longtemps vécu. Leur réflexion s'est d'abord éloignée des certitudes de l'histoire sociale sérielle pour se porter, dans le sillage de la microstoria, sur la valeur heuristique du cas et sur les difficultés de la généralisation. Plus récemment, le rôle croissant des histoires et des historiographies non européennes a profondément redessiné l'agenda de la recherche historique. Enfin, l'écriture de l'histoire et ses ressources narratives ont de nouveau fait l'objet d'une intense attention. Jacques Revel n'a cessé d'éclairer et d'impulser, au fil des années, ces mutations historiographiques. Ce volume rend hommage à l'importance et à l'influence de son travail, en proposant un ensemble de réflexions libres sur les opérations qui font le quotidien du métier d'historien et qui nous deviennent parfois si familières que nous finissons par considérer qu'elles vont de soi. Ni un manifeste ni un héritage, mais l'actualité d'une certaine expérience commune de l'écriture de l'histoire.

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