Gilles Marcotte

  • Depuis la tentative condamnée des prêtres-ouvriers le public a ressenti le pathétique cas de conscience des jeunes prêtres qui veulent inscrire le message chrétien dans la pleine réalité de l'homme, alors qu'une autre partie du clergé en tient pour des formes d'apostolat plus autoritaires. Le héros de Le poids de Dieu est l'un de ces jeunes prêtres. Nommé vicaire du curé Marquis, dans la paroisse ouvrière d'une petite ville canadienne, Claude Savoie est choqué par les méthodes de son curé, qu'il juge réactionnaires. Il rêve d'accomplir un acte de profonde sympathie qui l'engagerait nettement du côté des hommes. Or, l'occasion de cet acte va lui être fournie par le jeune Serge Normand, un fils de notaire qui s'est détourné de ce qu'on croyait être une vocation sacerdotale, par amour pour une jeune tuberculeuse, Marie Norbert. Hospitalisée dans un état grave, Marie est prête à renoncer à Serge, lequel, au contraire, malgré l'opposition véhémente de ses parents, soutenus par le curé Marquis, désire s'engager indissolublement vis-à-vis de Marie. Il demande au vicaire de bénir leurs fiançailles ; à quoi celui-ci consent, déclenchant une réprobation quasi-unanime, que modérera seulement la mort de la jeune malade, survenue peu après la cérémonie. Incertain du bien fondé réel de son acte trop chrétien, Claude "rentrera dans le rang", non sans avoir dû surmonter une grave crise intérieure.

  • « Les oeuvres dont il sera question dans ce livre font partie de la littérature québécoise. Il ne s'agit ici ni d'une "deffense et illustration", selon la formule célèbre de du Bellay, ni d'un essai de caractère historique, où les oeuvres seraient mises en relation avec le développement d'une nation, d'une société. Mon propos est différent, même si la réunion d'oeuvres parues dans le même espace géographique ne peut que suggérer des perspectives historiques, des relations entre texte et société. J'ai voulu plutôt que les oeuvres, les écrivains que je présente ici le soient pour eux-mêmes, en eux-mêmes, sans être conscrits par une sorte de développement collectif. Ce n'est donc pas une thèse qu'on lira, bien que les petites idées que j'entretiens sur la littérature s'y frayent forcément un chemin. Je n'ai pu me retenir, aussi bien, pour aérer un peu l'ensemble, de constituer des ensembles flous, suscités par des rencontres de diverses sortes, amicales si l'on veut, et de m'évader parfois dans quelques images de la vie littéraire. » - Extrait de la préface

  • acques Poulin a une place à part - non loin de GabrielleRoy ou de Réjean Ducharme - dans le roman québécois contem-porain. Pas bavard, peu prolifique (six livres depuis 1967), Poulinn'encombre pas l'institution littéraire de son personnage, de sesinterventions publiques. Il y est présent par quelques prix, parl'attention de certains critiques1, par la fidélité de ses lecteursdepuisyzmm;; (1969) et surtout les Grandes Marées (1978). «Parjni lesécrivains qui comptent, dans le Québec d'aujourd'hui, JacquesPoulin est probablement celui sur lequel on a écrit le moinsd'articles, d'études, de thèses», notait Gilles Marcotte2 il y aquelques années.

  • Au cours de l'année 1945, à quelques mois d'intervalle, paraissaient à Montréal deux romans qui devaient marquer profondément, l'un autant que l'autre, la littérature québécoise et canadienne : Le Survenant de Germaine Guèvremont, publié en mars, et Bonheur d'occasion de Gabrielle Roy, paru au mois de juin suivant.
    Au-delà de l'intention commemorative, les six articles rassemblés ici veulent susciter de nouvelles lectures de ces deux
    oeuvres majeures.

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