Danielle Bleitrach

  • Danielle Bleitrach, sociologue, universitaire spécialiste de la mondialisation et du développement, auteur de nombreux ouvrages sur le mouvement ouvrier, l'Amérique latine et plus récemment sur l'espace postsoviétique, a voulu interroger deux antinazis. Il s'agit de deux références dans leur domaine, Brecht et Lang, dont la rencontre a lieu à Berlin - L'Opéra de quat'sous, M le Maudit - puis l'exil, là ils retrouvent un autre grand, Hanns Eisler, le musicien, le communiste, et ils font un film sur l'assassinat d'Heydrich, le bourreau de Prague : Les Bourreaux meurent aussi. Heydrich est le bourreau des juifs, l'organisateur de la solution finale, question juive à laquelle il ne sera pratiquement pas fait allusion dans le film. Pourquoi ce silence, pourquoi le choix de la fiction, l'histoire d'un mensonge collectif de la population pragoise ? Mais surtout en quoi, aujourd'hui, le vaccin antifasciste a-t-il désormais perdu son efficacité, laissant chacun impuissant devant le retour des périls ?
    Ce livre porte aussi la marque de conversations menées avec Richard Gerhke, architecte, autour de l'Allemagne de Weimar, la relation entre l'architecture et le cinéma, arts de masse, industrie, création et propagande, celle de la mise en scène nazie et ses décors.

  • Joseph mourra des suites de sa chute de cheval. Louise épousera le méchant Pierre de Bérengassier. Cet aristocrate pervers poursuivra de sa haine Gaspard qui, lui, ne pense qu'à faire l'amour et la révolution. Y a-t-il activités plus agréables quand l'on a vingt ans ? Le décor : le port de Marseille en 1789, un charroi perpétuel y règne. Dans cette animation gaie, colorée, cosmopolite, des jeunes gens à peine sortis de l'enfance inventent une nouvelle loi, celle de l'insurrection. « Les Infortunes de Gaspard » aurait pu s'intituler les « Bonnes Fortunes de Gaspard » si la vertu ne s'en était pas mêlée et l'on sait à quel point il est difficile de confondre les choses de l'amour et l'honnêteté, même dans une révolution. C'est un roman parfois libertin, parfois tendre, conduit à un rythme rapide dans les traces de son héros, Gaspard, un enragé au coeur ardent.

  • L'intellectuel est un individu qui a acquis quelque notoriété dans le domaine culturel et qui l'utilise dans la vie politique pour dire le juste et le vrai. C'est d'une institution typiquement française que ce livre raconte l'histoire. Mais aujourd'hui, comme beaucoup d'institutions, celle-ci est en crise. Ainsi défini, l'intellectuel a du mal à porter les conquêtes de notre siècle : celles de la connaissance, du développement scientifique et technique, des avancées artistiques. S'agit-il d'un constat pessimiste : les intellectuels seraient-ils définitivement enfermés dans « le music-hall des âmes nobles » et dans la frivolité mondaine ? Certainement pas : simplement la représentation traditionnelle des intellectuels ne coïncide plus avec ce qu'ils sont devenus. Les voies de leur engagement dans la culture sont désormais autres et l'idée même de culture doit être élargie...

  • La mise en place du complexe de Fos s'inscrit dans un projet politique gaulliste, celui de la création d'une nouvelle classe ouvrière, disciplinée et participative, dans le cadre d'un soutien étatique massif à l'accumulation du capital. À chaque mutation industrielle, la classe ouvrière est ainsi invitée à oublier sa mémoire, ses traditions de lutte, ses capacités d'organisation. Mais elle trouve, en des lieux, pourtant tout acquis en apparence à la domination bourgeoise - l'usine, la famille, la région, la nation - des positions à partir desquelles elle résiste et conserve son identité. Décimé à Marseille où les usines sont mises à l'encan, démembré à Fos par les pratiques de sous-traitance, le collectif ouvrier se reconstitue dans les luttes. La régionalisation des conflits est une des formes privilégiées de cette unification. Ce qui se profile ici derrière l'idée de région, c'est la geste des travailleurs du port de Marseille qui mêlent, dans des pratiques théâtralisées, la pédagogie de l'action du vieux syndicalisme révolutionnaire et le sens de l'honneur, le défi méditerranéen ; c'est l'héritage, par le biais des histoires d'almanach qui se transmettent en famille, de l'expérience des combats - les enthousiasmes du Front populaire et de la Libération, les amertumes de 1947 ; c'est aussi une création quotidienne où s'articulent les problèmes d'emploi, de trois-huit, de logement, de scolarisation. Les questions abordées dans L'usine et la vie sont donc, à la fois, théoriques et politiques : en quoi l'individu est-il le porteur d'un destin de classe ? Quels sont les rapports entre mouvements sociaux et vie quotidienne ? Comment le despotisme d'usine porte-t-il en lui sa négation autogestionnaire ?

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