Jean-François Bayart

  • L'Occident impose-t-il au reste du monde sa propre définition des droits de l'homme et de la démocratie ? La globalisation menace-t-elle l'identité française ? Le confucianisme est-il vraiment le moteur de la réussite économique de l'Asie ? La culture africaine est-elle compatible avec le multipartisme ? L'islam est-il un obstacle insurmontable à l'intégration des Maghrébins et des Turcs en Europe de l'Ouest ?
    Autant d'incertitudes, ou plutôt de trop grandes certitudes sur lesquelles nous butons constamment et qui tiennent pour acquise la permanence des cultures. Or, c'est paradoxalement l'idée même de culture qui nous empêche de saisir la dimension culturelle de l'action politique ou du développement économique. Car la formation de l'Etat met en jeu des conceptions esthétiques et morales; elle est aussi affaire de pratiques sexuelles, alimentaires, vestimentaires ou pileuses.
    Au terme d'une pérégrination ironique - et souvent drôle - dans les imaginaires et les passions politiques du monde contemporain, cet ouvrage décapant invite le lecteur à réinventer l'universel démocratique pour mieux s'opposer aux tenants du « combat identitaire ». Les conflits qui font l'actualité - les guerres de Yougoslavie, du Caucase, d'Algérie, d'Afrique noire, ou les affrontements communalistes en Inde - tirent leur force meurtrière de la supposition qu'à une prétendue « identité culturelle » correspond une « identité politique », en réalité tout aussi illusoire. Dans les faits, chacune de ces identités est une construction, souvent récente. Il n'y a pas d'identité « naturelle » qui s'imposerait à nous par la force des choses. Il n'y a que des stratégies identitaires, rationnellement conduites par des acteurs identifiables, et des rêves ou des cauchemars identitaires auxquels nous adhérons parce qu'ils nous enchantent ou nous terrorisent. Mais nous ne sommes pas condamnés à demeurer prisonniers de tels sortilèges. Le « choc des civilisations » n'est pas une fatalité.
    Directeur de recherche au CNRS et directeur du Centre d'études et de recherches internationales de la Fondation nationale des sciences politiques, Jean-François Bayart est un spécialiste de politique comparée dont les travaux ont contribué au renouvellement de l'analyse de l'Etat. Il a publié plusieurs essais sur les sociétés politiques d'Afrique et du Moyen-Orient, en particulier L'Etat en afrique. La politique du ventre.

  • Les études postcoloniales se sont imposées comme un courant important des études culturelles et de la recherche en sciences sociales de langue anglaise.
    Il est de plus en plus reproché à l'Université française de les ignorer, alors que des militants et des historiens engagés interprètent la crise des banlieues dans les termes d'une "fracture coloniale" plutôt que sociale.
    Ce mauvais procès n'est pas fondé. Il occulte toute une tradition d'écrits et de travaux qui ont perpétué en France une pensée critique sur la colonisation. Surtout, les études postcoloniales restent prisonnières du culturalisme et du récit national dont elles prétendaient émanciper les sciences sociales.
    Leur reconsidération fournit l'opportunité d'ouvrir de nouvelles pistes de réflexion pour l'analyse de l'Etat, au croisement de la science politique, de l'histoire, de l'anthropologie et de l'économie politique.

  • La question identitaire s'est substituée à la question sociale et politique. L'islam s'est mué en nouvel ennemi de l'intérieur, en remplacement du communisme défunt. L'idée laïque, constitutive de la loi de 1905 actant la séparation des cultes et de l'État et la neutralité de celui-ci en matière religieuse, s'est transformée en idéologie laïciste et en religion nationale, mettant l'islam sous contrôle politique.
    Djihadistes et laïcistes sont devenus des ennemis complémentaires, se renforçant mutuellement de leur haine réciproque. Aussi bien Daech que la droite identitariste entendent réduire ce que l'une et l'autre nomment la « zone grise » des citoyens qui ne se reconnaissent ni dans la nouvelle religion nationale ni dans la guerre sainte.
    Qui sème le vent culturaliste récolte la tempête identitaire.

  • Entre marché mondial et fierté nationale, le coeur des politiques balance. Au coeur de cette opposition réside pourtant une confusion de premier ordre, que certains nourrissent allègrement en prônant une économie débridée tout en assurant, de la même voix forte et volontaire, préserver les valeurs nationales. Une conception erronée que ce livre de Jean-François Bayart veut corriger en replaçant les deux postures dans une même continuité historique et sociale : celle du national-libéralisme.
    Face aux évolutions tragiques du monde, les élites politiques semblent à court de vision, et l'invraisemblable d'hier devient la réalité d'aujourd'hui, de l'arrivée au pouvoir de l'extrême droite au délitement de l'Europe, des attentats de masse à l'exode des peuples, en attendant peut-être le retour de la guerre sur le Vieux Continent ou en Asie...
    Si la confusion règne ainsi, c'est parce que notre grille de lecture est tout simplement fausse. Nous croyons que le monde est pris dans deux processus contradictoires : la mondialisation, d'un côté, et le repli national-identitaire, de l'autre. Or, affirme Jean-François Bayart dans ce livre vif et tranchant, ces deux processus participent d'une même dynamique " national-libérale ", qui a conduit les politiques étrangères des pays occidentaux dans une impasse tragique. Ce n'est donc pas un hasard si certains hommes politiques, à l'instar de Sarkozy, Fillon, Valls, Poutine ou Erdogan, se réclament haut et fort tout à la fois de l'économie globale et de la souveraineté nationale.
    Né du passage d'un monde d'empires à un système international d'États-nations, le national-libéralisme - libéral pour les riches, national pour les pauvres - a conduit le monde au bord du gouffre. Il est grand temps de ne plus laisser le monopole du politique aux marchands d'illusions identitaires, ces faiseurs de malheurs.

  • L'opinion occidentale reste gorgée de stéréotypes sur le pouvoir et l'Etat en Afrique, en particulier quant au rôle privilégié que la corruption et le tribalisme sont censés jouer au sud du Sahara. Certes, les Africains parlent eux-mêmes à ce propos de "politique du ventre". Mais l'expression renvoie, aussi bien qu'aux nécessités de la survie et de l'accumulation, à des représentations culturelles complexes, notamment celles du monde de l'"invisible", de la sorcellerie. En d'autres termes, la "politique du ventre" témoigne d'une trajectoire africaine du pouvoir qu'il faut comprendre à la lumière de la longue durée.
    L'analyse des groupes sociaux qui se disputent l'Etat post-colonial et des différents scénarios qui ont prévalu depuis la proclamation des indépendances permet d'avancer des hypothèses neuves sur la formation d'une classe dominante, sur la dépendance des sociétés africaines vis-à-vis de leur environnement international, sur la place déterminante en leur sein des stratégies individuelles et des modes populaires d'action politique, sur l'importance des réseaux d'influence et des terroirs historiques dans le déroulement des conflits, sur la récurrence des conduites - souvent religieuses - de dissidence sociale, sur l'émergence de cultures politiques originales.
    En définitive, cet essai, devenu un classique en sociologie de l'Etat, propose une lecture à la fois provocante et nuancée de ce qu'il est convenu de nommer le "développement". Il ouvre aussi la voie à une réflexion plus générale sur l'invention du politique dans les sociétés d'Afrique et d'Asie.

  • L'expression « islam républicain » sonne comme une provocation. Néanmoins, pourquoi douter de la compatibilité de l'islam avec la République quand des centaines de millions de musulmans vivent sous ce régime ? En République, ce qui ne veut pas forcément dire en démocratie, mais ne l'exclut pas pour autant. On sait par ailleurs que la laïcité a souvent légitimé l'autoritarisme. Sur la base de ces constats dérangeants, Jean-François Bayart nous conduit en Turquie, en Iran, au Sénégal. Chacun de ces pays vit en République, et chacune de ces Républiques est singulière. L'islam, en soi, n'explique rien, notamment pas cette diversité des trajectoires républicaines dans les pays musulmans. Son interprétation et sa pratique divisent les croyants autant qu'elles les réunissent. L'islam républicain résulte de son interaction avec l'État et le marché, bref de l'histoire générale plutôt que de la seule religion. Cette remarquable leçon de choses politique nous ramène au pragmatisme principiel des fondateurs de la IIIe République française, « opportuniste » et « transactionnelle ». L'islam est soluble dans la République, pourvu qu'on lui en laisse le temps et que l'on retrouve le sens des proportions.

  • Prendre l'avion, envoyer un e-mail : la mondialisation s'inscrit dans nos gestes les plus quotidiens. Pourtant, nous l'envisageons souvent comme une menace qui pèserait sur notre identité, voire notre survie. Dans cet essai incisif, Jean-François Bayart propose une vision radicalement nouvelle de ce phénomène, à rebours des discours néo-libéraux ou altermondialistes : la mondialisation est notre oeuvre et l'Etat-nation en est, en réalité, le produit et non la victime.
    La globalisation est nôtre car c'est par elle que nous façonnons notre éthique et notre corps, que nous soumettons et que nous sommes subordonnés. Loin d'être synonyme, en tout temps et en tous lieux, d'aliénation culturelle et de délitement social, la mondialisation engendre des solidarités et des réseaux transnationaux qui s'articulent aux Etats-nations sans nécessairement les ébranler. Elle voit l'émergence de nouveaux sujets moraux, de préoccupations éthiques inédites, de styles de vie neufs.
    La globalisation est aussi affaire de pouvoir, d'accumulation, donc d'inégalités et de violences. Contradictoire, elle intègre le marché international des capitaux et des biens, mais cloisonne, par la coercition, celui de la main-d'oeuvre ; elle célèbre la vitesse, exacerbe le sentiment d'urgence, mais se caractérise par la contrainte de l'attente, le report permanent des solutions et le stockage des populations.
    Embrassant deux siècles d'histoire, comparant les sociétés les plus diverses, analysant des pratiques sociales concrètes, Jean-François Bayart montre que, si la mondialisation est nôtre, son devenir, notre histoire, donc, se décideront sur ces seuils tragiques où s'inventent de nouvelles manières de vivre, de consommer et de lutter. Ce faisant, il renouvelle la sociologie politique et la théorie tant du pouvoir que des relations internationales.

  • De la Manif pour tous aux ruptures de couples présidentiels, le sexe s'est invité dans le jeu politique. Mais au-delà, ce sont les pratiques intimes de Monsieur Tout-le-Monde qui sont débattues en place publique. Le sexe tient en France la place de la sorcellerie en Afrique. Il est omniprésent et dissimulé, banalisé et dramatisé, méprisé et apprécié.
    Hector et Grégoire, jeunes hommes d'une vingtaine d'années, s'adonnent au plaisir par moments déconnectés du reste de leur existence. Leurs « plans cul » ne se ramènent ni à la simple débauche ni à l'infidélité. Ils sont vécus comme une forme de sincérité, de recherche de vérité, de conquête de liberté.Brouillant la frontière entre l'hétérosexualité et l'homosexualité, la normalité et l'hétérodoxie, Hector et Grégoire nous parlent d'une vie sociale que les institutions et les partis ne prennent pas en compte. Ils nous révèlent une part de dissidence dans la société, qui recompose le politique.

  • Que sont les processus électoraux dans les systèmes politiques africains contemporains ? Quelle est la signification des élections dans ces pays ? Le présent ouvrage étudie et compare tous les éléments constitutifs du processus électoral en vigueur au Cameroun, Kénya, Sénégal, Tanzanie, Zambie.

  • Que sont les processus électoraux dans les systèmes politiques africains contemporains ? Quelle est la signification des élections dans ces pays ? Le présent ouvrage étudie et compare tous les éléments constitutifs du processus électoral en vigueur au Cameroun, Kénya, Sénégal, Tanzanie, Zambie.

  • Deuxième édition revue et augmentée
    La plupart des études consacrées aux systèmes politiques africains étaient trop générales pour ne pas éviter de surévaluer, tantôt la dimension de l'intégration nationale, tantôt les phénomènes de domination sociale. La prégnance de la tradition, l'exigence de la modernisation et du consensus, le poids de la coercition et de la dépendance étaient alors censés représenter des facteurs explicatifs suffisants. Mais, ainsi, la réalité politique en Afrique noire, en particulier dans ce qu'elle avait de dynamique et de conflictuel, n'était pas reconnue. S'appuyant sur une large documentation primaire, et notamment sur certaines archives du parti unique, jusqu'à présent inexploitées, l'auteur démontait les étapes de la construction du régime camerounais, ses modes de fonctionnement, son rapport aux groupes sociaux. Dissipant les simplifications abusives dont a fait l'objet le gouvernement Ahidjo, l'un des plus controversés de l'Afrique francophone, il parvenait à cette conclusion qu'il existait au Cameroun une vie politique singulièrement complexe et lourde de sens : l'Etat postcolonial, s'il s'inscrivait bien évidemment au coeur du système économique mondial, n'était cependant intelligible que mis en relation avec les sociétés précoloniales. En d'autres termes, la colonisation et la dépendance n'étaient que des rebondissements dans l'historicité propre des sociétés noires. Par-delà l'analyse d'un régime, c'était une réflexion sur l'Etat et la politique en Afrique qui s'esquissait et que l'auteur a prolongée depuis.

  • Dans ses institutions contemporaines, l'État est volontiers considéré comme un produit d'importation en Afrique et en Asie. De fait, son édification sous cette forme particulière, est le fruit de l'expansion impérialiste de l'Occident et du processus communément qualifié de « globalisation » ou de « mondialisation ». Mais cette greffe s'est-elle soldée par un échec, comme on l'affirme souvent ?
    Cette question, apparemment très académique, est en réalité sous-jacente à la plupart des grands mobilisations qui secouent le monde et émeuvent l'Occident : l'avortement de la revendication démocratique dans nombre de pays du Sud, la poussée de l'islamisme, la montée en puissance du nationalisme hindou, le déchaînement de guerres identitaires dont les opérations de « purification ethnique » semblent être la conclusion logique. Il est tentant de voir dans de tels phénomènes une confirmation supplémentaire de l'impossibilité de la greffe de l'État. Et pourtant certaines de ces péripéties poursuivent paradoxalement l'universalisation des éléments fondamentaux de la civilisation occidentale.
    Au lieu de s'en tenir à ce débat sur la sociologie de l'export-import du politique, il vaut mieux s'interroger sur les processus concrets de formation de l'État. Il n'est pas sûr que les trajectoires du politique en Asie et en Afrique puissent être ramenées à une formule commune d'universalisation, de l'occidentalisation, de globalisation ou, au contraire, de la singularité. En revanche, leur mise en perspective comparative, à partir des cas du Maghreb, d'Israël, de l'Inde et de la Chine, ouvre la voie à une problématisation renouvelée de l'État. La plupart des débats qui l'agitent et défrayent la chronique renvoient à son historicité. Pour mieux déchiffrer ceux-là, il nous faut d'abord mieux comprendre celle-ci.

  • Comment penser le retour en force de la foi sur la place publique, voire des institutions religieuses sur la scène politique ? L'analyse de situations sociales concrètes, contemporaines ou historiques, permet de saisir l'articulation du religieux et du politique au-delà des passions identitaires et des emportements idéologiques qui tiennent le haut du pavé.
    De l'Afghanistan à la Russie, du Malawi au Maroc, ou encore dans la Venise des XV-XVIe siècles, les deux répertoires s'imbriquent souvent, plutôt qu'ils ne s'opposent ou n'entretiennent des relations d'extériorité. Ils partagent d'ailleurs une même ambition : celle de porter le bien commun. Ils mêlent aussi, chacun, l'ordre de l'imaginaire et celui de la raison. Et pourtant le religieux et le politique ne se confondent pas. Ils obéissent à des logiques intrinsèques qui garantissent leur autonomie mutuelle, y compris dans les sociétés dites islamiques, contrairement à l'idée reçue.
    Reposant sur des recherches intensives de terrain ou l'étude minutieuse des archives, cet ouvrage démontre, de manière érudite et ironique, que Dieu et César agissent souvent comme larrons en foire, une fois qu'on leur a rendu ce qui leur revient. Il propose un nouveau paradigme des relations entre religion et politique : celui de la cité cultuelle, qui naît des pratiques rituelles, de plus ou moins forte intensité religieuse, et parfois sécularisées, autant que des idéologies et des politiques publiques. Le débat sur la laïcité s'en trouve éclairé d'un jour inédit et apaisant.
    Ariane Zambiras , sociologue (Berkeley, Université de Californie), a notamment publié La politique inspirée. Controverses publiques et religion aux États-Unis (Karthala, 2014).
    Jean-François Bayart , directeur de recherche au CNRS, enseigne au Graduate Institute (Genève) et dirige la chaire d'Études africaines comparées de l'Université Mohammed VI Polytechnique (Rabat). Il a récemment publié L'islam républicain. Ankara, Téhéran, Dakar (Albin Michel, 2010), Les études postcoloniales, un carnaval académique (Karthala,2010), Sortir du national-libéralisme (Karthala, 2012) et Le plan cul. Ethnologie d'une pratique sexuelle (Fayard, 2014).
    Ont également participé à cet ouvrage Fariba Adelkhah, Claire Judde de Larivière, Kathy Rousselet, Ann Swidler, Mohamed Tozy .

  • Après quelques mois à peine de sympathie, en 1978-1979, la révolution iranienne rassembla contre elle, dans l'opinion occidentale, une sorte de front uni de la répulsion et de la crainte. Depuis la mort de l'Imam Khomeini, les signaux que nous envoie la République islamique, d'apparence plus ambiguë, donnent lieu à des interprétations hésitantes : l'annonce d'une réforme décisive dans le sens de l'ouverture économique est suivie du rappel très officiel que Salman Rushdie est toujours condamné à mort... Qu'en est-il ? Loin des stéréotypes, ce livre nous montre de tout près une société iranienne en pleine mutation, un régime politique en proie à tous les aléas d'une lutte factionnelle féroce mais feutrée, et un État soucieux, après des années d'isolement, de reprendre la place qu'il a toujours ambitionnée dans une région dont il reste l'un des « poids lourds ».

  • A l'intersection de l'anthropologie et de la science politique, ce recueil d'essais emmène le lecteur à Java, dans différentes sociétés africaines, gare Saint-Lazare et faubourg Saint-Antoine. Le lecteur tirera du périple une compréhension renouvelée de l'exercice du pouvoir, de la vie de la marchandise et des pratiques sociales de la globalisation. Accessoirement il ne pourra plus jamais acheter son journal quotidien de la même façon, qu'il soit adepte du "Monde" ou de "Paris Turf".

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