Jesper Svenbro

  • Pourquoi étudier la lecture ? Récemment, en France, le sujet a suscité une série de travaux de type rhétorique, sociologique, historique et psychanalytique, et l'on sait que les psycholinguistes s'intéressent depuis longtemps à la lecture, et aux méthodes de son apprentissage, fondamentales pour nos systèmes scolaires. Que pourrait apporter une étude consacrée à la lecture en Grèce ancienne à cette recherche axée sur la lecture à l'époque moderne, voire contemporaine ? En choisissant la Grèce ancienne comme terrain d'enquête, on se donne les moyens de voir s'élaborer des pratiques de lecture qui, pour la première fois dans l'histoire, s'appuient sur un alphabet comparable au nôtre. Très tôt, on voit comment l'écriture, dont le but est ici de provoquer une lecture à haute voix, instaure un jeu de pouvoir entre le scripteur et le lecteur, l'instrument vocal qui doit assurer la réalisation de la trace écrite, jugée incomplète parce que silencieuse. Autrement dit, le scripteur est censé se servir du lecteur, parfois tenu de prononcer un "je" qui n'est pas le sien. Les façons dont les Grecs ont compris cette relation de pouvoir, centrée sur la voix lectrice, est le thème majeur de ce livre. C'est aux pratiques sociales, telles que le mariage et la pédérastie, qu'ils ont emprunté les formes dans lesquelles ils ont pensé cette relation. Bien que ces façons de comprendre la lecture soient - par là - assez éloignées des nôtres, elles restent en même temps assez proches pour nous inviter à repenser, en termes sociologiques plutôt que techniques, une question comme celle de savoir pourquoi telle personne ne lit pas, ou ne veut pas lire.

  • Pourquoi étudier la lecture ? Récemment, en France, le sujet a suscité une série de travaux de type rhétorique, sociologique, historique et psychanalytique, et l'on sait que les psycholinguistes s'intéressent depuis longtemps à la lecture, et aux méthodes de son apprentissage, fondamentales pour nos systèmes scolaires. Que pourrait apporter une étude consacrée à la lecture en Grèce ancienne à cette recherche axée sur la lecture à l'époque moderne, voire contemporaine ? En choisissant la Grèce ancienne comme terrain d'enquête, on se donne les moyens de voir s'élaborer des pratiques de lecture qui, pour la première fois dans l'histoire, s'appuient sur un alphabet comparable au nôtre. Très tôt, on voit comment l'écriture, dont le but est ici de provoquer une lecture à haute voix, instaure un jeu de pouvoir entre le scripteur et le lecteur, l'instrument vocal qui doit assurer la réalisation de la trace écrite, jugée incomplète parce que silencieuse. Autrement dit, le scripteur est censé se servir du lecteur, parfois tenu de prononcer un "je" qui n'est pas le sien. Les façons dont les Grecs ont compris cette relation de pouvoir, centrée sur la voix lectrice, est le thème majeur de ce livre. C'est aux pratiques sociales, telles que le mariage et la pédérastie, qu'ils ont emprunté les formes dans lesquelles ils ont pensé cette relation. Bien que ces façons de comprendre la lecture soient - par là - assez éloignées des nôtres, elles restent en même temps assez proches pour nous inviter à repenser, en termes sociologiques plutôt que techniques, une question comme celle de savoir pourquoi telle personne ne lit pas, ou ne veut pas lire.

  • D'où viennent les mythes? Comment se fabriquent-ils? Et comment les comprendre?
    Si Lévi-Strauss oppose le mythe à la poésie, et en fait une structure indépendante de la langue, John Scheid et Jesper Svenbro nous montrent au contraire à quel point les mots, les noms et les objets sont au coeur de l'élaboration du mythe. Car le récit mythique ne se fait pas malgré les mots mais à partir et au moyen d'eux.
    Ce n'est pas par hasard que le périmètre d'Alexandrie a été délimité avec de la farine plutôt qu'avec de la craie : il fallait marquer le caractère nourricier d'une ville appelée à devenir prospère et cosmopolite. Et si la lyre a le pouvoir de sortir Eurydice des Enfers, c'est parce que selon le récit de son invention, elle a été conçue à partir d'une carapace de tortue morte. Car en donnant voix à la tortue qui était jusque-là condamnée à demeurer toute sa vie dans sa maison/tombe, et dont le nom, qui doit être dérivé du latin tartaruca, signifie « bête du Tartare », le mythe inverse le cycle vie/mort en un cycle mort/vie.
    Ces exemples ne résultent pas d'une heureuse coïncidence découverte après coup mais illustrent bien la condition, préalable et parfaitement consciente, de l'élaboration du mythe. De la fondation de Carthage aux exploits d'Héraklès, en passant par le destin tragique d 'OEdipe, John Scheid et Jesper Svenbro nous invitent à une passionnante relecture de grands mythes de l 'Antiquité.

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