Hans-Jürgen Lüsebrink

  • L'un des aspects les plus intrigants de l'oeuvre de Michel Foucault réside dans son intérêt tardif pour la pensée antique, plus spécialement pour la culture grecque et son héritage romain qu'on peut faire remonter à ses recherches ayant mené, à partir de 1976, à son Histoire de la sexualité. Du fait même de l'infléchissement que connut alors sa pensée, Foucault fut à même d'établir des liens à tous égards originaux et même surprenants entre la pensée antique et la réflexion moderne. En le lisant, c'est une tradition de près de 2500 ans qui s'offre désormais à notre regard.
    Que nous apprend, sur notre histoire, le fait de mettre en parallèle les propos de Socrate et ceux de Kant ? À quoi peut servir l'interrogation menée sur la sexualité antique, si ce n'est peut-être à la « dépsychologiser », la « dépathologiser », la « détaxonomiser », et ainsi la « désenclaver » de ses classifications ultérieures ? Que nous enseigne le fait d'entendre par « modernité » non plus une « époque » particulière de l'histoire, mais une manière d'être des individus, une certaine attitude adoptée, « ce que les Grecs, souligne Foucault, appelaient un `éthos' » ?
    De quelle manière, finalement, l'esprit critique moderne s'éclaire-t-il de l'esprit critique antique ? Les études ici rassemblées posent ces questions à Foucault, avec Foucault et parfois aussi contre Foucault, en écho toujours à ce « courage de la vérité » dont il incarna si splendidement l'exemple.

  • Dans le sillage des travaux portant sur l'intermédialité littéraire, cet ouvrage se propose d'étudier la présence et l'appropriation des médias traditionnels et contemporains dans les textes littéraires sénégalais ainsi que le dialogue des arts et des médias. Les contributions analysent les formes, pratiques et postures de l'intermédialité littéraire et artistique dans les littératures sénégalaises et les dispositifs stratégiques d'insertion des médias dans les textes. Elles analysent ainsi les enjeux esthétiques qui en résultent, mais aussi les formes de subversion et de transgression des frontières médiatiques et génériques qui s'y rattachent.

  • L'histoire des savoirs sur l'Afrique ici esquissée se doit de mettre en exergue un tissu d'imbrications scientifiques et de transferts franco-allemands. La question du statut des langues révèle que l'africanisme a commencé, en France aussi bien qu'en Allemagne, comme une philologie progressivement détachée de l'orientalisme. On peut ensuite mettre en évidence que des cursus visant à la formation plus pratique d'africanistes ont progressivement été établis depuis les dernières décennies du XIX e siècle dans les écoles coloniales françaises ou allemandes ; elles sont en concurrence mais reprennent des modèles comparables.
    Les auteurs de ce livre font apparaître que les transferts de savoirs sur l'Afrique se fondent aussi sur des médias, ancrés dans des institutions, comme les instituts de recherche, les associations scientifiques, les maisons d'édition. Mais dans une asymétrie structurelle, il a été trop longtemps minimisé le rôle des Africains eux-mêmes.
    Mais il devient de plus en plus évident que les savoirs sur l'Afrique ont pu modifier fortement le cadre européen, son esthétique et sa perception du monde. L'ouvrage montre combien les transferts franco-allemands autour de l'africanisme sont un moment de l'histoire contemporaine des sciences humaines.
    Michel Espagne est directeur de recherche au CNRS, germaniste et spécialiste des transferts culturels.
    Hans-Jürgen Lüsebrink est professeur de romanistique à l'Université de Sarrebruck (Allemagne). Il est titulaire de la chaire « Études culturelles romanes et communication interculturelle ».

  • Produit d'un débat entre germanistes français, spécialistes de « civilisation allemande », et romanistes allemands, spécialistes de « Landeskunde » ou « Landeswissenschaft », cet ouvrage fait le point sur les évolutions de ces disciplines dans les mondes universitaires français et allemand. Une première rencontre en 1988 à Versailles a été suivie d'une autre à Berlin, en 2010. Riche d'une longue tradition dans l'enseignement et la recherche, la « civilisation allemande » est bien établie en France, ses thèmes de recherche sont en pleine évolution. La « Landeskunde » était plutôt perçue en Allemagne comme un domaine auxiliaire de la « Romanistik ». Le terme avec ceux de « Landeswissenschaft » et « Frankreichstudien » (études françaises) ont aujourd'hui presque disparu du profil des postes à pourvoir, ils ont été remplacés par celui de « Kulturwissenschaft », « sciences culturelles », lié à celui de « science littéraire ». Cette combinaison s'est révélée trompeuse : dans la pratique, la « civilisation française » se réfère à un modèle d'enseignement traditionnel de littérature française mâtiné de sciences culturelles là où il devrait s'agir, pour reprendre Helene Harth, d'instaurer « une coopération interdisciplinaire avec d'autres philologies et d'autres disciplines comme l'histoire, la sociologie, l'histoire de l'art et l'histoire médiatique (pour transmettre aux étudiants) un savoir sur les cultures des différents pays européens, qui leur permette de comprendre les différents processus historiques des échanges culturels actuels. » Ces enjeux sont au centre de ce livre sur fond de transformation des sociétés française et allemande.

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