Myriel

  • Luther socialiste

    Jean Jaures

    • Myriel
    • 16 Février 2021

    Au regard des âpres combats de Jaurès, il devrait exister une distance infinie entre lui, chantre des réalités concrètes et du matérialisme, et Luther, homme de spiritualité. Mais ce serait mal connaître la profonde modernité du docteur de la foi protestante ainsi que l'exceptionnelle ouverture d'esprit de Jaurès que de penser comme ça. Ce serait, tout autant, oublier l'incessant va-et-vient entre politique et philosophie dans le Jaurésisme, là où le Luthérianisme fut souvent une conciliation espérée entre impératif de révolte et aspirations métaphysiques.
    La révolte et l'insatisfaction face à l'ordre du monde, voilà bien les deux traits de caractère partagés entre nos deux hommes autorisant, par-delà les siècles, leur rencontre et leur dialogue. Et Jaurès d'encore un peu confirmer le mimétisme de leur tempérament par une savante énumération de leurs points de convergence. Pour cela, le théoricien socialiste se livre à une lecture érudite de l'oeuvre du théologien allemand. Refus de l'exploitation de nos misères, souci d'égalité, primat de la justice, exigence de culture, y compris et surtout pour les plus faibles, révolte contre les puissants, universalisme de la rédemption et des vocations : il y a tout ça dans le Luthérianisme qui le rapproche du Socialisme.
    Le verdict tombe, dès lors ! Toutes ces passerelles, posées par-delà les siècles, enjambant l'Histoire et les incompréhensions, sont autant d'arguments donnant crédit au Socialisme. Car, nul doute que l'intention cachée de Jaurès est essentiellement là. Si Luther fut cet annonciateur du Socialisme, ou le Socialisme cette grande idée reprenant les aspirations les plus humaines de la religion (la réciprocité étant évidente), c'est bien la preuve que le Socialisme est un humanisme ; c'est la forme moderne des combats de toujours.

  • Questions de méthode

    Jean Jaures

    • Myriel
    • 1 Janvier 2019

    On ne présente plus guère l'oeuvre politique et militante de Jean Jaurès. Mais, concernant son oeuvre intellectuelle, force est de constater que sa profusion la rend complexe à connaître dans son ensemble. Et pourtant, quelques grands textes de l'ancien député du Tarn contiennent à eux seuls l'essentiel de sa pensée. Questions de méthode est au rang de ces textes qui en une demi-centaine de pages exposent les conclusions de toute une oeuvre.
    Questions de méthode pose les principes du combat jauressien pour l'instauration d'une République socialiste. Pour cela, Jaurès y convoque ses grands ainés. Il y ferraille avec les présocialistes, les républicains du premier XIXe siècle et bien sûr avec les révolutionnaires de 1789. Il entend s'avouer leur héritier. Pour son grand projet socialiste, Jaurès démontre qu'il est indispensable d'interroger la pertinence de ce qu'ils nous ont laissé. Car nombre de leurs espérances n'ont pas encore trouvé à se réaliser. Le Socialisme, lui, s'y emploiera.
    Si deux méthodes s'affrontent dans le corps de son argumentaire, c'est évidemment que toutes ces affirmations viennent à l'encontre de l'héritage marxiste. Car pour Jaurès, le diagnostic est posé. Il est tranchant et sans appel. Marx et Engels, et par ricochet ceux s'en réclamant, ont tort pour tout ce qui touche à la question de l'héritage révolutionnaire. Si l'avenir du Socialisme est une question de méthode pour lui, c'est parce qu'il faut refuser Marx sur cette question.
    Questions de méthode, c'est un peu l'anti Manifeste du Parti communiste. C'est un texte de combat et un appel. Par et pour lui, Jaurès vise un Socialisme soucieux de démocratie. Il pense que le progrès social peut passer par la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen.
    Avec ce texte, Jean Jaurès fonde la Social-démocratie. Il pense par avance le Socialisme des siècles d'après. Question de méthode frappe l'âme. C'est un texte exceptionnel de modernité et de prévenance.

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