Jean-Frédéric Schaub

  • La parole politique et le dbat public sont dsorients. Toute discrimination et toute distinction collective semblent relever d'une intention raciale. Dans le mme temps, il est question de gommer le terme race de notre Constitution. Les sciences sociales observent les progrs des connaissances dans les domaines de la gntique comme menace pour elles-mmes et peut-tre pour la socit. Si les progrs des sciences de la vie ne renforcent pas les inepties de la pense raciste, ils ne les dissipent pas non plus.Dans ce moment de tensions politiques et d'incertitude intellectuelle, l'histoire de la formation des catgories raciales offre des repres pour notre poque. Le dpaysement dans le temps et dans l'espace, qui demeure le propre de l'histoire, est sans doute la voie la plus efficace pour mieux comprendre ce qui nous arrive.L'histoire raconte comment les socits et les institutions ont fait et font appel la diffrence naturelle pour crer et recrer de la division en leur sein. C'est cela la politique raciale l'ge contemporain : s'en prendre aux Afro-Amricains, surtout lorsqu'ils deviennent citoyens, et imaginer le Juif biologique pour contrer l'intgration des juifs.L'histoire permet de comprendre en quoi la race est de part en part politique.

  • Oroonoko, prince guinéen d'une grande beauté, finit sa vie chevaleresque comme esclave dans une plantation du Surinam dans les années 1660. La voix qui chante sa geste tragique est celle d'Aphra Behn (1640-1689), célèbre dramaturge anglaise, fidèle soutien du roi Jacques II, à la veille de la Glorieuse Révolution.Ce roman anglais du XVIIe siècle concentre en lui un grand nombre de nos curiosités contemporaines. L'essai de Jean-Frédéric Schaub ne cède pas à la tentation de tirer la lecture du côté du féminisme et de l'abolitionnisme, et moins encore des Lumières ; au contraire, il souligne ce qui, dans ce roman fiévreux, concentre les anxiétés et les ambivalences nées de l'expansion européenne depuis la Renaissance.Si l'univers d'Aphra Behn s'accommode de l'esclavage et d'une conception hiérarchique de la société, il ne repose pas sur le racisme, ni d'ailleurs sur le sexisme.La complexité de ce moment de l'histoire culturelle européenne qu'est le premier âge moderne anglais se trouve éclairée à partir de sa dimension coloniale. Historien, Jean-Frédéric Schaub est directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales. Il a publié au Seuil, en 2003, La France espagnole. Les racines hispaniques de l'absolutisme français et en 2007, son premier roman, Le Référendum.

  • Jean-Frédéric Schaub, né à Paris en 1963, ancien élève de l'École normale supérieure, ancien membre de l'École des hautes études hispaniques-Casa de Velázquez, est actuellement maître de conférences à l'École des hautes études en sciences sociales;Quand Lavisse affirme "Louis XIV fut un roi plus espagnol que français...", il reprend un thème élaboré dans le Refuge protestant et illustré au XIXe siècle par les historiens de tendance républicaine. S'agit-il simplement de l'enregistrement d'un argument pamphlétaire? On peut penser, au contraire, que la dette de la monarchie française à l'égard de l'espagnole fut bien réelle. Les textes français du Grand Siècle témoignent de la réception d'un héritage espagnol que Versailles et l'affirmation nationale postérieure ont fini par gommer. Retrouver les traces de cette reconnaissance, c'est critiquer les fondements de l'"exception française" tout autant que de la "différence espagnole".

  • Les dernières décennies, marquées par la multiplication des échanges et des débats historiographiques bien au-delà des frontières nationales, ont progressivement vu la remise en cause d'un ensemble de convictions scientifiques fortes sur lesquelles les historiens avaient longtemps vécu. Leur réflexion s'est d'abord éloignée des certitudes de l'histoire sociale sérielle pour se porter, dans le sillage de la microstoria, sur la valeur heuristique du cas et sur les difficultés de la généralisation. Plus récemment, le rôle croissant des histoires et des historiographies non européennes a profondément redessiné l'agenda de la recherche historique. Enfin, l'écriture de l'histoire et ses ressources narratives ont de nouveau fait l'objet d'une intense attention. Jacques Revel n'a cessé d'éclairer et d'impulser, au fil des années, ces mutations historiographiques. Ce volume rend hommage à l'importance et à l'influence de son travail, en proposant un ensemble de réflexions libres sur les opérations qui font le quotidien du métier d'historien et qui nous deviennent parfois si familières que nous finissons par considérer qu'elles vont de soi. Ni un manifeste ni un héritage, mais l'actualité d'une certaine expérience commune de l'écriture de l'histoire.

  • Entre nazisme et stalinisme, la vie de Pierre Daix se confond avec les ténèbres du XXe siècle, mais aussi avec ses lumières l'art moderne et contemporain. Marqué, dès l'enfance, par l'espoir suscité par le Front populaire, Pierre Daix fait ensuite l'expérience de la Résistance et de la déportation à Mauthausen, avant de participer à la reconstruction du pays dans les rangs du parti communiste. Dans un après-guerre décevant, la contestation radicale et les rencontres avec Éluard, Aragon, Picasso, plus tard Soulages, forgent un itinéraire d'engagement et de création. Romancier, rédacteur en chef de l'hebdomadaire culturel communiste Les Lettres françaises, Pierre Daix se sera peu à peu séparé du PCF et de l'arène politique en devenant historien de l'art moderne. Touché de près par le Printemps de Prague et son écrasement, Daix consomme la rupture en prenant la défense de Soljenitsyne dans une France peu disposée à entendre sa voix. Grand témoin des bouleversements politiques et culturels de son époque, Pierre Daix retrace ici avec émotion les tours et les détours de sa traversée du siècle.

empty