Jean-Michel Maulpoix

  • Irréductible à une définition simple, la poésie incite à réunir autour d'elle une constellation de mots qui l'éclairent par facettes.
    En poète, Jean-Michel Maulpoix convoque donc des verbes qui disent les gestes d'un travail (couper, lier), d'autres qui désignent des mouvements du corps et de la pensée (se retourner, s'en aller) ; des substantifs qui marquent l'étendue d'un champ d'expérience (chair, terre, mémoire, désir), d'un espace préféré (paysage, jardin), ou d'objet (fenêtre, fontaine), ou d'états (fureur, mélancolie) et de formes (alexandrin, ode, fragment)... Une place est même réservée aux pronoms (je et tu).
    C'est ainsi l'expérience humaine qui défile sous nos yeux et déborde du cadre de la page. Peut-être est-ce cela même qu'il faut retenir de cet abécédaire sensible : la poésie est moins faite pour aboutir à un beau livre que pour nous rendre à la vie même.

  • Le premier ouvrage proposant une histoire et une anthologie de l'élégie.
    Qu'entendre par élégie, si ce n'est un poème plutôt plaintif, qui évoque la fuite du temps et déplore la disparition d'êtres chers. Cette définition ne rend pas compte de la variété, la souplesse, la profondeur réflexive de ce genre dont les pages les plus nobles méditent sur le sort commun, évaluent nos raisons d'être, et mesurent le prix réel des biens et des attachements terrestres. Cet ouvrage montre que l'élégie peut être d'une richesse morale et philosophique tout opposée aux stéréotypes moqueurs qui n'y voient qu'un discours larmoyant recueillant les larmes de coeurs blessés dans des mouchoirs mouillés.
    Pour cela, l'ouvrage propose successivement une étude thématique et formelle, une histoire et une anthologie, depuis les origines antiques de l'élégie jusqu'à nos jours.

  • Saint-John Perse, Henri Michaux, Francis Ponge, René Char comptent parmi les plus grandes figures de la poésie du XXe siècle. Explorant chacun un chemin différent, ils témoignent de la diversité de démarches et de formes caractéristique des entreprises poétiques contemporaines. Le simple mot " poème " ne vaut-il pas aussi bien pour les aphorismes de René Char, les coups de gong martelés sur la page par Michaux, l'ampleur solennelle des versets de Saint-John Perse et les " Proêmes " de Francis Ponge ? Chacun d'eux fait valoir une modalité moderne et personnelle de l'expérience poétique : la célébration, l'exploration du " dedans ", l'arrêt sur l'objet et sur le mot, la résistance et la révolte.... Chacune de ces oeuvres ouvre ses horizons propres dans le paysage de la poésie française.

  • "Lorsque mon père puis ma mère disparurent, j'écrivis L'hirondelle rouge, livre dans lequel j'évoquais la fin de leur vie et cherchais à la douleur une issue. Mais la parution de cette suite de proses ne mit pas un terme au travail de deuil : j'écrivis encore, durant plusieurs mois, des pages, parfois violentes, où je devais aussi bien continuer de creuser la plaie d'angoisse ouverte par la perte de mes parents que formuler avec plus de force ce désir de vivre dont l'apparition rêvée d'une hirondelle rouge avait un temps figuré le retour...
    Ainsi est né Le jour venu, d'abord affrontement direct avec l'ombre de la mort qui menace, puis accession à une sorte de paix dans la simple lumière d'un jour qui se lève. Quel est le point commun aux deux faces de ce livre, l'une obscure et l'autre lumineuse, sinon l'idée d'attachement ? L'écriture, qui noue des mots ensemble, veille sur nos liens : attachement aux êtres chers et à leur mémoire, à ce monde et à sa beauté, à la terre qui nous porte comme à la langue que nous parlons et qui permet de maintenir le fil de la présence."
    Jean-Michel Maulpoix

  • À présent qu'ils ont franchi le seuil, j'imagine ce vieil homme et cette vieille femme se retrouvant au fond du grand Jardin, délivrés de leur longue fatigue, oublieux de la laideur de leur nudité, gourmands de pêches, de poires et de melons, près de l'arbre à désir, à savoir et à poèmes. Mon père et ma mère veillant sur les fruits profonds de la nuit, avec des rires et des baisers, de toute leur enfance restée vive, ébouriffant la cendre, leur amour à tout jamais ayant le dernier mot.

    Dans cette Hirondelle rouge, dont le titre fait écho aux toiles oniriques de Joan Miró (L'Hirondelle éblouie par l'éclat de la prunelle rouge), Jean-Michel Maulpoix évoque avec beaucoup de pudeur ses parents disparus. En des tableaux très courts, il dresse d'eux des portraits fragmentaires et intimes. Comment continuer à vivre et à écrire, telles sont les questions que pose le fils et que tente de résoudre le poète.

    "Qu'opposer d'autre à la nuit que la phrase muette du désir ?" Avec une prose poétique inimitable, Jean-Michel Maulpoix livre un récit qui tient autant du tombeau que de l'autobiographie, où l'écriture, la vie et la mort sont étroitement mêlées.

  • Je saute à pieds joints dans les flaques. N'y voyez pas malice, c'est mon bonheur! J'aurai trois ans en juillet : je marche sur le ciel. Je cours derrière les papillons et bavarde avec les fourmis. Pardonnez-moi si j'arrache les pétales des fleurs et fais tomber les livres de la bibliothèque. Je vide et je remplis. Je construis et détruis. Je fais, puis je défais. J'ai compris qu'en cette vie l'on doit répéter sans cesse les mêmes gestes. Il n'y a pas de dieux au ciel, juste un vieux Père Noël fatigué de ses jouets. Que se passe-t-il dans la tête d'un petit garçon? Pour répondre à cette question, Jean-Michel Maulpoix donne la parole à Louis. Et nous voilà transportés, comme par enchantement, dans le monde inconnu d'un enfant de trois ans, à la fois proche et lointain... Sensible, émouvant, souvent drôle, ce Journal d'une enfant sage est le livre d'un écrivain qui sonde les mystères de l'enfance et celui d'un père qui témoigne de sa tendresse infinie pour son fils.

  • "Je me tenais naguère devant la page blanche comme en face de la mer, songeur, fixant le bleu et rêvant de partances. À présent, je m'embarque. Cette vie est une succession de guichets, de barrières à franchir et de zones de transit. "Cahier du jour", "Journal privé", "Carnet d'envols", on lira ici les allées et venues d'un homme dans la prose de son temps. Poussant jusqu'au poème l'influx et les brisures de la prose, assailli de rouge et de noir plutôt que distillant l'azur, comédien de sa propre soif, parvenant mal à distinguer entre l'intime et l'anonyme.

    Essais de voix, récitatifs ou chants brisés, ces pages tracent en définitive un portrait du poète fin-de-siècle, passant, passeur et passager : il fait tomber l'amour dans le domaine public, mais toujours rêve d'un visage où se pencher comme sur une eau claire, non pour y refléter mais pour y boire."

    Jean-Michel Maulpoix.

  • "Je consacrai naguère un petit opuscule au filigrane bleu de l'âme. À la force d'aimantation du large, nos stations prolongées sur les quais, les yeux vers quels lointains tournés ?
    Nous rêvions d'autre chose, inexorablement.
    Ce n'était pas d'Azur diaphane que je parlais : loin des cieux éthérés, toute l'épaisseur et la substance, en nous, de cet instinct de ciel, sa manière par exemple de respirer l'odeur de sel, d'aller pleurer au cinéma, ou de choisir, l'hiver, pour la tiédeur, des pulls et des chemises..."
    Jean-Michel Maulpoix.

  • Chutes de pluie fine Nouv.

    'Mes bagages à peine déposés dans l'une de ces chambres d'hôtel où les sommeils humains se mélangent, ce sont les rues et leurs passants qui me réclament. Je marche à l'aventure, peu soucieux des itinéraires. Un carnet m'accompagne. De vol ou de route, il enregistre. Il retient les phrases de mes pas. La douceur de l'air sur la peau. Ou les méandres compliqués de l'amour et de la pensée. Toutes les villes voyagent dans mon corps.
    En route vers les lointains, je cherche le plus proche. Quelques averses de pluie fine dans l'intervalle... Des chutes de ciel, des chutes de signes : ma table d'écriture et d'orientation.'
    Jean-Michel Maulpoix.

  • Souvent les hommes restent debout près de la mer : ils regardent le bleu. Ils n'espèrent rien du large, et pourtant demeurent immobiles à le fouiller des yeux, ne sachant guère ce qui les retient là. Peut-être considèrent-ils à ce moment l'énigme de leur propre vie.
    L'objet d'Une histoire de bleu est précisément d'explorer ce regard, ce tête-à-tête singulier de l'homme avec une apparence d'infini, ce dialogue hésitant qui se poursuit aussi bien dans l'amour et face à la mort que sous les voûtes des église ou sur les rivages de la mer...
    Autant qu'une méditation, on lira donc dans ces pages le poème de la finitude moderne qui tâtonne à la recherche du sacré dans un monde qui en a perdu l'idée mais en conserve le désir. Semblables au cortège des neuf muses, ce sont ici neuf courts chapitres, réunissant chacun neuf textes, qui invitent à retrouver dans l'équilibre même de leur écriture cette plénitude longuement recherchée.

  • Jean-Michel Maulpoix est l'auteur d'essais sur Henri Michaux (Champ-Vallon), Jacques Réda (Seghers) et, en poésie, de nombreux recueils, dont récemment : La matinée à l'anglaise (Seghers), Limbes (L'apprentypographe), Un dimanche après-midi dans la tête (POL), Dans la paume du rêveur (Fata Morgana), Ne cherchez plus mon coeur (POL).

  • Jean-Michel Maulpoix est l'auteur d'essais sur Henri Michaux (Champ-Vallon), Jacques Réda (Seghers) et, en poésie, de nombreux recueils, dont récemment : La matinée à l'anglaise (Seghers), Limbes (L'apprentypographe), Un dimanche après-midi dans la tête (POL), Dans la paume du rêveur (Fata Morgana), Ne cherchez plus mon coeur (POL).

  • Né à Lunéville en 1929, Jacques Réda est de ces flâneurs à l'instar des écrivains qu'il aime, Fargue ou Cingria, rares dans la poésie présente, qui réconcilient l'aléatoire de la démarche poétique avec un certain réalisme. Ici, pas de dislocation des formes, mais des torsions, des subversions singulières, propres à renouveler les rythmes de la métrique. Les paysages et les passants de Réda n'ont rien à craindre du pittoresque : ils sont ruinés de l'intérieur. On ne saurait dissocier chez ce poète amoureux du jazz le sentiment du désastre de celui de la merveille.

  • Le lyrisme, la prose qui chante, a toujours été le souci majeur, ou le principal tenseur de force, de l'oeuvre de Jean-Michel Maulpoix. L'intersection aussi où se rejoignent le travail critique, la traversée des grandes oeuvres (chez Maulpoix, l'importance par exemple de Michaux pour cette précision aiguisée), et l'implication libre et directe, l'expérience qu'on fait sur soi.
    "Mon coeur est un palais flétri par la cohue / On s'y soûle on s'y tue...", on se souvient de ces vers aussi durs que mâcher du gravier, qui dans les "Fleurs du Mal" suivent aussitôt celui qui ici donne le titre : "Ne cherchez plus mon coeur, les bêtes l'ont mangé."
    C'est bien d'écrire qu'il est question, dans cette marche permanente des textes qui vont vers la ville ou s'y noient, s'absorbent dans les vieux contes et récits de voyages, vont à la rencontre de la mer, ou bien, si c'est l'hiver, le simple appui du front contre une vitre.
    A cette jonction des choses et du sensible, le biais simple où écrire. Une violence sous-jacente en embuscade, la netteté visuelle des maisons et paysages, et puis tout d'un coup cela bascule: il ne s'agit plus que d'écrire, et ce qui se passe dans le temps et le dépli de l'écriture. L'interrogation sur le roman faisant défiler d'étranges personnages pour glisser avec eux dans le fantastique. On ne contournera pas, lorsqu'elle surgit, le contact de la mort - et peu importe que les mots et mains de Rimbaud semblent souvent avoir remplacé alors la griffe de Baudelaire.
    La joie et la fierté d'accueillir pour la première fois en numérique l'oeuvre d'un auteur pivot dans la réflexion sur écrire aujourd'hui, la volonté de poésie et l'exigence haute qu'elle impose à soi-même.
    Jean-Michel Maulpoix est aussi, avec son site maulpoix.net, un des pionniers du web littéraire.

    FB

  • "Quelqu'un marcherait sur la neige, sous un ciel jaune et gris d'hiver. À pas lents, un peu lourds, qui se rapprochent ou qui s'éloignent. Juste une silhouette, enveloppée dans un manteau de laine noire. Un rudiment de signe sombre cerné par la blancheur. Allant, sans que l'on sache pourquoi, ni vers où. Devant lui, nul chemin visible. Seulement l'hiver qui tombe, recouvrant sans un bruit l'empreinte de ses pas sur la neige.
    Quelqu'un marche dans le silence. Quelqu'un s'efface dans l'invisible. Sans paroles, sans parfum. Personne à son côté. Parfois levant la tête. Parfois baissant les yeux. Mais c'est en lui que tombe la neige où il continue de marcher.
    Neige : le nom d'autre chose où chaque pas s'enfonce de son poids d'énigme."

    Jean-Michel Maulpoix

  • Trois événements littéraires sont au coeur de cette édition des Écrits. Le numéro s'ouvre avec quatre textes lus lors la journée d'étude sur « la transmission », qui s'est tenue lors des célébrations des soixante ans de la revue en novembre dernier. On lira d'abord le texte de l'invité d'honneur, Alexandre Prstojevic, puis les contributions de Jean-Pierre Vidal, Guillaume Asselin et Vincent Filteau. On trouvera aussi, au coeur du numéro, les discours de réception de deux nouveaux membres de l'Académie des lettres du Québec, Monique Deland et Rober Racine, accompagnés des textes de présentation des auteurs ayant proposé leur candidature, soit Pierre Ouellet et Marie-Claire Blais. Un dernier groupe rassemble les textes de cinq écrivains qui ont participé au colloque de l'Académie sur « la traduction poétique », organisé par André Vanasse et produit par Nicole Brossard. Un dernier groupe de textes rassemble les contributions de cinq écrivains qui ont participé au colloque de l'Académie sur « la traduction poétique », organisé par André Vanasse et produit par Nicole Brossard.

empty