Christian Jambet

  • Mullâ Sadrâ vécut à la charnière des XVIe et XVIIe siècles de notre ère. De celui qui fut surnommé "le tout premier des métaphysiciens", l'ayatollah Khomeiny n'eut de cesse de se réclamer lors de la révolution de 1979 en Iran.
    Mullâ Sadrâ, en effet, pose la question de la guidance de la communauté des croyants : revient-elle au plus pieux qui suit l'enseignement du Coran à la lettre ou au philosophe qui, à la suite des Grecs et de Platon en particulier, vise au perfectionnement de l'âme humaine jusqu'à atteindre le bonheur par la connaissance de la vérité ? L'ascension de l'âme savante vers l'lntellect débouche sur la vraie révélation coranique. Mais la religion philosophique se déploie cachée, ésotérique, face à l'exotérisme d'une orthodoxie bornée par la lettre de la Révélation. C'est le drame de l'islam contemporain.
    Quel qu'il soit, le guide ne peut ignorer les enseignements relatifs à la connaissance de Dieu, au message prophétique, aux êtres suprasensibles, à la connaissance de l'âme humaine. Sinon, sans le relai herméneutique que la philosophie offre aux enseignements des imâms, les théologiens et les juristes se substituent, par leur rationalité propre, à celui qu'ils entendent représenter. Le pouvoir spirituel se dégrade inéluctablement en une autorité limitée, juridique, policière. C'est le drame de l'Iran depuis 1979.

  • Les descriptions de la fin des temps et de l'Apocalypse dans le Coran n'ont pas seulement nourri un messianisme temporel, annonçant les événements qui départagent les amis et les ennemis de Dieu. Le philosophe Christian Jambet présente ici une oeuvre du penseur shite Mull adr qui, au XVIIe siècle, « neutralise les conflits de la fin des temps en leur donnant un sens permanent et spirituel, qui en apaise l'urgence, en défait les prestiges temporels au profit du combat spirituel. » L'essai qui précède la traduction de L'épître du rassemblement dévoile ainsi une éthique de la résurrection. Il éclaire également les influences néoplatonicienne et soufie qui parcourent cette oeuvre, dont Christian Jambet restitue ici toute la puissance.

  • Délices du jardin ou feux de l'enfer, les promesses ou les menaces coraniques concernant l'au-delà sont sans doute les plus saisissantes parmi celles des monothéismes. Mais doivent-elles être prises au pied de la lettre ? Christian Jambet retrace ici le fil du scénario interprétatif que constitua Mullâ Sadrâ, penseur de l'islam shiite, dans l'Iran safavide du XVIIe siècle. Dans ce voyage vers les contrées des fins dernières, du retour à Dieu et de la résurrection, c'est en définitive à une ample réflexion que nous convie cet ouvrage, réflexion sur le sens que nous donnons aujourd'hui à la mort, et donc à la vie. La mort des modernes est indifférente, inoffensive, elle n'ouvre plus sur cette question qui était jadis essentielle : la destinée de l'âme après la mort, événement qui donnait précisément à la vie son importance. Mullâ Sadrâ, par la voix de Christian Jambet, se propose de nous en rappeler la portée.

  • Apologie de Platon

    Christian Jambet

    • Grasset
    • 5 Novembre 1976

    Qu'est-ce que la conception politique du Monde ? Une façon de voir l'harmonie où règne la guerre, la jouissance où règne le malheur, la libération où se parfait l'ordre, le rebelle où se maintient le Maître.Le premier, Platon, connut les impasses de ce pari de rébellion qui est le nôtre et vécut dans le désespoir les accommodements du Politique.Il faut renoncer à considérer Platon comme l'erreur de l'Occident, mais revivre ce formidable sursaut d'horreur, qu'il suscita face à l'endurance du Maître.Là où Nietzsche voit triompher Morale et Politique, nous voyons la tragique aporie d'une critique de la conception politique du Monde. Là où il voit l'aveuglement sur la volonté de puissance, la première critique occidentale de la barbarie. Et par-dessus tout, l'enveloppe actuelle de tout discours qui veut se présenter au nom du pari de rébellion.Dire qu'il faut que l'Ange vienne, c'est faire l'expérience du platonisme. Il nous reste cette tâche d'une philosophie de l'avenir, il reste aujourd'hui qu'il faut aimer Platon.C.J.

  • Reprise des interventions faites lors d'une soirée philosophique organisée au Théâtre national de Chaillot, à propos du livre d'Alain Badiou L'Etre et l'événement.

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