Franck Chaumon

  • L'oeuvre de Lacan (1901-1981) a exercé une influence profonde bien au-delà du champ de la clinique. En témoigne aujourd'hui la prise en compte du « sujet », sa confrontation à la « loi » dans l'espace du procès conçu comme espace « symbolique ».
    Une certaine confusion en découle quant à la place et à la fonction de chacun, le juge se faisant thérapeute et le psy revendiquant la vertu du jugement.

  • Le délire est une tentative de guérison, un travail rigoureux du patient qui produit une forme originale, une véritable création de la pensée pour répondre à l'effondrement qu'il a subi. Ce n'est pas une errance de l'esprit arbitraire, une aberration ; c'est au contraire la tentative rigoureuse d'un sujet de bâtir une architecture signifiante autour d'un noyau de vérité historique . Face à cette tentative aventureuse, le psychanalyste répond par une construction, une proposition d'égale dignité théorique. Délire et construction sont ainsi les deux faces d'une même entreprise transférentielle. Telle est l'audacieuse proposition de Freud dans son texte Constructions en analyse , dont la portée théorique et éthique est aujourd'hui tellement actuelle.

  • Le discours des sciences humaines décrit, errant parmi les foules normalisées, un homme voué à la solitude, régime contemporain des subjectivités. Mais il n'éclaire en rien le statut, la fonction et la signification de cette solitude. N'est-il pas plus pertinent de parler des solitudes ?

    L'idée d'une solitude contemporaine est problématique du point de vue de la psychanalyse, car elle ne peut être cernée sans la référer à l'Autre. Ce nouage permet de penser des formes possibles de la solitude.

    De la solitude originelle de l'enfant à celle de l'esclave, où la violence subie a produit des effets ravageants toujours actuels, en passant par la solitude radicale de la folie et enfin par la solitude réelle où le sujet est poussé aux limites du langage, la solitude contemporaine plurielle reste corrélative de l'implication du sujet dans le politique et l'histoire, qui scandent sa présence au monde. Des auteurs français et antillais font entendre les différentes variations de leurs voix.

  • Peut-on encore parler de traumatisme ? La question mérite d'être posée tant le mot est galvaudé aujourd'hui et qu'il autorise les idéologies les plus diverses, les pratiques les plus contradictoires. Ce que ce mot banalisé implique et conforte c'est bien sûr l'empire de la "psychologie", même si elle se présente volontiers parée de concepts issus de la psychanalyse. Il fallait aborder la critique de certaines pratiques qui s'autorisent de ce discours sur le traumatisme. Il fallait revenir au concept tel qu'il a été formalisé dans la théorie psychanalytique.

  • La folie n'est plus d'actualité : sa figure inquiétante s'est dissoute dans les savoirs modernes. En est-on si sûr ? L'autisme par exemple n'est-il pas folie de la communication, la pédophilie folie du sexe ? Il serait plus pertinent de dire que la folie est toujours inactuelle. La polyphonie de cet ouvrage tente d'en rendre compte, en s'interrogeant sur le rapport entre le lien social tel qu'une époque le construit et les catastrophes subjectives qui témoignent des points d'effondrement.

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