Florence Vinit

  • « Les enfants attendent leur tour à la clinique de cancé rologie de

    l'hôpital. La salle d'attente a beau être remplie de jeux et de livres les

    journées restent longues. Soudain deux personnages portant sarrau

    blanc et nez rouge entrent dans la pièce : voilà Dr Fifi et Dr Amandine ! »

    Les clowns thérapeutiques (c'est ainsi qu'ils s'appellent) ont un don

    rare : celui de voir le monde autrement. Dans un univers médical fait

    de protocoles et de règles sérieuses les gants stériles deviennent des

    cornes de vaches ou des antennes extraterrestres les serviettes en

    papier se transforment en munitions pour batailles intergalactiques et

    les stéthoscopes prennent l'aspect de fleurs curieuses et d'appareils à

    sonder les coeurs. Avec eux le rire et la bonne humeur trouvent leur

    place dans un endroit où les pronostics ne sont pas toujours roses où

    la douleur flirte avec la guérison mais aussi parfois avec la mort.

    Ces clowns qui sont des artistes ne font pas un numéro sur commande

    mais s'adaptent à la réalité du patient à son âge à son état du

    moment ainsi qu'aux indications données par l'équipe de soins. Une

    visite se résume parfois à une berceuse chantée en tenant la main de

    l'enfant ou prend l'ampleur d'un cirque improvisé auquel se joignent la famille et le personnel soignant. Docteur Clown à l'hôpital nous fait entrer dans l'univers de cet organisme voué aux patients petits et grands. Abondamment illustré de

    photos couleurs le livre de Florence Vinit directrice psycho sociale de Docteur Clown est à la fois émouvant et amusant bouleversant et rempli d'espoir.

  • À première vue l'humour et la mort ne présentent pas de points de rencontre. Comment peut-on rire d'un évènement aussi tragique que la disparition de soi ou d'êtres chers? Les modalités complexes du deuil, les affects de tristesse et de chagrin suggèrent qu'un décès s'accompagne d'émotions fortes qui ne laissent que peu de place à la légèreté et à la plaisanterie. À l'inverse, l'humour peut être source de réactions extrêmes pouvant aller jusqu'à la violence et au meurtre. L'exemple des caricatures de Charlie Hebdo, et de la fusillade qui a suivi, que la raillerie, montre que l'ironie et la satire ne sont pas appréciées quand elles s'attaquent à des sujets porteurs de valeurs considérées comme absolues.

    Les relations entre ces deux ordres, mort et humour, n'ont pas encore fait l'objet d'une réflexion critique et empirique et, dans cette perspective, ce numéro de la revue Frontières vise à aborder cette problématique à partir d'un point de vue interdisciplinaire.

    Divers angles sont privilégiés : la place de l'humour et de la dérision :

    1. Dans le champ politique, social et éthique,

    2. Dans la littérature, le cinéma et l'art contemporains,

    3. Dans le cyberespace,

    4. Dans l'intervention auprès des mourants et de leur entourage.

    Cette analyse multidimensionnelle permet de croiser les points de vue et de proposer de nouvelles pistes de recherche et de réflexion dans un domaine qui demande à être défriché de façon plus approfondie et ce, dans un contexte socioculturel où ce questionnement apparait comme essentiel puisqu'il soulève les enjeux entourant la liberté d'expression et ses limites.

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