François Brunet

  • L'ouvrage décrit la transformation de l'idée de photographie en histoire : comment les pratiques de l'image, du XIXe au XXIe siècle, dépassent le discours normatif sur les images naturelles et exactes en lui substituant une constellation de récits, en relation avec la croissance d'archives photographiques dont les « documents » s'emplissent au fil du temps de signes du passé. Il s'agit en même temps de suivre les tours et détours de la relation, réputée évidente mais en réalité complexe, entre photographie et histoire. Les images et les histoires de photographies ont aussi souvent joué contre l'histoire que pour elle ; elles en ont fait la critique plus souvent que la fabrique ; elles ont nourri des contre-histoires - à commencer par ce que l'on appelle l'histoire de la photographie - autant que des histoires. Il s'ensuit que le questionnement sur ce que « vaut » une image photographique en histoire rejoint le questionnement plus général sur ce qu'est l'histoire.

  • Événement fondateur d'une nouvelle ère dans l'histoire des images, l'invention de la photographie est aussi naissance d'une idée, à la fois logique et politique : celle d'une image exacte et naturelle, ou a-technique (un art sans art), et pour cette raison accessible à tout un chacun (un art pour tous). Consacrée officiellement en France en 1839 par la loi sur le daguerréotype, cette idée n'a cessé de retentir dans la culture européenne et nord-américaine par la suite, soit que la photographie serve de métaphore à l'aspiration démocratique, soit que plus généralement elle constitue un ailleurs ou un contretype de l'ordre culturel. Il ne s'agit pas ici de proposer une histoire des idées sur la photographie, ni de condamner une nouvelle fois « l'idéologie bourgeoise » ou les naïvetés supposées du XIXe siècle. Il s'agit plutôt de montrer comment le développement des techniques et des usages se lie à cette idée de photographie, depuis les recherches de Niépce, Daguerre et Talbot jusqu'à ce seuil du XXe siècle où, avec le Kodak et la « vision pure » de Stieglitz, se trouve à la fois réalisée et dévalo­risée la promesse utopique de la photographie. C'est la généalogie de cette idée, plutôt que sa critique, qui permet d'en comprendre la radicalité et la productivité, attestées pour le XIXe siècle par Arago, Emerson, Taine, Freud, Bergson, enfin et peut-être surtout Peirce - et dont on retrouve maintes traces dans les débats les plus actuels sur la technologie, la philosophie et l'esthétique de l'image.

  • Contrairement à une opinion assez répandue, Paris est, au milieu du xixesiècle, une ville très musicale, grâce à son Conservatoire et à son orchestre, le meilleur d´Europe (et plus tard grâce aux Concerts Pasdeloup et aux Concerts Colonne), grâce à ses trois Opéras, l´Académie de Musique, le Théâtre-Italien et l´Opéra-Comique, grâce à ses sociétés chorales, ses sociétés de musique de chambre, ses Orphéons, ses éditeurs de musique et ses facteurs d´instruments. C´est à Paris que vivent l´Italien Rossini, le Polonais Chopin, le Hongrois Liszt, c´est par Paris que les grands virtuoses comme Paganini doivent passer, c´est à Paris que les chanteurs italiens, suédois, allemands doivent se produire et c´est là, parfois, qu´ils s´installent définitivement. Paris, enfin, est la capitale européenne de la danse.Cette vie musicale intense nourrit une importante critique musicale répandue dans l´abondante presse périodique. Le bicentenaire de Berlioz nous est apparu comme l´occasion de réfléchir, de façon plus générale, sur le genre de la critique musicale au xixe siècle. Le grand musicien romantique français, célébré dans le monde musical par toutes sortes de manifestations, ne saurait d´ailleurs laisser indifférents les littéraires : son intérêt en tant qu´écrivain, l´autonomie de l´écrivain, même, par rapport au musicien, ont souvent été signalés ; cependant, l´étude de son oeuvre, surtout dans sa partie de pure critique, n´a guère été tentée.

  • Pour plusieurs communautés, la mise en valeur du patrimoine - paysages, traditions, produits du terroir, architecture - permet d'attirer les visiteurs. Mais pour contrer la désertification des lieux, l'exode des jeunes, il faut l'idée d'un milieu, un projet, une fierté. Le numéro de printemps de ­Continuité­ laisse donc la parole à quelques porteurs d'identité afin qu'ils dévoilent les ingrédients de leur succès. Un texte fort à propos du conteur Fred Pellerin, grand ambassadeur du patrimoine immatériel de son village de Saint-Élie-de-Caxton, pose les balises d'une incontournable réflexion identitaire. Puis, nous découvrons les stratégies gagnantes de valorisation du patrimoine de villes comme Baie-Saint-Paul ou Saint-Camille, de régions comme la MRC de Bellechasse et la Gaspésie, en passant même par le multiculturel quartier Mile-End de Montréal.

  • Le dossier « Détournement, imposture, falsification » de ce numéro 117 nous amène sur les pentes glissantes de l'art : quand il joue avec le faux. À l'image de la revue Adbusters dont Inter détourne le couvert, cette édition est riche d'éléments visuels, d'illustrations grand format et de montages graphiques. Sous la direction de Michaël La Chance, douze auteurs se sont commis sur ce thème : Brad Jersak rapproche les coups d'éclat des Pussy Riots et la scène de Jésus au Temple, Édith Brunette présente les Yes Men, qui transforment en farces les plus grands sommets politiques et économiques, Lina X. Aguirre fait un tour d'horizon de l'art piraté au Chili et Jonathan Lamy relate la suite et la fin de « l'affaire Dulac », entre autres. Hors dossier, une incursion dans le monde fascinant de Boris Nieslony et une rencontre avec Aapo Korkeaja.

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