Françoise Heulot-Petit

  • Des années 1980 à 2000, la pièce monologuée est très présente sur la scène française. Cet ouvrage montre comment ce phénomène artistique trouve sa nécessité dans le besoin d'explorer une forme qui travaille la relation directe acteur/spectateur. L'autre toujours présent dans la salle, l'est aussi dans la parole même du monologueur qui incorpore à lui-même une forme d'altérité absente.

  • Comment dire la guerre au jeune public ? C'est la question à laquelle répondent les auteurs de théâtre étudiés dans cet ouvrage qui ont fait le choix, au sein de leur écriture, d'une épure radicalisant le conflit. Face à la violence du rapport au réel, ils cherchent une juste distance et produisent une dramaturgie de l'intermittence. L'avant et l'après de l'action, le passé et le présent sont des moments de doute du personnage de l'enfant face à l'action de guerre imposée : celle de tuer ou de fuir. Il se tourne alors vers le jeu ou l'imaginaire du rêve. Avec le temps, le personnage de l'enfant-survivant réanime le conflit passé dans un écho constant. Il devient résilient, en parcourant des territoires d'apprentissage, dans lequel il emporte avec lui des objets symboles. Ces plus petits territoires intimes, débris d'un monde perdu, font tenir debout une fois retrouvés. Les souvenirs sont prégnants dans une dramaturgie du témoignage qui mobilise le monologue. Nous y retrouvons une tendance du théâtre contemporain à faire reposer la dimension documentaire sur l'introspection individuelle, où le personnage de l'enfant-témoin a toute sa place. Toutefois, l'écriture se creuse bien souvent d'une faille qui traduit l'impossibilité pour l'enfant de tout comprendre. Il bute sur les mots comme sur le réel et réinvente un langage. Ainsi, cet ouvrage interroge la possibilité d'une présence, inscrite dans le moment de l'adresse et dans la matérialité de la scène, entre surgissement et effacement des signes de la guerre, au sein d'un corpus dont l'étude se révèle d'une grande richesse.

  • Hayadée est fille de l'eau mais aussi fille d'une humaine. Pour sauver sa mère et sauver sa ville, elle doit parcourir le monde pour mieux comprendre l'eau. En passant des épreuves au cours de rencontres, elle se découvre elle-même, découvre l'eau en elle et trouve le moyen de sauver les autres. Mais les hommes sauront-ils l'entendre ?S

  • Si le drame subsiste au xxe siècle, il s'en trouve profondément transformé car l'inflation du monologue rend peut-être toute parole solitaire et désolée, mais il manifeste surtout sa propension à rendre compte de la pluralité des voix du monde. Le monologue se présente de plus en plus comme un lieu de résistance, se fait le laboratoire d'écritures et de pratiques scéniques sans cesse renouvelées. Ce mouvement exploratoire travaille ce qui constitue le drame dans son rapport au monologue, à la fois comme un constituant dramatique - « contre » le drame : dans une immédiate proximité - mais aussi comme une force, et une forme, d'opposition offensive, faisant s'ébranler cette assise en réinvestissant ce qui fait l'action : l'acteur et sa parole - « contre » le drame : dans une opposition frontale. Si certains critères de dramaticité ne sont plus pertinents (vraisemblance, cohérence de l'action), certains constituants s'en trouvent réactivés (l'adresse, le rapport à la parole, le corps de l'acteur), qui revendiquent une proximité retrouvée. Il se pourrait qu'aujourd'hui encore le terme de drame soit efficient en s'inscrivant au coeur d'une forme - le monologue - qui explore la parole quand elle se fait action, et ce, quel que soit le caractère hétérogène des écritures textuelles et scéniques qu'elle emprunte, à l'aune du théâtre dit postdramatique.

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