Ernest Hemingway

  • À Cuba, voilà quatre-vingt-quatre jours que le vieux Santiago rentre bredouille de la pêche, ses filets désespérément vides. La chance l'a déserté depuis longtemps. À l'aube du quatre-vingt-cinquième jour, son jeune ami Manolin lui fournit deux belles sardines fraîches pour appâter le poisson, et lui souhaite bonne chance en le regardant s'éloigner à bord de son petit bateau. Aujourd'hui, Santiago sent que la fortune lui revient. Et en effet, un poisson vient mordre à l'hameçon. C'est un marlin magnifique et gigantesque. Débute alors le plus âpre des duels.
    Combat de l'homme et de la nature, roman du courage et de l'espoir, Le vieil homme et la mer est un des plus grands livres de la littérature américaine.

  • "Pas d'adieu, guapa, parce que nous ne sommes pas séparés. J'espère que tout ira bien dans les Gredos. Va maintenant. Va pour de bon. Non", il continuait à parler tranquillement, sagement, tandis que Pilar entraînait la jeune fille. "Ne te retourne pas. Mets ton pied dans l'étrier. Oui. Ton pied. Aide-la", dit-il à Pilar. "Soulève-la. Mets-la en selle."
    Il tourna la tête, en sueur, et regarda vers le bas de la pente puis ramena son regard à l'endroit où la jeune fille était en selle avec Pilar auprès d'elle et Pablo juste derrière. "Maintenant, va", dit-il. "Va."
    Elle allait tourner la tête. "Ne regarde pas en arrière", dit Robert Jordan. "Va." Et Pablo frappa le cheval sur la croupe avec une entrave.

  • Au cours de l'été 1957, Hemingway commença à travailler sur les "Vignettes parisiennes", comme il appelait alors Paris est une fête. Il y travailla à Cuba et à Ketchum, et emporta même le manuscrit avec lui en Espagne pendant l'été 59, puis à Paris, à l'automne de cette même année. Le livre, qui resta inachevé, fut publié de manière posthume en 1964.
    Pendant les trois années, ou presque, qui s'écoulent entre la mort de l'auteur et la première publication, le manuscrit subit d'importants amendements de la main des éditeurs. Se trouve aujourd'hui restitué et présenté pour la première fois le texte manuscrit original tel qu'il était au moment de la mort de l'écrivain en 1961.
    Ainsi, "Le poisson-pilote et les riches", l'un des textes les plus personnels et intéressants, retrouve ici ces passages, supprimés par les premiers éditeurs, dans lesquels Hemingway assume la responsabilité d'une rupture amoureuse, exprime ses remords ou encore parle de "l'incroyable bonheur" qu'il connut avec Pauline, sa deuxième épouse. Quant à "Nada y pues nada", autre texte inédit et capital, écrit en trois jours en 1961, il est le reflet de l'état d'esprit de l'écrivain au moment de la rédaction, trois semaines seulement avant une tentative de suicide. Hemingway y déclare qu'il était né pour écrire, qu'il "avait écrit et qu'il écrirait encore"...

  • Frédéric Henry, jeune Américain volontaire dans les ambulances sur le front d'Italie, pendant la Première Guerre mondiale, est blessé et s'éprend de son infirmière, Catherine Barkley. Avec Catherine, enceinte, il tente de fuir la guerre et de passer en Suisse, où le destin les attend.
    Un des meilleurs romans de guerre. Un des plus grands romans d'amour.

  • Paris, années 1920. Jake Barnes, journaliste américain, retrouve la belle et frivole Lady Ashley, perdue dans une quête effrénée d'amants. Nous les suivons, s'abîmant dans l'alcool, des bars parisiens aux arènes espagnoles, en passant par les ruisseaux à truites des Pyrénées. Leurs compagnons, Robert Cohn, Michael Campbell, sont autant d'hommes à la dérive, marqués au fer rouge par la Première Guerre mondiale.
    Dans un style limpide, d'une efficacité redoutable, Hemingway dépeint le Paris des écrivains de l'entre-deux-guerres et les fameuses fêtes de San Fermín. Ses héros, oscillant sans cesse entre mal de vivre et jouissance de l'instant présent, sont devenus les emblèmes de cette génération que Gertrude Stein qualifia de "perdue".

  • "... ils commencèrent à prendre de l'altitude en direction de l'Est, semblait-il ; après quoi, cela s'obscurcit et ils se trouvèrent en pleine tempête, la pluie tellement drue qu'on eût cru voler à travers une cascade, et puis ils en sortirent et Compie tourna la tête et sourit en montrant quelque chose du doigt et là, devant eux, tout ce qu'il pouvait voir, vaste comme le monde, immense, haut et incroyablement blanc dans le soleil, c'était le sommet carré du Kilimandjaro. Et alors il comprit que c'était là qu'il allait."

  • Apprenant le succès de son second roman, David Bourne, jeune écrivain américain qui passe sa lune de miel sur la côte méditerranéenne, est impatient de se remettre à écrire. Jalouse de son travail, sa femme, Catherine, lui fait rencontrer une inconnue, Marita, et s'emploie à créer une étrange relation érotique qui les enferme dans le triangle d'un invivable huis clos.
    Jusqu'à quelle extrêmité peut aller l'amour de l'autre, le désir de le connaître et de s'assimiler à lui ? L'art a-t-il tout à perdre ou tout à gagner de cette passion excessive ?

  • Dans les années 1920, un jeune homme attachant apparaît dans des nouvelles éparses sous la plume d'Ernest Hemingway : Nick Adams. Pendant une dizaine d'années, le romancier américain conta ses mésaventures d'enfance dans le Michigan, relata son expérience de la guerre, partagea des instants de sa vie de couple. Rassemblées ici dans l'ordre chronologique de la vie de Nick et augmentées de fragments retrouvés dans les papiers de l'auteur, ces nouvelles font apparaître avec netteté ce qui était en jeu pour Hemingway : une autobiographie romancée en morceaux, le tableau éclaté d'une vie. Par pudeur mais aussi par conviction, Hemingway a rejeté l'idée d'écrire des mémoires. Comme le dit justement Nick, "La vie, il faut la digérer, puis créer ses personnages." Car, au fond, "La seule écriture valable, c'est celle qu'on invente, celle qu'on imagine. C'est ça qui rend les choses réelles."

  • Comme il se tenait là, avec la mitraillette dans sa main gauche, jetant un regard circulaire avant de refermer le panneau à l'aide du crochet terminant son bras droit, le Cubain qui était allongé à bâbord et qui avait reçu trois balles dans l'épaule se mit sur son séant, visa soigneusement et lui envoya une balle dans le ventre.

  • "- Est-ce inutile de te dire que je suis désolée ?
    - Oui.
    - Ou de t'expliquer ce qui m'arrive.
    - J'aime mieux ne rien entendre.
    - Je t'aime très tendrement.
    - Oui, en voilà la preuve.
    - Je suis désolée, dit-elle, si tu ne comprends pas.
    - Je comprends. C'est bien ça qui m'ennuie. Je comprends.
    - Je sais, dit-elle, et c'est encore pire, naturellement."

    Couples à la dérive, récits de guerre, de blessures, règlements de compte, naufrages et chasses en tout genre : peu importe le sujet, les nouvelles d'Hemingway, tout en retenue et précision, appuient là où ça fait mal. Essentiel.

  • Hemingway l'aficionado convaincu, amoureux des beautés violentes de l'Espagne, nous livre ici parmi les plus belles pages qu'on ait écrites sur la tauromachie, "tragédie de la mort du taureau, qui est jouée, plus ou moins bien, par le taureau et l'homme qui y participent, et où il y a danger pour l'homme mais mort certaine pour l'animal".
    Le style, direct et dépouillé, parvient par sa simplicité même à communiquer au lecteur, acquis ou non à la corrida, l'atmosphère de fête des arènes, rythmée par les olé.

  • "Ils passèrent dans la gondole, et ce fut de nouveau le même enchantement : la coque légère et le balancement soudain quand on monte, et l'équilibre des corps dans l'intimité noire une première fois puis une seconde, quand le gondolier se mit à godiller, en faisant se coucher la gondole un peu sur le côté, pour mieux la tenir en main.
    - Voilà, dit la jeune fille. Nous sommes chez nous maintenant et je t'aime. Embrasse-moi et mets-y tout ton amour.
    Le colonel la tint serrée et la tête rejetée en arrière ; il l'embrassa jusqu'à ce que le baiser n'eût plus qu'un goût de désespoir."

  • îles à la dérive

    Ernest Hemingway

    "Au cours de la traversée, Thomas Hudson apprit que l'enfer ne ressemble pas nécessairement à ce qu'a décrit Dante ou l'un des grands peintres de l'enfer, mais qu'il pouvait être un bateau confortable, agréable et très apprécié, vous emportant vers un pays dont vous vous êtes toujours approché avec impatience. Il avait plusieurs cercles, et ils n'étaient pas formés comme ceux du grand égotiste florentin. Il pensait que sur le bateau il pourrait parvenir à un accommodement avec la douleur, ne sachant pas encore qu'il n'y a pas d'accommodement avec la douleur."
    Les trois récits qui composent Îles à la dérive furent publiés à titre posthume. On y rencontre Thomas Hudson, peintre et double de l'auteur, dans une partie de pêche avec ses enfants, puis à Cuba durant la Seconde Guerre mondiale, en mer enfin chassant les sous-marins allemands. L'histoire d'un homme pour qui la vie, faite de combats, de tournées dans les bars et de souffrance, est l'envers de la création.

  • "Quand le terrain fut libre, je me mis sur un genou, vis le koudou à travers l'ouverture, m'émerveillant de sa taille, et puis me rappelant que cela ne devait pas avoir d'importance, que c'était la même chose que n'importe quel coup de feu, je vis la perle centrée exactement où elle devait être, juste au-dessous de l'épaule, et je pressai sur la détente. Au bruit, il bondit et entra dans le fourré, mais je savais que je l'avais touché. Je tirai sur du gris qui se montrait entre les arbres, tandis qu'il entrait dans le bois et que M'Cola criait : Piga ! Piga ! pour dire : Il est touché ! Il est touché !"

  • "Jack le toucha du poing gauche. Walcott secoua simplement la tête et accula Jack aux cordes. Il le mesura de l'oeil, envoya un très léger crochet du gauche sur le côté de la tête de Jack et tapa au corps du droit, aussi fort qu'il pouvait taper. Il avait bien dû toucher Jack à cinq pouces au-dessous de la ceinture. Je crus que les yeux de Jack allaient lui sortir des orbites. Ils jaillissaient. Sa bouche s'ouvrit.
    L'arbitre retint Walcott. Jack avança d'un pas. S'il tombait, cinquante mille dollars tombaient avec lui. Il marchait comme si tous les boyaux allaient lui sortir du ventre.
    - C'était pas trop bas, dit-il. C'est un accident."

  • "Je l'observai qui attendait impatiemment, ses yeux ne quittant jamais le taureau, tandis qu'il repérait les détails, analysait, réfléchissait et faisait ses plans. Il indiqua à Juan où il voulait qu'on plaçât le taureau puis entra dans l'action et prit l'ascendant sur la bête avec quatre passes basses ; le genou, la jambe et la cheville gauches sur le sable, la jambe droite exposée tandis qu'il faisait aller et venir le taureau avec la magie de sa muleta, lui promettant tout, lui offrant une cible et lui montrant avec douceur et suavité que cette partie du jeu mortel n'était ni blessante ni douloureuse."
    Ce livre sur la mort est l'oeuvre d'un grand écrivain qui devait, un an après l'avoir écrit, se donner lui-même la mort. C'est aussi le récit émouvant des retrouvailles de Hemingway avec les jours héroïques de sa jeunesse, au temps où il découvrait les corridas et faisait la connaissance des toreros.

  • Écrits entre 1926 et 1959, ces textes témoignent de l'imperturbable concentration d'Hemingway. Le sang dans les bottes d'"Un voyage en train", les électrochocs de "Bonne nouvelle du continent", les bombardements de "Paysage avec silhouettes", les meurtres, les divorces, les rivalités, les déceptions n'y font rien : l'écrivain retrouve chaque nuit la page de la nouvelle en train de s'écrire.
    Le talent d'Hemingway y prend tour à tour les masques de la lucidité, du mensonge, de l'ardeur jouisseuse et de la sérénité guerrière, de la piété paternelle et de l'autorité filiale, de la trahison et de la passion, du véritable coupable et du faux innocent.

  • "Ai été nommé garde-chasse honoraire et à cause des événements (la rébellion mau-mau), fais ici office de garde-chasse suppléant. C'est une vie de première classe", écrit Hemingway depuis son camp de safari, au Kenya, en janvier 1954.
    Écrit au lendemain de deux accidents d'avion survenus au Congo belge, mis en forme par son fils Patrick, ce roman inédit de Hemingway forme le contrepoint des récits africains et du premier safari que fit l'écrivain. Au pied du Kilimandjaro, en compagnie de sa quatrième femme, Mary, qui elle aussi est décidée à tuer son lion, Hemingway, promu gardien de réserve, est chargé de protéger les populations massaï et kamba. Aux descriptions magiques de cette Afrique, où une chose est vérité à l'aube et mensonge à midi, s'ajoute une brève rencontre africaine avec une jeune et ravissante Kamba.
    Dans ce récit, Hemingway mêle les souvenirs du Montana, du Michigan et du Paris de sa jeunesse avec les réflexions sur les écrivains et l'écriture. L'humour féroce alterne avec une nostalgie poignante.

  • Journaliste et romancier, Hemingway a su mener les deux activités de front avec un égal talent, utilisant l'une au profit de l'autre et vice versa. Le jeune Ernest n'a pas dix-huit ans lorsqu'il publie son premier article. Pêche, chasse, descriptions de paysages et de moeurs, anecdotes de voyage, exotisme et reportage de guerre : il aborde tous les genres avec aisance et impose immédiatement ce style sans fioritures qui n'a pas pris une ride. Plus de quarante années d'articles et de dépêches écrites aux quatre coins de la planète sont réunies dans ce recueil qui se divise en cinq parties. La première représente les débuts d'Hemingway journaliste. D'emblée, le jeune homme porte un regard original, avisé et plein d'humour sur ce qui l'entoure. Après quelques années exclusivement consacrées à la littérature, Hemingway, devenu écrivain célèbre, renoue avec le reportage. Il couvre la guerre d'Espagne, qui lui inspirera Pour qui sonne le glas, puis la Deuxième Guerre mondiale. Le livre se termine sur l'après-guerre vu par un homme de plus en plus fasciné par la mort.

  • An extraordinary collection of pugnacious, charming, and revealing interviews with the Nobel Prize-winning author who defined and transformed American literature.
    Hemingway was not only known for his understated style, but for his public image as America's greatest author and journalist--and for the grand, expansive, adventurous way he lived his life. The prickly wit and fierce dedication to his craft that defined Hemingway's life and work shine through in this unprecedented collection of interviews

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