Christine Bard

  • Les garçonnes : mode et fantasmes des Années folles Nouv.

    Figure phare des « Années folles », la garçonne a gravé dans l'imaginaire collectif sa silhouette androgyne et ses cheveux courts. Symbole d'une émancipation controversée, elle cristallise les tensions d'une société ébranlée par la guerre, partagée entre fièvre de liberté et retour à l'ordre moral.
    En nous propulsant au coeur d'une décennie fantasmée, Christine Bard analyse une révolution des représentations. Elle en saisit les déclinaisons, de l'univers de la mode à la scène lesbienne en passant par la littérature et le célèbre roman de Victor Margueritte. La garçonne incarne avec force l'ambivalence d'un monde en plein bouleversement.
    L'essai réunit la culture des apparences, l'histoire politique et l'histoire sociale pour mieux cerner la puissance de cette figure entre subversion et modernité.

  • Successeur de la culotte, le pantalon symbolise la masculinité et, partant, le pouvoir, comme en témoigne le dicton " porter la culotte ". Au cours de la Révolution, il se charge d'une signification plus précise en exprimant les valeurs républicaines et devient un élément clé du nouvel ordre politique. Mais l'Ancien Régime continue pour les femmes, qui, sur le plan tant vestimentaire que social, n'accèdent ni à la liberté ni à l'égalité. Privées de droits, assignées à résidence dans leur genre, elles sont interdites de pantalon.
    Rien de tel qu'un interdit pour susciter le désir... Surchargé de fantasmes, le pantalon accompagne toutes les transgressions qui jalonnent la route de l'émancipation des femmes. Artistes, féministes, révolutionnaires, voyageuses, actrices, lesbiennes, sportives, innombrables sont les femmes connues et inconnues qui s'approprient l'habit masculin. Il faut attendre les années 1960-1970 pour que le pantalon soit féminisé et devienne un vêtement mixte. Fin de l'histoire ? Pas tout à fait. Pourquoi l'ordonnance de 1800 interdisant aux femmes de s'habiller en homme n'est-elle toujours pas abrogée ? Pourquoi les collégiennes ne portent-elles plus que des pantalons ? Pourquoi une " journée de la jupe " ? L'actualité des questions de sexe et de genre gagne à être située dans l'histoire longue de la peur de la confusion des rôles et de la contestation du pouvoir masculin.
    Christine Bard, professeure d'histoire à l'université d'Angers (CERHIO / Centre d'histoire de Sciences Po), est notamment l'auteure des Garçonnes (Flammarion, 1998) et de Ce que soulève la jupe (Autrement, 2010).

  • Alors que la jupe a longtemps été subie et vécue comme l'attribut d'une féminité imposée, elle est aujourd'hui reconquise par les femmes, mais aussi par les hommes. Symbole des stéréotypes de genre pour les uns, symbole d'une libération nouvelle pour les autres.
    Le Girl Power, Ni putes ni soumises, le Printemps de la jupe et du respect sont autant de manifestations d'une mutation à l'oeuvre : la jupe est-elle forcément le signe de la soumission à l'ordre masculin ? Pour résister à la stigmatisation et au sexisme, pourquoi certaines filles choisissent-elles la jupe, et d'autres le pantalon ? Que penser des pressions diverses pour contrôler, voire réglementer le vêtement à l'école, au travail ou dans l'espace public ? Et que dire de la jupe pour homme ? Provocation pure et simple, ou désir d'égalité entre les sexes ? Identités, transgressions, résistances... La jupe est à l'évidence au coeur des débats sur les identités de genre. Vêtus d'un tailleur, d'une mini, d'une jupe punk ou d'un kilt, les enfants et petits-enfants de Mai 68, garçons et filles, qu'ils soient hétéros, homosexuels ou transgenres, réinventent le port de la jupe, pour séduire, provoquer, pour cacher ou pour montrer...

  • Avec les mots, avec le corps, le genre s'impose. En ouvrant la bouche
    ou en nous habillant le matin, nous portons les marques du genre.
    Nos moyens d'expression sont genrés.

    Avec les mots, avec le corps, le genre s'impose. En ouvrant la bouche

    ou en nous habillant le matin, nous portons les marques du genre.

    Nos moyens d'expression sont genrés. Nous en jouons et, ce faisant,

    nous élaborons un imaginaire de la différence sexuelle. Le plus souvent, nous

    nous contentons d'activer des stéréotypes. Étudier ces marques du genre

    est donc un vaste chantier, auquel cet ouvrage collectif entend contribuer.

    Les mots d'abord. La langue continue à véhiculer de redoutables préjugés

    /> sexistes. En témoigne la règle apprise à l'école : " Le masculin l'emporte sur

    le féminin. " Mais l'écriture inclusive aujourd'hui proposée s'insurge contre

    la prééminence du masculin sur le féminin dans la langue française.

    Et l'histoire des langues et des oeuvres littéraires donne bien des exemples

    de résistance à ce masculin qui s'impose comme neutre et universel.

    Le corps ensuite. Des espaces de liberté se sont ouverts, mais les normes

    traditionnelles n'ont pas disparu. Le corps vêtu continue de dire le genre.

    À moins de perturber le regard avec un travestissement, des pilosités

    inattendues ou une gestuelle inhabituelle, s'" attaquer " au genre,

    à son binarisme obligatoire et hiérarchisé, n'est pas chose facile.

    Peut-on dépasser le genre ? L'annuler ? Créer du neutre ?

empty