Jacques Godbout

  • Traduit en cinq langues, devenu un classique de l'anthropologie moderne depuis sa première parution en 1992, ce livre clair et stimulant nous fait pénétrer les mystères du " don ".
    Pourquoi donne-t-on ? Et d'abord donne-t-on encore ? Oui, répondent les auteurs de ce livre. Et infiniment plus que veulent nous le faire croire les idéologies modernes, pour lesquelles les rapports entre les gens ne sont plus régis que par l'intérêt égoïste ou la contrainte publique, par le marché ou par l'État. Le don s'observe au contraire partout : dans la famille, dans les organisations et les entreprises, dans le marché de l'art, etc. Mais qu'y a-t-il de commun entre le père Noël, les Alcooliques anonymes, les dons de sang et d'organes, les cadeaux de tous types et les services rendus, le don de l'artiste et même le don rituel des sociétés archaïques ? C'est la question à laquelle ce livre tente de répondre en montrant que toute la société vit du don, et que nous aurons toujours besoin de faire circuler les choses autrement, de faire " passer " les choses par le don. Traduit en cinq langues, devenu un classique de l'anthropologie moderne depuis sa première parution en 1992, ce livre parle un langage clair et évite le jargon des spécialistes. Nourri d'enquêtes de terrain originales et d'une analyse critique approfondie de la littérature existante, il passionnera aussi bien le grand public qui souhaite mieux connaître les mystères du don que les chercheurs en sciences sociales qui y découvriront de stimulantes perspectives.

  • Galarneau, québécois parmi d'autres, a équipé un vieil autobus pour en faire une baraque à " chiens chauds ", ce que nous les Français nous appelons des " hot dogs " (rires).
    Il a un cœur gros comme une maison, ce qui ne l'empêche pas de courir le cœur du monde, tout autant que les rues, les amis, les rêves, pendant que sa femme couche avec des hommes mieux habillés et certainement moins rêveurs (pleurs).
    Alors Galarneau écrit des poèmes et fait murer sa maison.
    Question : jusqu'où iront ses rêves ?

  • A contre-courant des discours habituellement tenus sur le "miracle" californien, Une histoire américaine est un roman qui repose autant sur les solides artifices d'un suspense policier que sur l'ample méditation d'un essai politique : rien ne va aller comme prévu pour Grégory Francœur, professeur québécois brillant qui laisse derrière lui, à Montréal, famille et carrière politique pour devenir l'assistant d'un éminent universitaire de San Francisco. Francœur, qui croyait refaire sa vie au sein de la tumultueuse luxuriance de la côte ouest des Etats-Unis, se retrouve, à la suite d'un quiproquo (symbole de l'ambiguïté qui a toujours gouverné sa vie), dans une sombre et dangereuse affaire de trafic d'immigrés clandestins. Dès la première page du livre, la belle "clémence" californienne se sera transformée en démence.
    Incorrigible activiste, Francœur, qui avait été invité à diriger une enquête sur le bonheur, est emprisonné et mis en demeure de rédiger une longue défense en forme d'autobiographie, pris en tenaille entre les chantages du FBI et les souvenirs, qui remontent lentement, d'un long séjour ancien en Ethiopie. Ainsi, presque malgré lui, s'emploiera-t-il à redéfinir peu à peu les valeurs de l'américanité et la notion trouble, mais impérieuse, qui reflète l'idée d'"exil intérieur" d'un Américain rejeté par l'histoire américaine telle qu'elle se joue sur le campus de Berkeley comme dans les rues de Los Angeles.

  • Quelle mouche a piqué Julien Mackay, météorologue, pour qu'à 48 ans il prenne une retraite anticipée afin d'aller écrire son premier roman à Paris ? Espère-t-il rencontrer l'inspiration à l'ombre du Panthéon ? La ville fait-elle l'homme ?
    Julien débarque tout habité par ses rêves et ses fantasmes, il aborde la capitale culturelle en toute innocence, sans parrain ni complice dans le milieu littéraire. Des idées de roman lui passent dans la tête, loufoques ou délirantes. Mais derrière les mythes et les illusions, la réalité est parfois cruelle. Souvent gauche, toujours touchant, Julien se découvre étranger dans un monde pourtant familier.
    Dans un texte ironique, affûté, facétieux, Jacques Godbout promène à Paris un personnage qui, dans son errance teintée d'angoisse, jette sur la ville et ses habitants un regard aussi décalé que décapant.


  • La pensée dominante assure que ce qui circule entre les hommes se définit essentiellement par l'échange marchand. Or le lien social n'est pas seulement fait de calculs et d'intérêts réciproques. Fondateur de la pensée libérale, Adam Smith l'avait pressenti il y a deux siècles, et avançait le concept de sympathie, puissant ressort de l'action humaine que les neurosciences mettent aujourd'hui en évidence. Plus tard, c'est Marcel Mauss qui posera les bases théoriques d'une véritable pensée du don.
    Sur le bénévolat, le don d'organes, certes ; mais aussi sur la famille, l'art, la justice et même, pourquoi pas, la rationalité instrumentale ; sur la théorie des jeux et l'analyse stratégique, que nous apprend aujourd'hui ce modèle du don ? Pourquoi le don est-il toujours et partout présent ? Même quand, apparemment, il n'a plus de raison d'être, nous constaterons qu'il est là, malgré tout. Car le don ne se réduit pas à la bienveillance qui fonde la morale, ni à la pitié ou la compassion de Schopenhauer décriée par Nietzsche. Le don est dangereux, comme le rappelle ce mot de Confucius : " Pourquoi m'en veux-tu autant ? Je ne t'ai pourtant rien donné. "
    Le don fait appel à une multitude de " passions " : honneur, prestige, image de soi... En se bornant à étudier la seule circulation marchande, les théoriciens du libéralisme occultent tout un pan de la réalité sociale et contribuent, sans le vouloir, à la désespérance générale.
    Fruit de dix années de recherches, cet ouvrage, en s'intéressant aux échanges humains qui ne passent pas par le marché ou la redistribution publique, veut nous aider à mesurer les limites de la mondialisation marchande.
    Jacques T. Godbout est sociologue et professeur émérite à l'Institut national de la recherche scientifique (Université du Québec). Il est membre du conseil de la direction de La Revue du MAUSS.

  • Se faire traiter de jésuite ne le gênait pas trop. Michel Larochelle assumait son rôle : parcourir le vaste monde au service de la Compagnie, trafiquer, résoudre les différends politiques avec doigté et n'utiliser la violence qu'en cas d'absolue nécessité. Mais quand, en mars 1967, le général des jésuites lui demanda de rencontrer le Négus Hailé Sélassié, sa vie bascula : comment réussir une mission dans ce pays où jadis Rimbaud était allé s'échouer ? Qui seraient ses complices à la cour du Roi des Rois ? Contrée magique, l'Abyssinie cachait, disait-on, les clefs du pouvoir dont Michel Larochelle devait s'emparer. Rome s'attendait à bénéficier de l'opération ; le Négus lui-même, inquiet de la montée des subversions, avait d'autres plans en tête, mais rien ne se passa comme prévu.
    Peut-on d'ailleurs prévoir l'amour et la mort ? L'aventure prit le visage d'une femme des hauts-plateaux, la mort celui d'une étrange confrérie assassine. Allumé, traqué, Michel Larochelle entreprend alors de dénoncer par testament, ce sera son combat ultime, la morale d'un jeu qui avait trop longtemps duré. C'est ce qu'espérait confusément toute une génération qui, à Montréal, Berkeley ou Paris, secouait déjà le cocotier.

  • Pendant trente ans (1979-2009), dans les pages du magazine L'actualité, Jacques Godbout nous a parlé, de mois en mois, de ses lectures. Ou plutôt : à travers ses lectures il nous a parlé de lui-même,de nous-mêmes, de notre pays, de nos façons d'être et de penser,et du monde bigarré qui nous entoure, un monde qui demande constamment à être déchiffré, critiqué, compris. Or ce déchiffrement et cette critique, pour qui habite toujours la galaxie Gutenberg,passent d'abord par les livres, tous les livres, aussi bien les oeuvres de la littérature que les ouvrages de sociologie, d'histoire, de science,aussi bien les écrits des journalistes que ceux des philosophes et des romanciers. Tous ont des clés à nous offrir, tous ont quelque chose à nous apprendre. Sorte d'autobiographie d'un lecteur passionné, mais une autobiographie tournée vers le monde plutôt que vers le moi, ce livre raconte l'aventure d'un esprit en éveil. Livre de lecteur, donc, ce livre est aussi celui d'un écrivain ; écrit dans une prose alerte et précise, il nous fait entrer pour ainsi dire dans l'atelier d'un romancier, mais d'un romancier comme l'est l'auteur de Salut Galarneau ! et de La Concierge du Panthéon, c'est-à-dire un artiste de l'imagination pour qui la littérature, loin de naître dans la solitude et le mépris, se nourrit avant tout des bruits et des mouvements de son époque, des angoisses et des illusions qui la hantent, de ses laideurs comme de ses beautés, auxquelles il lui faut par conséquent demeurer constamment, éperdument attentif.

  • " Dimanche 21 juillet,
    J'étais venu en Chine avec ce que je croyais être de graves problèmes à résoudre : après six mois en Californie, je sentais que je devais m'orienter, faire des choix de carrière, entreprendre un film, un livre, choisir la direction que je donnerais aux prochaines trente années de ma vie. Ce bref voyage place les choses en perspective. Les choix qui s'offrent à moi, les décisions que je dois prendre ont le poids et l'importance d'une aile de mouche dans l'incroyable aventure de l'humanité.
    Et dire qu'en Californie, quand nous allions dîner dans un restaurant végétarien de San Francisco, où un bonze en robe orangée nous tendait le menu, nous pensions côtoyer les mystères de l'Orient!
    L'Orient est à la Californie ce que Disneyland est à la réalité. On y emprunte des signes, des couleurs, des rites, mais c'est toujours une entreprise de marketing..."
    Parcourant ce journal écrit en quatre saisons, sur dix ans, je découvre ma bougeotte : tantôt à New York, tantôt à Beijing, puis à Rome, Bruxelles ou lstanbul. Comme si, pour saisir mon coin de pays, j'avais besoin de ces repères. Or je ne sais plus bien mesurer les distances : le centre du monde a éclaté, les métropoles sont en orbite, le Québec à la périphérie, et je demeure, par choix, "un écrivain de province". Et puis l'idée de publier ce journal à Paris, où sont parus tous mes romans, donne au texte, il me semble, sa dimension réelle : celle d'une oeuvre de fiction à propos de ma vie privée.
    J. G.

  • Le temps des Galarneau. Mon frère Jacques, écrivain professionnel, m'a dit : "Si tu veux, François, que ton livre accroche, soigne ta quatrième." J'ai demandé :
    "Où ça la quatrième?" Du doigt Jacques m'a montré l'arrière du livre : "Un roman, c'est comme une fille qui passe. Tu la regardes marcher de dos, avant l'effeuillage." Mon frère est un peu mercantile. Je veux dire, Le Temps des Galarneau, c'est pas un casseau de frites comme j'en vendais au Roi du Hot-Dog. C'est depuis vingt-cinq ans de vie sans Marise qui a cédé la place à Véronique, qui est partie. J'écris pour ne rien oublier. Il y a Catherine avec son zigoto, Helen dans la porno, et mon frère Arthur enfargé dans une magouille internationale. Moi, je travaille pour Harry Sécurité, je m'accroche, je fonce. Comme dit maman, on ne se refait pas. Les Galarneau ont aussi droit, il me semble, à leur place au soleil!

  • Le romancier, essayiste, éditeur et cinéaste Jacques Godbout égrène quelques-uns des principes qui guident ses actions et donnent du sens à sa vie.

  • Le romancier, essayiste, éditeur et cinéaste Jacques Godbout égrène quelques-uns des principes qui guident ses actions et donnent du sens à sa vie.

  • «J'ai entrepris un inventaire systématique de ma vie publique. De l'avantage d'être né décrit de façon chronologique, à partir de mes livres et de mes films, rassemblés par ordre de parution sur une étagère de ma bibliothèque, naissance, éducation, formation, publication, travail, activités littéraires ou cinématographiques et sociales. Le parcours d'un intellectuel de la Révolution tranquille: c'est mon acte de contrition.»

    Voilà comment Jacques Godbout présente De l'avantage d'être né, où ce témoin-acteur de l'évolution du Québec retrace son parcours d'homme et d'artiste d'hier à aujourd'hui.

    Nous y lisons le récit d'une enfance et d'une éducation à l'enseigne du Québec traditionnel, où l'Église occupe une place prépondérante. Issu d'une famille libérale, le jeune Godbout trouve très vite le moyen d'échapper à cette société étouffante. Dès le début de la vingtaine, il séjourne en Éthiopie, où il a été invité comme enseignant. À son retour, c'est un Québec qui s'est déjà mis en marche qui l'accueille. Il emboîte le pas et se retrouve à l'avant-garde. Il évoque pour nous la fondation du Mouvement laïque québécois, celle de la revue Liberté ou encore la mise en place de la section française de l'ONF et la création de l'Union des écrivains québécois.

    Il raconte aussi ses travaux de romancier, d'essayiste, de cinéaste. Nous voyons ainsi s'élaborer une oeuvre en perpétuel dialogue avec l'actualité, où la fiction sert de révélateur au cheminement d'une société.

    Tout aussi à l'aise dans les milieux politiques que dans les milieux littéraires, fasciné autant par la révolution culturelle et sociale qui s'opère aux États-Unis que par une France qui redécouvre le Québec dans un malentendu permanent, Jacques Godbout, figure emblématique de la modernité québécoise, nous livre ici un témoignage marquant.

  • Jacques Godbout, s'entretenant avec le sociologue Mathieu Bock-Côté, raconte avec sincérité et humour son parcours d'écrivain et de cinéaste. Conservant la distance que procurent à la fois l'intelligence et le refus absolu de se laisser enfermer dans quelque idéologie, il évoque les personnes qu'il a fréquentées et les moments dont il a été le témoin privilégié. C'est l'occasion de découvrir le portrait d'un être rare, un intellectuel québécois qui a tenu, pendant soixante ans de vie publique, à assumer son rôle dans la cité, celui d'éveilleur de consciences et de passeur entre les générations.« En relisant ces entretiens, j'ai bien vu de quelle manière je m'adressais à Jacques Godbout. Non pas comme à un vieux sage, à qui on demanderait patiemment je ne sais quelle leçon de vie. Non plus qu'à un homme compartimenté selon ses talents, écrivain et cinéaste, journaliste et poète à qui je demanderais finalement de m'expliquer le mécanisme de la création artistique. Non, je lui ai parlé comme à un interlocuteur intellectuel de premier plan, comme à l'un des observateurs les plus brillants du Québec. Je l'ai invité à revenir sur les grands thèmes qui ont traversé sa vie et, finalement, sur une vie absolument passionnante. Je dirais bien qu'elle fut exemplaire, mais il me gronderait. Je dirai alors de sa vie qu'elle est inspirante. « Le tour du jardin » représente peut-être, du moins je l'espère, une porte d'entrée dans une oeuvre qu'il vaut la peine de découvrir, ou de redécouvrir. Je vous parle d'une oeuvre que les moins de vingt ans devraient connaître. » M. B.-C.

  • Le dossier de ce numéro d'hiver de L'Inconvénient s'intitule « La société sans douleur », et pourtant, dixit Alain Roy, « la raison d'être de l'art, sa fonction oserait-je dire, consisterait ainsi à combattre une érosion de la sensibilité qui serait logée au coeur de l'expérience humaine ». Le plaisir esthétique sous forme de perversion masochiste, peut-être? Cinq auteurs (Ugo Gilbert Tremblay, Bertrand Laverdure, Céline Lafontaine, Michel Morin et Thomas Hellman) signent autant d'essais ou d'entrevues autour de ce thème. Si les textes de la section littérature sont ensuite consacrés aux derniers ouvrages de Catherine Mavrikakis, Yasmina Reza ou Amos Oz, la chronique peinture met en lumière les acryliques à la fois graphiques et organiques de Jessica Peters. Les nouvelles sensations en matière de séries télévisées sont bien servies par des articles sur Westworld, Narcos et Fargo. Quant à la tribune, elle est confiée pour ce numéro-ci à Jacques Godbout qui s'attaque à un sujet on ne peut plus dans l'air du temps : le retour du religieux.

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