Plon

  • Depuis plus de vingt ans, Jean-Claude Carrière séjourne régulièrement en Inde. Il nous propose avec cet ouvrage un vagabondage personnel, l'inventaire de ses curiosités culturelles ou géographiques, anciennes ou actuelles. Le passeport idéal pour toutes les évasions.
    L'Inde lance un défi au regard comme à la raison : tant de peuples, tant de langues, de coutumes, de croyances, d'activités. Tant de passé dans tant de présent. On pourrait croire qu'un tel pays n'existe pas. Et pourtant la démocratie indienne fonctionne, et tous ces peuples n'en font qu'un.
    Par quel prodige ? Ce dictionnaire - où l'amour voudrait ne pas être aveugle - tente de répondre à cette question, par un zigzag constant, et très indien, entre les lieux, les dieux, les hommes et le hasard. Nous changeons sans arrêt de sujet, nous passons du concept à l'anecdote, guidés par un ciment invisible, mais tout-puissant, qui est le grand récit épique appelé le Mahâbharata. L'Inde, une illusion qui ne trouve sa réalité que dans un poème.
    Le défi suprême, ici accompli.


  • L'ouvrage fondateur de la pensée de Lévi-Strauss

    L'ouvrage fondateur de la pensée de Lévi-Strauss

    La science des mythes, tel eût pu être le titre de ce livre, si l'auteur n'avait été ramené à des prétentions plus modestes par le sentiment que, sur la voie qu'il a essayé d'ouvrir, tout ou presque tout reste à faire avant qu'on ait le droit de parier de science véritable. Car si, comme on l'espère, la connaissance de l'homme marque ici quelques progrès, ceux-ci ne tiennent à rien d'autre qu'une attitude résolue d'humilité devant l'objet, qui, pour la première fois peut-être, a permis de prendre complètement les mythes " au sérieux ". De l'analyse scrupuleuse d'un mythe, s'amplifiant jusqu'à englober la majeure partie des mythes de l'Amérique tropicale, il résulte en effet que, même là où l'esprit humain semble le plus libre de s'abandonner à sa spontanéité créatrice, il n'existe, dans le choix qu'il fait des images, dans la manière dont il les associe, les oppose ou les enchaîne, nul désordre et nulle fantaisie. Pas plus, donc, que les sciences physiques ne peuvent ménager une place à l'arbitraire dans les oeuvres de la nature, pas plus, si l'homme doit devenir un jour objet de connaissance scientifique, il ne saurait y avoir de l'arbitraire dans les oeuvres de l'esprit. On ne se dispose pas, pour autant, à réduire la pensée au déroulement mécanique de quelques opérations abstraites, dans le produit desquelles l'homme ne se reconnaîtrait plus. Par son titre d'inspiration culinaire, ce livre se réfère aux exigences du corps, et aux rapports élémentaires que l'homme entretient avec le monde. Par sa construction musicale, qui lui donne l'allure d'un vaste oratorio dont les parties évoquent tour à tour le thème et les variations, la sonate, la fugue, la cantate et la symphonie, il rapproche les démarches de la pensée mythique de celles de la musique qui, de tous les beaux-arts, est celui qui ressemble le plus à une science, tout en étant la source d'émotions incomparables. Il ne s'agit donc pas d'appauvrir, d'exclure ou de morceler, mais, au contraire, d'intégrer tous les aspects de la connaissance de l'homme dans un effort d'élucidation qui serait condamné d'avance s'il ne procédait du respect. En sorte qu'à partir de l'opposition, triviale en apparence, du cru et du cuit, on verra d'abord se déployer la puissance logique d'une mythologie de la cuisine, conçue par des tribus sud-américaines où l'auteur a pris ses exemples parce qu'il a vécu dans leur intimité ; puis émerger certaines propriétés générales de la pensée mythique, où se trouve en germe une philosophie de la société et de l'esprit.


  • Quels points communs existent-ils entre un tableau de Poussin, un opéra de Rameau et les textes de Diderot sur l'art ? Le souci du détail, comme si chaque créateur assemblait des cubes pour donner une forme à l'oeuvre d'art. L'auteur s'attache à nous faire comprendre comment naît le plaisir esthétique, en même temps qu'il nous dévoile son propre goût pour l'oeuvre d'art.

    Quels points communs existent-ils entre un tableau de Poussin, un opéra de Rameau et les textes de Diderot sur l'art ? Le souci du détail, comme si chaque créateur assemblait des cubes pour donner une forme à l'oeuvre d'art. L'auteur s'attache à nous faire comprendre comment naît le plaisir esthétique, en même temps qu'il nous dévoile son propre goût pour l'oeuvre d'art.
    Au cours d'une longue existence, l'auteur a regardé beaucoup de tableaux, écouté beaucoup de musique, lu beaucoup de livres, parmi lesquels il lui est apparu que certaines oeuvres se singularisaient. Ce ne sont pas les seules qu'il admire : entre elles pourtant, dans son esprit, un réseau de correspondances se tisse.
    Il cherche ce que ces oeuvres peuvent avoir de commun. Elles ne se ressemblent pas, mais, pour les comprendre, sa pensée se sent contrainte à suivre le même cheminement. A propos d'oeuvres d'art exemplaires, c'est donc sa façon de penser l'art que l'auteur entreprend d'explorer.
    Ecrit sur le ton de la conversation, ce livre ouvre dans la peinture, la musique, la littérature des perspectives qui se croisent et se recroisent. Des réflexions sur Poussin et sur Ingres s'entrelacent à d'autres sur l'écoute musicale telle qu'elle a évolué depuis Rameau. Les idées de Diderot et de Rousseau sur les beaux-arts sont comparées à celles d'un musicologue presque oublié, leur contemporain, dont les thèses anticipent la linguistique structurale. Plus près de nous, l'analyse et l'interprétation d'un célèbre sonnet de Rimbaud précèdent deux notes inédites sur les mêmes thèmes, échangés il y a un demi-siècle avec André Breton.

  • " Dictionnaire est inspiré par l'amour des langues, qui est peut-être un des aspects de l'amour des gens".
    Personne n'est indifférent aux langues humaines, dont l'apparition, aux aurores de notre espèce, est ce qui a permis à ses membres de nouer des relations sociales qu'aucune autre espèce animale ne connaît. Ceux et celles qui n'aiment pas les langues, parce que la difficulté d'apprendre certaines d'entre elles les rebute, trouveront dans ce Dictionnaire, sinon des raisons de les aimer, du moins assez de matière pour rester étonnés devant tout ce que les langues nous permettent de faire, de dire, et de comprendre sur notre nature. Partout apparaît avec éclat l'ingéniosité infinie des populations humaines, confrontées au défi de dire le monde avec des moyens très limités." Comme tout dictionnaire, celui-ci ne requiert pas de lecture d'un bout à l'autre : il est inspiré par l'amour des langues, qui est peut-être un des aspects de l'amour des gens. "

  • 45 ans de vagabondage pour nous aider à découvrir sous le masque du pittoresque la réalité complexe du Mexique.
    Certains pays se sont trouvés. D'autres se cherchent encore. C'est le cas, semble-t-il, du Mexique. Car il y a trois Mexique. Celui d'avant la conquête, magnifique et violent, qui a pour image une chimère, Quetzacoatl, le serpent à plumes. Il est le grand civilisateur, mais de ses dents tombent des gouttes de sang. Il y a le Mexique espagnol et catholique, qui dura trois siècles. Celui-ci s'est donné pour image la Vierge de Guadalupe, compatissante, patronne officielle du pays, présente partout. Et il y a le Mexique moderne, qui s'est établi à partir des guerres d'indépendance et, plus tard, de la fameuse révolution. L'image est ici Zapata, le héros paysan, le juste mitraillé. Trois raisons d'aimer. Né d'une rencontre entre deux continents unique dans l'histoire, le Mexique est doux et violent, souriant et masqué, antique et d'avant-garde. Il est une terre de contradictions, un monde confus, broyé, d'où sortira peut-être un nouveau siècle.

  • Le scientifique passionné fait partager ses joies et ses émois. Allègre à 100 %.
    Pour mieux comprendre l'importance et l'actualité de la science, il n'est pas inutile de connaître les histoires de son histoire. Histoire des savants, des chercheurs, des idées, des lieux et des mots aussi. Claude Allègre nous raconte et nous conte l'approche scientifique à travers l'aventure humaine, la société en mutation perpétuelle, le monde dans sa complexité et sa richesse, la terre, l'eau, le ciel et l'espace, la matière, l'animal, le végétal, l'industrie et la technologie, la pensée et le temps. Il explique comment les grandes découvertes ont été réalisées, dans quelles circonstances et quelle continuité, et nous permet de comprendre leur contribution à l'évolution de l'humanité, sans omettre leurs zones d'ombre. Amoureux souvent, passionné toujours, courroucé parfois, Claude Allègre entraîne son lecteur dans un tourbillon de connaissances, où l'inattendu bouscule le conventionnel. D'ADN à ozone, de Big bang à supernova, de dinosaures à planètes, de Buffon à Pasteur, ce dictionnaire n'a qu'un but: susciter la curiosité, le goût d'en savoir davantage et de démontrer peut-être que la science est au milieu de nos vies et de nos préoccupations. Ce Dictionnaire amoureux de la science est finalement un dictionnaire amoureux de l'intelligence humaine.

  • Ma vérité sur la planète

    Claude Allègre

    • Plon
    • 7 Novembre 2013

    C'est en faisant entrer l'écologie dans l'économie qu'on sauvera la planète et les hommes qui y vivent. Vive l'écologie moteur de la croissance ! A bas l'écologie du déclin !
    Une fois encore, nécessité oblige, Claude Allègre remet les pendules à l'heure car, s'il est inopportun pour l'avenir de notre société d'accorder le moindre crédit aux marchands d'illusions, il est tout aussi urgent de mettre un frein aux pleurnicheries écologiques. En bon pédagogue, après avoir fustigé, il nous propose un calendrier de propositions. Parmi celles-ci : - développons les OGM qui permettront aux plantes de résister à la pénurie d'eau et d'éviter les engrais, - reconquérons la biodiversité dans nos rivières et nos forêts, - encourageons une architecture économique combinant énergie solaire, pompe à chaleur et domatique, - imposons la voiture hybride ou électrique, - accélérons l'utilisation des piles à hydrogène. Vive l'écologie moteur de la croissance ! A bas l'écologie de la régression !


  • Ce livre voudrait rendre très accessibles les principes et la méthode massivement développés dans les quatre volumes des Mythologiques.

    Que peut-il y avoir de commun entre un oiseau insectivore, l'art de la poterie, et la jalousie conjugale ?
    Entre les spéculations des sauvages et celles des psychanalystes ? Entre une tragédie de Sophocle et une comédie de Labiche ? Et que signifie au juste le verbe " signifier " ?
    Telles sont les questions auxquelles un parcours plein de fantaisie à travers les mythes des deux Amériques permet d'offrir quelques réponses.

  • L'impact de Tristes Tropiques sur la pensée du vingtième siècle est immense. Traduit en 27 langues.L'impact de Tristes Tropiques sur la pensée du vingtième siècle est immense.
    Pourquoi et comment devient-on ethnologue ? Comment les aventures de l'explorateur et les recherches du savant s'intègrent-elles et forment-elles l'expérience propre à l'ethnologue ? C'est à ces questions que l'auteur, philosophe et moraliste autant qu'ethnographe, s'est efforcé de répondre en confrontant ses souvenirs parfois anciens, et se rapportant aussi bien à l'Asie qu'à l'Amérique.
    Claude Lévi-Strauss souhaite ainsi renouer avec la tradition du voyage philosophique illustrée par la littérature depuis le XVIème siècle jusqu'au milieu du XIXème siècle, c'est à dire avant qu'une austérité scientifique mal comprise d'une part, le goût impudique du sensationnel de l'autre n'aient fait oublier qu'on court le monde, d'abord, à la recherche de soi.

  • Jean-Claude Camus, règne sur le monde du spectacle depuis plus de cinquante ans. Il n'était peut-être pas né pour ça, mais il y est arrivé : aussi bien à faire descendre un million de spectateurs sur le Champ de Mars pour un concert de Johnny qu'à motiver Michel Bouquet pour jouer à nouveau Molière. Pour la première fois, il nous dit tout de sa vie et de sa carrière avec les plus grands : Johnny, Sardou, Sheila, Line Renaud...La vie de Jean-Claude Camus, c'est d'abord un roman d'aventure. Celui d'un garçon issu d'une famille modeste qui a grandi dans une petite ville de Normandie. Un garçon qui ne fait pas d'éclats particuliers au cours de ses études, mais découvre vers quinze ans la magie du spectacle grâce à un théâtre ambulant installé sur la place du village.
    Dès lors son destin est tracé : il sera organisateur de spectacles. Mais le chemin est rude. Quand il n'organise pas des bals ou des matches de catch en Normandie, il lui faut exercer dix métiers pour vivre. Pendant des années il accumule succès éphémères et déceptions cuisantes tout en multipliant les rencontres à la recherche d'oiseaux rares.
    Il croit les trouver avec Dick Rivers et les Chats Sauvages, Moustique ou autres vedettes un peu oubliées des années yé-yé. Mais les tournées sont calamiteuses et les dettes s'accumulent. Il s'accroche et apprend son métier à la dure, achète des spectacles, finit par rencontrer ses premiers succès et à concurrencer les anciens de la profession, car il a l'oeil du public et la rigueur du technicien.
    Il a déjà dépassé la quarantaine quand, enfin, son obstination et son professionnalisme payent : Johnny Hallyday lui demande de devenir son producteur. Michel Sardou suivra bientôt, et beaucoup d'autres. Dès lors sa vie se confondra avec celle de ses vedettes stars. Les plus grands spectacles de variété et de rocks jamais réalisés en France, les chanteurs qui remplissent le Parc des Princes et le Stade de France, les tournées qui lancent jusqu'à soixante semi-remorques sur les routes, les spectacles de Jarre ou de Hallyday au Champ de Mars, Madonna au Parc de Sceaux, c'est lui.
    Et puis, la soixantaine passée, l'homme de spectacle se découvre une autre passion : celle du théâtre. Passant de La Cage aux folles au Tartuffe et à Cyrano de Bergerac, il fait jouer aussi bien Line Renaud que Philippe Torreton, Nicole Croisille que Dany Boon, Michel Bouquet que Christian Clavier. Et il ne connaît pas de plus grand bonheur que d'être accueilli par ces mots d'un propriétaire de théâtre qui valent tous les hommages : " Tiens, voilà la Comédie-Française."
    C'est ce qu'il nous raconte ici, sans rien omettre de ses échecs ni de ses déceptions, tandis qu'il accumule les anecdotes savoureuses sur les plus grandes stars.

  • L'univers d'Hugo Pratt intrigue et fascine. Jean-Claude Guilbert, ami intime et compagnon d'aventure du père de Corto Maltese, rend ici un hommage tant attendu à ce grand créateur du XXe siècle. Une nouvelle édition revue et augmentée à l'occasion des 20 ans de la disparition de Pratt et de la sortie du nouvel album inédit de Corto Maltese.À l'instar de Corto Maltese, son personnage emblématique, Hugo Pratt est un mystère. Son univers - où s'entremêlent sources d'inspiration livresques et destins réels de perdants magnifiques - est si touffu, si codé, que ses nombreux fans ne cessent de s'interroger sur le dessein riche et surprenant de son oeuvre.
    Jean-Claude Guilbert, ami intime et compagnon d'aventures de Pratt, nous entraîne à la découverte de ce grand créateur du XXe siècle. Bien plus qu'une simple biographie, cet ouvrage, d'une originalité affirmée, libéré des conventions du genre, illustré de nombreux documents iconographiques inédits, est à bien des égards le livre définitif consacré à l'un des auteurs les plus influents de la bande dessinée.

  • Je suis une Française parmi d'autres, élevée en province. Des vertus qui m'ont été enseignées dès mon enfance, je crois avoir conservé l'essentiel. Il se trouve que j'ai partagé l'existence d'un homme au destin exceptionnel, ce qui m'a conduite, contre toute attente, sur le devant de la scène. Si je parle aujourd'hui de moi, de mes goûts et de mes amitiés, en particulier dans le domaine artistique, de mes activités à la tête de ma Fondation. si j'évoque des souvenirs, de l'Anjou de mon enfance jusqu'aux palais de la République, c'est dans la fidélité à l'oeuvre et à la mémoire de Georges Pompidou, que les Français, je le sais, gardent au-dedans d'eux-mêmes, et qu'il m'appartient de faire vivre.

  • L'histoire rocambolesque d'un jeune scénariste à la poursuite du chèque promis par son producteur.
    On me doit un chèque. Un producteur de cinéma me doit un chèque. Comment va-t-il s'y prendre pour ne pas me le donner ?
    Comme de nombreux confrères, j'ai connu les diverses péripéties de cette histoire. Et les choses n'ayant guère changé, je la raconte aujourd'hui, comme si j'étais un jeune scénariste qui s'aventure en terre inconnue. Dans le pays des cent mille embûches, où les ruses de l'argent sont imprévisibles (et quelquefois très profondément mystérieuses), il court après un chèque papillon, un chèque sauterelle. Il s'énerve, il s'épuise, il s'exaspère, mais sans jamais perdre toute espérance.
    J'ai choisi le parti d'en rire. Même si ce rire est forcément amer et désabusé. Mais au moins il est une ligne de défense, une bouée dans la détresse. Personne ne m'en privera.
    Et puis, au détour d'une feinte, d'une colère, d'un égarement ou d'une vraie crise, il m'arrive, à cette occasion, de parler un peu de cinéma.
    J-C. C.


  • L'étude de la pensée à l'état sauvage, florissante dans tout esprit d'homme tant qu'elle n'est pas cultivée et domestiquée pour accroître son rendement.

    " La Pensée sauvage ", et non " la pensée des sauvages ". Car ce livre s'écarte de l'ethnologie traditionnelle en prenant pour thème un attribut universel de l'esprit humain : la pensée à l'état sauvage, florissante dans tout esprit d'homme - contemporain ou ancien, proche ou lointain - tant qu'elle n'est pas cultivée et domestiquée pour accroître son rendement.
    Sans doute peut-on chercher des exemples auprès des sociétés sans écriture et sans machines ; même là pourtant, cette pensée ressemble singulièrement à celle que nous trouvons à l'oeuvre tout près de nous, dans la poésie et dans l'art, ou encore dans les diverses formes du savoir populaire, qu'il soit archaïque ou récent.
    En elle, rien de désordonné ni de confus. Partant d'une observation du monde qui témoigne d'une minutie et d'un précision souvent stupéfiantes, elle analyse, distingue, classe, combine, et oppose... Dans ce livre par conséquent, les mythes, les rites, les croyances, et les autres faits de culture, se manifestent comme êtres " sauvages " comparables, par delà le langage, à tous ceux que la nature (dont l'esprit humain ne peut être retranché) engendre aussi sous d'innombrables formes animales, végétales, et minérales. On ne saurait donc s'étonner que, dans leur fréquentation millénaire, la pensée sauvage ait trouvé la matière et l'inspiration d'une logique dont les lois se bornent à transposer les propriétés du réel, et qui, pour cette raison même, a pu permettre aux hommes d'avoir prise sur lui.


  • Troisième volet du triptyque inauguré par La Voie des masques et La Potière jalouse, l'Histoire du lynx est un conte répandu en Amérique du Nord, et dont les thèmes principaux, fondés sur l'idée de gémellité, se retrouvent dans les plus anciens mythes du Brésil et du Pérou.

    La comparaison entre des mythes, les uns provenant de l'Amérique du Nord, les autres recueillis dès le XVIe siècle dans le sud du Brésil et au Pérou, fait apparaître à travers le temps et les lieux ce qu'on pourrait appeler une constante de la pensée amérindienne.
    Cette pensée procède en opposant les termes que les mythes conçoivent si proches qu'ils les incarnent dans une paire de frères, souvent jumeaux ou presque, entre lesquels toutefois une différence existe en germe. Mais contrairement à Castor et Pollux qui récusent cette différence et obtiennent de devenir parfaitement égaux, les jumeaux américains ne surmontent jamais leur écart. Ils s'appliquent même à le creuser, comme si une nécessité métaphysique contraignait des termes appariés à diverger. Car la nature, la société sont en perpétuel déséquilibre interne : le même engendre toujours l'autre, la bonne marche de l'univers en dépend. Ainsi, dans la pensée des Amérindiens leur existence impliquait celle de non-Indiens. Bien avant la découverte du Nouveau Monde, la place des Blancs était marquée en creux dans leur système. Ils étaient de ce fait prêts à les accueillir.
    Tel est le thème de ce livre. Un parcours plein d'imprévu débute par l'analyse approfondie de mythes qui s'organisent autour de la notion d'une impossible gémellité. Il poursuit en les comparant avec les contes populaires franco-canadiens que les Indiens connurent et qu'ils incorporèrent à leurs propres traditions. C'est l'occasion d'esquisser une théorie de l'emprunt.
    On est ainsi conduit à méditer sur la rencontre des deux mondes, son retentissement dans la pensée de Montaigne et celle de ses contemporains. On croit enfin possible de remonter aux sources philosophiques et éthiques du dualisme amérindien. Celui-ci tire son inspiration d'une ouverture à l'autre qui se manifesta lors des premiers contacts avec les Blancs, bien que ceux-ci fussent animés de dispositions très contraires.

  • L'humour, l'émotion et la tendresse sont au rendez-vous dans ce livre sur l'amitié qui lie ces deux pros des médias.
    Claude, je nous revois à Portofino commencer nos entretiens dans la perspective de ce livre, c'était il y a au moins sept ans. A la terrasse d'un café du port, le minimagnéto pour enregistrer nos échanges était prêt, mais toi, pas encore. C'est seulement cette année 2009 que nous avons tout repris à zéro, au coin de ton feu, dans ton refuge de l'Île Saint-Louis, maintenant que les hommes de ta vie ne sont plus là et que tu te sens plus libre pour parler. En effet, l'idée m'était venue que plutôt de recueillir des bribes de ta vie, au hasard de nos vacances, émissions, dîners et voyages, ç'aurait été chouette de tout remettre dans l'ordre et qu'on sache vraiment comment tu avais traversé ces huit décennies : ton enfance de fille d'une écrivain célèbre, la guerre, Le Monde, la radio, la télé, les livres, tes trois maris, tes amants... C'était mon souhait le plus cher parce qu'on rencontre peu de personnages comme toi dans une vie, et je souhaitais faire partager l'intérêt, la curiosité, l'amusement, la surprise permanente que j'ai la chance, jamais tarie, de ressentir à tes côtés. Tu sais à peu près tout de moi, de ma vie, et j'avais envie de tout savoir moi aussi. Ma pudeur, ma timidité et la peur de te déranger ne m'auraient jamais permis de te poser toutes ces questions. Je prends ce qu'on me donne ; j'avais déjà beaucoup ; avec ce livre, tu m'as donné plus encore.

  • - Qu'est-ce qu'il faut faire pour tomber enceinte ? - L'amour. - Tu m'en diras tant ! - Non, sérieux ! Faut s'envoyer en l'air le plus souvent et le plus fort possible. De nous voir jouir, ça les excite, les spermatos, ils se précipitent et bingo ! Avec la FIV, tu risques même une grossesse multiple. Mais c'est un full time job, je te signale. Est-ce que tu serais prête à renoncer au tien ? - Tu rigoles ? Je viens de signer un énorme contrat, pas question que je décroche... - Dans ce cas-là, c'est eux qui vont décrocher, c'est tes embryons. Ils vont se pointer. Ils vont inspecter les lieux, renifler : Berck ! Ça sent le compte d'exploitation, le retour sur investissement et les marges bénéficiaires à plein nez dans ce trou ! Et ils vont repartir en courant. Passer neuf mois dans le bureau d'un conseiller financier, merci bien, non merci !

  • Après des siècles consacrés aux mathématiques, à la physique puis à la chimie, le temps des sciences naturelles est venu : les sciences de la terre et de la vie sont désormais en première ligne dans le combat pour le progrès scientifique.
    Que nous réserve l'avenir ? À une époque où la peur des catastrophes écologiques se répand, où l'on subit très concrètement une crise financière et économique que l'on n'a pas connue depuis 1929, chacun s'interroge. Serons-nous capable de transmettre à nos enfants un monde où l'harmonie entre les hommes mais aussi entre l'homme et la nature sera rétablie ? Ou, à l'inverse, allons nous engendrer un monde de famines, de conflits de civilisations, de crises économiques permanentes ? Pourquoi ne pas examiner ces questions à la lueur des sciences et des techniques qui sont les moteurs essentiels de l'Histoire ? Essayer de deviner ce que seront les progrès scientifiques du XXIe siècle et les conséquences qu'ils auront sur cette société désormais mondiale et multipolaire ? Claude Allègre se livre à l'exercice sans tomber dans la science-fiction, en évoquant les progrès scientifiques et technologiques énormes qui verront le jour, les questions très difficiles, immenses et parfois effrayantes qui émergent petit à petit. Jusqu'où peut-on modifier le vivant ? Pouvons-nous intervenir sur l'évolution de la planète ? Le virtuel ne risque t-il pas de se substituer au réel ? Se refusant à être optimiste ou pessimiste, il montre que le génie créatif de l'homme et son dynamisme conquérant sont potentiellement capables de répondre aux défis. Bref, que l'avenir dépend de nous.


  • Ces histoires, qui sont anonymes, nous disent quelque chose que seule la fiction, que seules les histoires peuvent dire. Chinoises, juives, indiennes, persanes, japonaises, africaines, européennes, elles viennent de tous les temps et de tous les pays. Elles forment une guirlande de voix que rien, jamais, n'a pu faire taire.

    Les meilleures histoires du monde sont anonymes. Elles sont nées un peu partout, elles sont indiennes ou chinoises, ou africaines, ou juives. Elles sont zen aussi bien que soufi. Elles sont drôles, elles sont graves, elles sont parfois mystérieuses : tout comme nous.
    Histoires d'hier, histoires d'aujourd'hui : voici la seconde cueillette.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.


  • La chronique de la descente aux enfers d'un parti à qui, hier, le paradis était promis.

    Voici un témoignage unique sur le calvaire de la gauche.
    Il mêle tout à la fois la description des dessous de la campagne, les relations personnelles, les confidences, les sentiments et les comportements des principaux protagonistes et l'analyse plus réfléchie, plus distanciée de l'évolution politique de la France depuis le "séisme" du 21 avril 2002.
    De nombreuses anecdotes, des portraits surprenants jalonnent un récit qui nous invite néanmoins à réfléchir sur la politique et son corrolaire : l'évolution de notre société.
    Si l'intimité des personnes est préservée, a contrario leurs tractations sont révélées dès lors qu'elles peuvent tenir un rôle - petit ou grand - dans notre histoire : les atermoiements d'un Jospin, les crocs-en-jambe de Chirac pour faire trébucher Sarkozy, les appétits de pouvoir ambigus du couple Hollande-Royal.
    Dialogue constant entre un acteur, témoin omniprésent sans sectarisme, et un observateur attentif de la politique, ce livre nous fait pénétrer au coeur des événements qui ont conduit à l'élection de Nicolas Sarkozy comme sixième président de la Ve République !

  • Le dernier volume des Mythologiques, qui clôt l'étude des mythes de l'Amérique de Claude Lévi-Strauss
    En s'attachant à des mythes de la côte nord-ouest de l'Amérique et en montrant que ceux-ci prolongent et transforment des récits de l'Amérique tropicale, ce quatrième tome poursuit et achève la démonstration entamée précédemment : les mythes de l'Amérique forment un ensemble clos. Mais une telle démonstration ne peut esquiver un fait : quand, pour les Indiens d'Amérique tropicale, le passage de la nature à la culture est symbolisé par l'introduction de la cuisine, au nord du continent, il est maqué par l'invention des parures et des vêtements et, de là, par celle des échanges commerciaux. Autrement dit, le nu occupe ici la position qu'occupait le cru dans les mythes de l'Amériques du Sud ; l'instauration de la civilisation est marquée non plus par une opposition entre les peuples réduits à vivre de leur production et ceux qui peuvent accéder à la diversité grâce au commerce et à l'échange (échange d'ornements et de vêtements, de biens de consommation, mais aussi transactions matrimoniales).
    Plus encore que dans les tomes précédents ce sont donc les différences entre les mythes, et non seulement leurs ressemblances, qui font l'objet de l'enquête. A travers plusieurs boucles géographiques successives, du sud au nord, mais aussi de l'ouest vers l'est, depuis les Salish de la côte Pacifique jusqu'aux Eskimo du Groenland, on suit ainsi les transformations de ce qui apparaît in fine comme un système mythique unique, qui embrasse tout le continent et dont les brins effilochés sont peu à peu noués ensemble. En même temps qu'ils confirment la congruence de la crudité au Sud et de la nudité au Nord, ces différents itinéraires révèlent la richesse de la philosophie indigène de l'échange et du partage.
    Le lecteur familier des Mythologiques retrouvera donc ici à la fois les grands thèmes de la mythologie du Nouveau Monde - invention du feu de cuisine et de la civilisation, origine de la vie brève, naissance des constellations... - et la réflexion proprement logique dont elle est le lieu - passage du discret au continu, pensée de la périodicité ou de la contiguïté, réflexion sur les catégories... Le présent livre ajoute toutefois autre chose à l'enquête qui a occupé les trois tomes précédents ; avant de mettre, puisqu'il faut, à une analyse qui aurait pu se poursuivre indéfiniment, il s'interroge sur la nature même de la pensée mythique et sur les contraintes qui pèsent sur elle : contraintes de l'environnement et de l'infrastructure techno-économique (là, agriculture ; ici, chasse, pêche et cueillette) ; contraintes intellectuelles et logiques qui relèvent du fonctionnement de l'esprit et, en dernière instance, des opérations de la sensibilité.
    Par la mise au jour d'une pensée objective, à l'oeuvre dans le monde même - découverte dont le prix à payer est le renoncement aux prérogatives de la conscience subjective -, ce quatrième et dernier tome rejoint la quête des mythes eux-mêmes, celle d'un ordre logique abolissant le temps et annulant l'histoire, en même temps qu'il retrouve l'ultime leçon par eux délivrée : l'union primitive de l'esprit et de ses objets, de la pensée et de la vie.

  • La suite du premier volume des Mythologiques, Le cru et le cuit
    Lune de miel, lune de fiel... Les dictons populaires abondent en contrastes de ce genre, qu'on croirait issus d'assonances et d'homophonies propres à chaque langue, plutôt que d'une réflexion qui puise sa substance aux racines mêmes de l'esprit. Pourtant, c'est en les prenant pour guide ou en les mettant à l'épreuve d'expériences exotiques que ce livre retrouve des vérités, aux deux sens du terme premières ; pétrifiées dans des métaphores banales, éculées par l'usage, mais chargées, cependant,d 'évidences qui s'imposent, dès lors qu'une grille neuve leur rend un sens qu'on avait toujours méconnu.
    Partant de l'opposition du miel et du tabac, présente aussi chez nous comme l'attestent maintes locutions, mais qui tient une place beaucoup plus considérable dans la vie et la pensée des Indiens de l'Amérique du Sud, on explore à travers leurs mythes deux itinéraires qui se rejoignent : car le miel exprime la puissance séductrice de la nature, tandis que la fumée du tabac s'élevant vers les êtres surnaturels retient l'homme sur la voie qui l'éloigne de la culture, surtout pendant la saison sèche où la nourriture se fait rare et où la collecte des produits sauvages offre la seule chance de subsister.
    Cette mythologie de la disette, évocatrice d'un carême tropical auquel ne manquent même pas les instruments des ténèbres, se déroule dans un décor rustique à la façon d'une églogue. Mais la naïve et fraîche histoire de " la fille folle de miel " ou celle, plus âpre, du " festin de la grenouille ", procèdent à l'aide de symboles qui, pour concrets qu'ils soient, articulent une logique des formes, sous-jacente à la logique des qualités dont le premier volume de ces Mythologiques avait établi l'existence. On dévoile donc ici dans la pensée mythique, en plus d'une rationalité latente, une capacité philosophique de s'élever aux abstractions, à laquelle rien d'essentiel n'a manqué, sinon peut-être les conditions sociales et politiques, pour franchir le seuil qui eût permis à la science de s'instaurer.


  • Après Le cru et le cuit et Du miel aux cendres, Lévi-Strauss explore ici la morale des mythes.

    Après Le cru et le cuit et Du miel aux cendres, Lévi-Strauss explore ici la morale des mythes.

    Mastiquer bruyamment est, pour notre civilisation, un signe certain de vulgarité, voire de bestialité. En récompensant tantôt le héros qui mâche avec bruit, tantôt celui qui mange silencieusement, en lui servant tantôt de la viande grillée, tantôt des tripes bouillies, les mythes de l'Amérique ne montrent pas seulement la relativité des manières de table : ils révèlent que celles-ci constituent de véritables systèmes, qui associent choix des aliments et des condiments, préparations et recettes, modes de cuisson et conduites à tenir pendant les repas.
    Or ces systèmes ne peuvent être isolés ; loin de former de simples ensembles de conventions arbitraires, ils s'articulent à tous les aspects de la vie en société : techniques et genres de vie, division et organisation sociale, règles du mariage et de l'échange, rites et coutumes, conceptions cosmologiques. Il n'est pas jusqu'aux modes de comptage et aux théories de la numération qui ne se révèlent solidaires de l'ordre culinaire.
    En traitant des prolongements naturels et culturels de la cuisine, ce troisième tome des Mythologiques poursuit donc l'itinéraire entamé par les deux précédents, mais il propose également un double déplacement. Géographique et ethnographique d'abord, car l'enquête commencée chez les Indiens du Brésil et de la Guyane finit par embrasser les mythes des Plaines de l'Amérique du Nord montrant ainsi que les mythes des deux Amériques forment un tout. Logique ensuite, car si les deux premiers tomes dévoilaient respectivement une logique des qualités et une logique des formes, celui-ci montre à l'oeuvre dans les mythes une logique des propositions, qui articule non plus seulement des termes mais des relations entre les termes. Incidemment, ce passage de l'absolu au relatif révèle les ressorts de l'invention mythique et permet de saisir l'évolution qui conduit du mythe au roman.
    Au-delà de la rationalité et de la capacité philosophique de la pensée mythique déjà établies par les deux premiers volumes, c'est donc bien la morale des mythes que ce livre met au jour, mais une morale qui se définit moins comme un corps de règles arbitraires et aveuglément respectées que comme un savoir-vivre, refusant tout privilège à l'humanité et solidaire des spéculations les plus abstraites comme des nécessités biologiques, des réalités techniques comme des contraintes de l'environnement naturel.

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