Fabienne Hanique

  • Depuis 1991, La Poste, comme la plupart des entreprises du secteur public, s'est engagée dans un vaste et profond processus de modernisation. Durant trois années, l'auteur a suivi une équipe de guichetiers d'un bureau de poste d'une petite ville tranquille de la banlieue parisienne. L'enjeu était d'observer du point de vue des agents la mise en oeuvre de la modernisation. Dans une démarche ethnographique, appuyée à une posture clinique, elle met au jour le quotidien de cette équipe et les effets de la modernisation. On assiste en direct à une lente décomposition des fonctionnements collectifs et à une transformation profonde des fondements du rapport subjectif au travail. Loin de la fameuse résistance au changement , cet ouvrage montre de l'intérieur la manière dont les agents, pour la plupart fonctionnaires, s'organisent entre eux (collectivement) et en eux (subjectivement) pour répondre aux exigences d'évoluer qui leur sont faites. A travers les récits des menus incidents du quotidien, le lecteur finit par s'attacher aux acteurs de ce bureau de poste et comprend comment, insidieusement, le sens de leur travail se trouve altéré. Fabienne Hanique est sociologue, maître de conférences et chercheur au Laboratoire de changement social (Paris 7).

  • " C'est paradoxal ! " : l'expression semble s'être banalisée. Elle exprime la surprise, l'étonnement, la colère parfois, devant des situations jugées incohérentes, contradictoires, incompréhensibles. Quelques formules glanées ici et là illustrent cette inflation du paradoxal : " Je suis libre de travailler 24 heures sur 24 ", " Il faut faire plus avec moins ", " Ici, il n'y a pas de problèmes, il n'y a que des solutions ", " Je traite de plus en plus de travail en dehors de mon travail et inversement ", " Plus on gagne du temps, moins on en a " ...
    L'ouvrage analyse la genèse et la construction de cet " ordre paradoxal ". Il explore les liens entre la financiarisation de l'économie, l'essor des nouvelles technologies et la domination d'une pensée positiviste et utilitariste. Il montre pourquoi les méthodes de management contemporain et les outils de gestion associés confrontent les travailleurs à des injonctions paradoxales permanentes, jusqu'à perdre le sens de ce qu'ils font.
    Enfin, cet ouvrage met au jour les diverses formes de résistance, mécanismes de dégagement ou réactions défensives mises en œuvre par les individus. Pour certains, le paradoxe rend fou. Pour d'autres, il est un aiguillon, une invitation au dépassement, à l'invention de réponses nouvelles, individuelles et collectives.
    Vincent de Gaulejac, professeur émérite à l'université Paris 7-Denis Diderot, président du Réseau international de sociologie clinique (RISC), auteur d'une quinzaine d'ouvrages dont La Névrose de classe, La Société malade de la gestion et Travail, les raisons de la colère.
    Fabienne Hanique, sociologue, professeur à l'université Paris 7-Denis Diderot, chercheur au LCSP, vice-présidente du RISC, auteur de Le Sens du travail, et (en coll.) La Sociologie clinique. Enjeux théoriques et méthodologiques.

  • La sociologie clinique connaît depuis maintenant deux décennies un développement important, en lien avec la montée toujours plus forte des préoccupations et des demandes sociales sur les dimensions subjectives de la condition humaine. En témoigne la parution de nombreux ouvrages relevant de cette approche sur les thèmes les plus divers. En revanche, c'est la première fois qu'est entrepris le bilan de ses enjeux théoriques et méthodologiques : définition et analyse de son objet lui-même, autrement dit des processus sociopsychiques mais aussi de la spécificité de sa pratique (coopération étroite entre chercheurs et acteurs, co-acheminement du sens de l'expérience et de la situation ; co-construction des savoirs ; mise en travail par le sociologue lui-même de sa propre implication dans la recherche ; visée compréhensive, analytique mais aussi émancipatrice).

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