Calmann-Lévy (réédition numérique FeniXX)

  • Depuis que le président Bush a eu la maladresse de fêter la chute du mur de Berlin en parlant de l'avènement d'un nouvel ordre mondial, de nombreux massacres régionaux sont venus faire la démonstration que le nouveau désordre mondial, où se conjuguent élans humanitaires et impuissance militaire, est à la fois barbare et ultra-médiatisé, coûteux en vies humaines et en argent : que penser, par exemple, d'une opération de l'ONU au Rwanda ayant coûté 6 millions de francs par mois, sans empêcher le massacre de 800 000 Rwandais ? L'Afrique est, en quelque sorte, le laboratoire où s'expérimentent les stratégies d'intervention de la communauté internationale : un homme comme Ahmedou Ould Abdallah, Africain de naissance et diplomate occidental de formation, a, sur tous ces sujets, un discours d'expérience vécue qui tranche sur la langue de bois droit-de-l'hommiste abstraite. Questionné sans complaisance par Stephen Smith, il décrit exactement ce qu'est la vie quotidienne par temps de massacre, explique concrètement de quoi est faite l'impuissance onusienne, dénonce le piège humanitaire, et la monstruosité voyeuriste de la machine médiatique, analyse la manière dont ingérence et indifférence sont, au fond, les deux faces de la même médaille, et n'hésite pas à affirmer les impasses actuelles de la diplomatie pyromane : Je suis convaincu qu'une forte présence étrangère exacerbe les tensions dans les pays en crise et, loin de les résoudre, pérennise et multiplie les problèmes.

empty