Dominique Lecourt

  • L'ambivalence des sentiments qui entourent les progrès actuels des sciences et la puissance croissante de leurs applications appellent une réflexion philosophique approfondie. Entre une confiance souvent aveugle et une inquiétude parfois excessive, comment trouver la voie de la raison ?
    Le XIXe siècle, dans l'élan de la révolution industrielle, a forgé le projet d'une « philosophie des sciences » pour faire face aux défis intellectuels et sociaux des sciences physico-chimiques. Une discipline est née, qui associe les compétences des scientifiques et des philosophes.
    En proposant au lecteur un tableau des doctrines qui se sont succédé et un état des débats actuels, cet ouvrage dénué de toute technicité lui donnera accès à des réflexions vitales pour l'avenir de nos sociétés.

  • La pensée de Georges Canguilhem (1904-1995), forgée au début des années 1930, ne se laisse réduire ni à celle d'un historien des sciences, ni à celle d'un philosophe de la médecine ou des sciences de la vie, pas plus qu'elle ne saurait être tenue pour un « monument » des années 1960. Philosophe et médecin, ce résistant prit très tôt comme devise « penser debout ». Dominique Lecourt, disciple de Canguilhem, dresse un portrait intellectuel et sensible de l'auteur de Le Normal et le Pathologique, analyse son parcours comme philosophe de la médecine, comme épistémologiste, comme enseignant, et explique son apport à la philosophie en général. Il nous invite à redécouvrir ou à découvrir l'oeuvre du maître de Michel Foucault.

  • « De toutes façons, tu ne penses qu'à toi... » N'est-ce pas l'insulte suprême ? L'égoïste est un être de la pire espèce, replié sur lui-même, aigri et misanthrope. D'ailleurs, qui se vanterait d'être égoïste ? À côté, l'altruiste, empathique, habité par un noble désintéressement, incarne la vertu par excellence.Mais qui croit encore à cette petite musique des convenances ? Tout acte généreux a beau paraître héroïque, l'altruisme demeure souvent empreint d'égoïsme. Au-delà de la morale et de l'hypocrisie, dans une société où règne l'individualisme de masse, Dominique Lecourt explore la voie de l'égoïsme rationnel.

  • Ces pages, écrites au lendemain de la chute du mur de Berlin, se voulaient une réflexion sur la fin d'une interprétation scientiste de l'idéal progressiste, très présent dans les pays du « socialisme réel ». Le concept de postmodernité donnait lieu à des batailles d'interprétation. Depuis cette date, la peur de l'incertain se développe, face aux nouveaux risques, le principe de précaution gagne du terrain. Contre le catastrophisme ambiant, l'auteur plaide pour que l'humanité se montre à la hauteur de ce qui lui arrive et que chaque individu assume sa vie pour lui-même et pour les autres.

  • Alors que nous commémorons le 300e anniversaire de la naissance de Denis Diderot, Dominique Lecourt continue aujourd'hui de le relire avec délectation. Le secret de Diderot et de son oeuvre est d'avoir pratiqué la philosophie non comme une discipline universitaire mais comme un art de vivre et de penser.
    Diderot ne disserte pas. Il n'ironise guère. Pugnace contre ses ennemis, il ne cède jamais à la méchanceté. Son humour, en revanche, est profond. Il reflue contre les principes d'adhésion aux valeurs qui structurent sa propre personne et le rôle qu'elle est appelée à tenir sur la scène du théâtre social. En quoi Diderot, parfois irrévérencieux, souvent emporté, d'un tempérament sanguin, n'est jamais vulgaire.
    Un caractère qui fait en définitive l'unité de cette oeuvre, Encyclopédie comprise. Passions, sexe et raison s'y animent mutuellement. Le lecteur est invité à partager avec l'auteur ce bonheur de vivre et de penser qu'il éprouve lui-même à écrire, écrire sans fin de ce dont il s'est d'abord entretenu avec flamme. Matérialiste ? Rationaliste ? Vitaliste ? Diderot aurait bien ri des travaux universitaires dont il a été honoré au XXe siècle au terme d'un long purgatoire pour l'essentiel imputable à son athéisme affiché et à son libertinage revendiqué.

  • La « maladie de la vache folle », la grippe aviaire, tout comme la crise récente liée à la grippe porcine et le débat autour des antennes-relais de téléphonie mobile, tous ces problèmes de santé publique ont contribué à mettre en relief la place désormais centrale accordée au principe de précaution dans le domaine de la santé.
    Dans une journée d'études réunissant des spécialistes issus du droit, de la médecine, de la santé publique et de la philosophie, le Centre Canguilhem (Uni-versité Paris VII) s'était efforcé, en 2008, de faire le point sur la manière dont ce principe a été intégré tant au niveau de la santé publique que dans la pratique clinique ou la recherche médicale. Ce sont ces réflexions qui sont ici publiées.
    On y voit comment le principe de précaution a transformé les politiques de gestion et de prévention des risques, mettant l'accent sur l'anticipation des risques potentiels et modifiant les procédures d'évaluation et de décision en santé publique. Le principe de précaution impose des obligations nouvelles mais pose aussi des problèmes nouveaux, tant juridiques qu'éthiques. Les débats, parfois tranchés, qui sont ici retranscrits, montrent les difficultés auxquelles se trouvent confrontés les divers praticiens.
    Plus généralement, ce volume permet de dresser un panorama du dispositif de précaution qui s'est mis en place au niveau international et national pour la gestion des crises et la détection des menaces sanitaires, dans un monde présenté comme « incertain », soumis aux aléas des innovations technologiques et à la mondialisation.

  • Il se pourrait que nous ayons grand besoin d'une autre conception de l'éthique qui, elle aussi, s'émanciperait de la nécessité de « fonder » le partage du bien et du mal. La philosophie heureusement, n'est pas sans ressources pour commencer à le faire. Certains progrès scientifiques fondamentaux peuvent même nous aider à déblayer le terrain.

  • Bachelard : une longue nuit et puis son oeuvre apparaît au grand jour. Au coeur de presque tous les débats philosophiques contemporains, et enjeu politique aussi depuis une dizaine d'années. Car c'est sous sa bannière qu'avant 1968 toute une génération d'intellectuels rompait avec le passé, et sous cet étrange pavillon que passe une contrebande qui va d'Althusser jusqu'au courant maoïste. Dominique Lecourt fut partie prenante dans l'affaire, et propose aujourd'hui une lecture originale de l'oeuvre : pour la première fois, une lecture matérialiste.Le principe est fécond et il permet de résoudre les problèmes où se heurtaient jusqu'ici la plupart des commentateurs. Cette énigme notamment de la dualité de l'oeuvre, prise entre ses deux versants, poétique et épistémologique, qui s'opposent semble-t-il comme le jour et la nuit, et dont on devine pourtant la secrète complicité. La solution ? Une contradiction aveugle, interne au dispositif philosophique, et qui donne lieu à ce que Lecourt appelle " l'illusion épistémologique ". Une contradiction qui se résout de façon imaginaire, et, précisément, dans une théorie de l'imaginaire.

  • Je ne présenterai pas ce livre : qu'on le lise et le juge. Et si, comme c'est normal, on y trouve à reprendre, qu'en le dise, et qu'on fasse mieux. C'est désormais jeu d'enfant de déclarer en tout et pour tout que Lyssenko était un charlatan, et que toute sa fortune a tenu à l'arbitraire de Staline. Mais c'est une entreprise autrement périlleuse de s'attaquer, en marxiste, à l'histoire du lyssenkisme. Je veux seulement prendre occasion de ce livre, et de son sujet, pour énoncer quelques rappels, qui crèvent les yeux et la mémoire. Car cette longue et tumultueuse aventure lyssenkiste, qui couvre près de cinquante ans de l'histoire soviétique, qui a successivement mobilisé les forces de l'appareil agricole, de la philosophie officielle et, enfin, dans la grande consécration de 1948, de l'appareil d'État soviétique et de tous les communistes du monde - cette longue, scandaleuse et dramatique histoire, qui a provoqué, pendant des dizaines d'années, sur la base d'une imposture théorique, des affrontements, des déchirements, des tragédies et des victoires : cette histoire n'existe tout simplement pas. Elle dort dans le silence des archives soviétiques closes, dans le fait accompli de son enterrement théorique et politique. Elle hante, certes toujours, la mémoire de ceux qui ont survécu à la répression et au chantage, mais nul philosophe, nul scientifique soviétique n'a élevé, ou n'a pu élever, la voix pour écrire en marxiste cette histoire, et tirer de :son ombre un peu de lumière. Au silence des Soviétiques, qui détiennent les archives, répond un autre silence : celui des communistes qui, hors de l'U.R.S.S., ont vécu, dans la même contrainte, la même histoire, et se taisent. Louis Althusser (extrait de l'avant-propos)

  • Rédigés, pour la plupart, à la demande de non-philosophes, les textes ici recueillis couvrent un vaste champ, qui va des sciences de la nature aux sciences politiques. Il n'est nulle pensée qui ne tienne par quelques biais au tout de la pensée, et ne sollicite ainsi l'interrogation philosophique. On le redécouvre aujourd'hui, même à propos des questions brûlantes que soulèvent les nouvelles théories physiques - chaos, unification des forces fondamentales... -, les scénarios cosmologiques (Big-Bang), le projet des sciences cognitives, la mise en oeuvre du génie génétique, les menaces qui pèsent sur l'environnement mais, aussi, le destin incertain de la démocratie, la crise mondiale des systèmes éducatifs... À ceux qui s'interrogent à haute voix, non souvent sans sarcasmes, et se demandent à quoi sert donc la philosophie ?, ces essais tentent d'apporter une réponse par quelques analyses concrètes.

  • On fait des déclarations d'amour, ainsi que des déclarations de guerre ; chacun est tenu de déclarer aussi ses impôts et ses marchandises à la douane. Déclarer, c'est d'abord dévoiler un fait pour qu'il fasse lien. Ce livre déclare la philosophie en ce qu'il tente de la montrer à l'oeuvre au coeur des sciences, des techniques et des arts, aussi bien que de la religion et de la politique. On a rédigé, en un moment solennel et mémorable, une Déclaration des droits de l'homme et du citoyen... Déclarer, ce peut être affirmer une volonté pour qu'elle fasse droit, au besoin en renouvelant le droit lui-même. On trouvera ainsi dans ce recueil une incitation à poser la question philosophique des règles et des normes, dont les sciences sociales et humaines ont puissamment contribué à établir l'emprise sur notre monde.

  • Le positivisme logique ? La France l'ignore à peu près totalement. Pourtant, son histoire se confond avec celle de la philosophie contemporaine. Tout commence vers les années 30 avec un petit groupe de scientifiques - le "Cercle de Vienne" - qui rêvaient de révolutionner la philosophie, de libérer la science et de délivrer l'humanité de ses démons fratricides. Leur doctrine s'est vite muée en philosophie du fait accompli ; elle est à présent dans un état de crise ouverte. Deux personnages tiennent ici les premiers rôles : Karl Popper et Ludwig Wittgenstein. A partir d'une interprétation inédite de Wittgenstein, qu'il arrache à son enterrement "analytique", Dominique Lecourt dénoue le destin du positivisme logique et démontre les défaillances de l'alternative poppérienne. Les garanties épistémologiques des sciences humaines sont, une à une, récusées et un diagnostic de leur malaise actuel esquissé. A leur tour les bases philosophiques matérialistes du marxisme sont soumises à un réexamen radical... C'est notre présent philosophique qui est, dans ce livre, mis en jeu. Contre toute pensée d'Ordre, est inaugurée une nouvelle pratique : le "surmatérialisme".

  • Et si le malaise de notre temps, les crises qui menacent de nous emporter, étaient imputables à un formidable malentendu ? La pensée technocratique croit s'être affranchie des grandes questions philosophiques qui ont mobilisé et déchiré les hommes pendant des millénaires. La philosophie, elle ne la tolère que rabougrie, confinée aux tâches techniques de logicisation de la connaissance. À la rigueur « supplément d'âme » d'une culture scientifique accomplie.
    Et si, de la philosophie, on ne pouvait, à proprement parler, sortir ? Pas plus qu'on ne peut se soustraire au procès de la lutte des classes, s'arracher aux effets de l'inconscient, ou sauter par-dessus son ombre ? Les abstractions qu'elle ajuste, nous vivons et pensons sous leur loi. Abstractions « sociales » : le Pouvoir, la Politique, le Juste, l'Injuste, etc. Abstractions « psychologiques » : le Moi, le Désir, la Volonté, la Conscience, etc. La philosophie s'emploie à unifier les unes, et unifier les autres. Elle assure dans son dispositif linguistique la prise des unes sur les autres. Son jeu est irréductible et infini. S'il s'annonce comme le jeu de la Vérité même, c'est pure feinte. À nous de savoir la déjouer. Autrement, c'est elle qui se joue de nous. L'auteur propose une nouvelle pratique de la philosophie sans feinte. Cette pratique enveloppe une éthique autant qu'une politique.
    Dominique Lecourt a publié depuis dix ans une série d'ouvrages consacrés à l'épistémologie française (Pour une critique de l'épistémologie ; Bachelard, le jour et la nuit...) et à la philosophie du marxisme (Une crise et son enjeu ; Lyssenko...) qui lui ont valu une renommée internationale. Il a ainsi été invité, ces dernières années, à donner des cours et conférences par diverses universités étrangères : Montréal, Boston, Mexico, Bergen, Helsinki... Élève d'Althusser à l'Ecole normale supérieure de 1965 à 1970, Dominique Lecourt est agrégé de philosophie et docteur ès lettres. Il enseigne actuellement à l'université de Picardie.

  • Sur la scène politique, la nation est devenue à nouveau un enjeu politique majeur. Pour les uns, et pas seulement à l'extrême droite, celle-ci serait gravement menacée par le rôle croissant des ensembles supranationaux et le « multiculturalisme ». Pour d'autres, face à cette vision « nationaliste » de la nation, il importe d'en restaurer une vision « humaniste », soucieuse de concilier ouverture et culture. Pour cela, quelle meilleure voie que de revisiter les multiples apports qui, au fil de l'histoire, ont peu à peu constitué et enrichi le patrimoine commun des Français ? C'est dans cette perspective que la Ligue de l'enseignement a demandé à des intellectuels éminents de présenter, à l'intention d'un large public, les grands héritages historiques qui ont contribué à forger l'imaginaire républicain. Que nous reste-t-il de la culture gréco-latine, si présente aux siècles classiques de notre histoire (Claude Nicolet) ? Quel a été l'apport des religions, notamment chrétienne, et qu'en subsiste-t-il dans la culture de la plupart des Français (Emile Poulat) ? Quelle est aujourd'hui la trace laissée par le mouvement des sciences, si important depuis deux siècles (Dominique Lecourt) ? Et que retrouve-t-on, dans la vie des Français actuels, des deux siècles de combats culturels, politiques et sociaux qui viennent de s'écouler (Michelle Perrot) ? Aux réponses apportées par ces historiens et philosophes, Paul Ricoeur apporte un utile complément en s'interrogeant sur la diversité constitutive de la France et sur le dialogue entre les cultures. Ce bref essai propose ainsi de précieux axes de réflexion à tous ceux qui ont le souci, en interrogeant l'histoire de la culture politique française, de maintenir une certaine idée de la nation contre le nationalisme.

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