François Euvé

  • Le péché, une notion dépassée ? Un dogme amené à disparaître dans un christianisme enfin « libéré » ? Le mot semble avoir déserté les églises et les consciences. Le christianisme serait-il devenu une religion sans péché ?L'histoire, la théologie, la foi même donnent cependant tort à une telle interprétation. Sans le lier nécessairement à une culpabilité tenace et paralysante, le péché est ce qui permet de comprendre non pas le seul rapport de l'homme à Dieu mais l'homme lui-même. Quiconque s'interroge sur le sens de l'existence rencontre le péché, lequel ne fait pas simplement référence à la faute, pas plus, d'ailleurs, qu'à une noirceur indéracinable de l'âme humaine.Ainsi, le péché n'est pas seulement l'affaire des croyants : il dit quelque chose de fondamental sur l'homme, sa liberté, sa vocation et sa responsabilité.Professeur à la Faculté de théologie du Centre Sèvres, François Euvé est spécialiste des relations entre les sciences modernes et la tradition chrétienne. Il vient de publier Darwin et le christianisme. Vrais et faux débats (Buchet-Chastel, 2009).

  • L'assassinat par deux jeunes djihadistes du père Hamel le 26 juillet 2016 à Saint-Étienne-du-Rouvray, précédé par l'attentat de Nice, a saisi d'effroi l'opinion publique. Dépassant la colère et le désir de vengeance, des chrétiens et des musulmans ont assisté ensemble à la messe dominicale. Comment comprendre qu'un acte aussi barbare et des gestes aussi fraternels puissent être tous commis au nom de la religion ? François Euvé interroge ce paradoxe. Réduire les crimes des djihadistes à des causes sociales masque ce qui, dans leur rapport au Coran, les conduit à commettre l'ignoble en invoquant Allah. En conclure que l'islam est intrinsèquement violent est aussi réducteur. La question majeure est celle de Dieu : est-Il un être omnipotent dont la volonté s'impose aux hommes au mépris de leur liberté et de leur dignité ou fait-Il place à la raison humaine ? L'interrogation dépasse l'islam et touche toutes les religions. Après un xxe siècle où la violence de masse avait des motivations a-religieuses (la « race supérieure », « l'homme nouveau »), pourrait survenir un xxie siècle où, mue par un vertige fondamentaliste, la barbarie serait commise au nom de Dieu. Loin de se résigner à cette perspective tragique, cet essai stimulant invite à reconsidérer le rapport des religions à la vérité. Et si, au lieu d'être chosifiée comme une idole, la vérité se faisait dans le dialogue, en marchant avec l'autre, qu'il croie ou non en Dieu ?

  • Faut-il considérer que le rationnel est du côté de la science, et l'irrationnel du côté de la religion ? Et que la première a détrôné la seconde ? Rien n'est moins sûr : elles n'ont pas les mêmes objets.

    On emploie le mot " science " comme s'il avait eu le même sens de toute éternité, comme s'il signifiait la même chose pour Aristote, Copernic, Galilée ou Stephen Hawking. Or ce mot ne désigne pas la même réalité pour les Anciens, les Médiévaux et nos contemporains. La science se construit historiquement, dans le temps et avec son époque. Tout comme la religion, la science est une forme de pensée qui détient une vérité, certes, mais une vérité qui n'est pas intangible. Par ailleurs, la " science ", dans sa genèse, a été profondément influencée par une certaine théologie, laquelle s'est elle aussi présentée comme une démarche rationnelle, en interaction permanente avec son environnement intellectuel.

    D'une époque à l'autre, c'est à une étude des croisements et des enjeux entre science et théologie que cet ouvrage nous invite.

  • Ce livre reprend les travaux d'un colloque commun organisé par l'Institut catholique de Paris, le Collège des Bernardins et la Faculté jésuite de Paris (Centre Sèvres) les 3 et 4 mai 2011. Le succès des sciences et des techniques à l'époque moderne tend à accréditer une vision naturaliste du monde où l'action de Dieu semble de moins en moins perceptible. Y-aurait-il une ligne continue du déisme des Lumières à l'athéisme contemporain ? De plus, l'expérience des catastrophes du XXe siècle a encouragé l'émergence de théologies du retrait divin . Dans ce contexte, ose-t-on encore parler d'une action divine ? Et si oui, comment ? Quel sens donner à la création du monde par Dieu, thème central dans la confession chrétienne ? Ce colloque se propose d'aborder théologiquement ces questions. Une démarche interdisciplinaire revisite la notion traditionnelle de création et aide à formuler une pensée de l'agir divin qui ouvre à l'humanité et au cosmos un avenir salutaire

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