Jules de Goncourt

  • Les frères Goncourt ont laissé à la postérité deux monuments, qui ont quelque peu éclipsé leurs romans : le prix littéraire qui porte leur nom, et leur Journal. Celui-ci commence le 2 décembre 1851, jour du coup d'État de Napoléon III, et s'achève à la mort d'Edmond, en 1896. C'est une inestimable mine d'informations sur la vie littéraire, artistique et politique du XIXe siècle. Habités par un idéal de vérité et de transparence, ils s'y montrent d'une lucidité sans concession, jusqu'à en être fielleux. Ils ne cessent d'exposer leurs contemporains, révélant les secrets, moquant les ridicules. Leur Journal est comme un réseau social avant l'heure.
    Brouillant la frontière du dicible et de l'indicible, ils racontent le sexe, la mort, la violence du temps. Secrétaires de leurs perceptions, sensations, humeurs - et de celles des autres -, ils redéfinissent la notion d'intimité. Ce tombeau littéraire que les deux frères, hantés par la mort, ont édifié pour leur gloire est aussi le mémorial de leurs contemporains.
    Il est temps de redécouvrir ces témoins capitaux que furent les Goncourt.

  • Pendant vingt ans, Flaubert et les frères Goncourt échangèrent des lettres extrêmement précieuses pour comprendre, certes, les " créatures " contradictoires, changeantes et vulnérables, mais surtout les grands artistes qu'ils furent tous trois." Qui révélera mieux que la lettre autographe la tête et le coeur de l'individu ? [...] Seule la lettre autographe sera le confessionnal où vous entendrez le rêve de l'imagination de la créature, ses tristesses et ses gaîtés, ses fatigues et ses retours, ses défaillances et ses orgueils, sa lamentation et son inguérissable espoir. "
    Par ces quelques lignes de la préface de leurs
    Portraits intimes du XVIIIe siècle les frères Goncourt, grands amateurs et collectionneurs d'autographes s'il en est, révèlent tout le prix qu'ils attachent aux correspondances.
    Et de fait, celle qu'ils échangèrent avec leur ami, maître et rival Flaubert au long d'une relation de vingt ans (1860-1880), se révèle, en écho et en opposition parfois à leur célèbre
    Journal, extrêmement précieuse pour comprendre, certes, les " créatures " contradictoires, changeantes et vulnérables, mais surtout les grands artistes qu'ils furent tous trois, artistes qui considéraient la littérature comme un véritable sacerdoce et se percevaient comme les derniers représentants d'un art " pur ", sacré, à l'abri du mercantilisme et de la " blague " moderne : " La pure littérature, le livre qu'un artiste fait pour se satisfaire, me semble un genre bien près de mourir. Je ne vois plus de véritables hommes de lettres, de sincères et honnêtes écrivains que Flaubert et nous " (
    Journal, 9 août 1868).
    Cette correspondance est aussi éminemment instructive (et complète en cela de façon irremplaçable le
    Journal) pour la connaissance du champ littéraire sous le Second Empire et la compréhension des sociabilités d'écrivains, penseurs et artistes.

  • Servante auprès de la très pieuse et respectable Mlle de Varandeuil, Germinie tombe amoureuse de Jupillon, un dépravé notoire, et lui consacre toutes ses économies. Criblée de dettes, rejetée avec violence par son amant, elle sombre dans une vie de débauche et d'ivrognerie.
    À la mort de leur domestique, Rose Malingre, les frères Goncourt découvrent avec effroi qu'elle partageait sa vie entre alcool, orgies et culpabilité dévorante. Ébranlés par cette révélation, ils décident d'écrire un drame misérable, d'une banalité tragique : celui du peuple, jusqu'alors tenu à l'écart de la littérature. « Ce livre vient de la rue », revendiquent-ils en 1864 dans la préface de Germinie Lacerteux, dont le ton cru, clinique, déclencha une vague de dégoût sans précédent chez ses lecteurs. À travers ce roman scandaleux, le naturalisme fait une entrée fracassante en littérature, et y insuffle déjà le frisson moderne.

  • Admirés par Zola mais boudés de leur vivant, Edmond et Jules  de Goncourt sont aujourd'hui reconnus pour leurs talents de  romanciers, et la célèbre Académie créée par Edmond. Mais  ce que l'on ignore, c'est que les deux frères étaient aussi des  passionnés d'histoire. Dans la continuité de leurs oeuvres naturalistes,
    qui mettent souvent en scène la gent féminine, les  deux hommes se sont penchés sur la condition des femmes  qui les ont précédés.
    Dans La Femme au XVIIIe siècle, les  Goncourt décortiquent le quotidien des jeunes filles et les  conséquences d'une éducation souvent oppressante.
    Dans les plus hautes sphères sociales, ils dépeignent une  éducation qui empêche toute spontanéité : grâce factice, éducation  religieuse et stricte du couvent, mariage sans consultation... 
    Sont dépeintes aussi les femmes philosophes, celles  qui tiennent salon, comme Mme de Tencin, Mme de Lambert  ou Mme du Deffand, et les intrigantes prêtes à défaire des  ministères...
    Au sein de la bourgeoisie, la famille limite le passage au couvent  et préfère laisser aux jeunes femmes le libre choix de  leur époux. Enfin, pour reprendre la formule des Goncourt, la  femme du peuple « n'est femme que par le sexe, est peuple
    avant d'être femme ». Pourtant, les archives retrouvées par les  deux écrivains montrent que les actrices et les courtisanes  étaient traitées en égal dans la haute société. 
    Sous la plume vive et précise des frère Goncourt, les femmes  du siècle des Lumières prennent vie sous nos yeux. 

  • Le nom de Mme Du Barry est souvent synonyme de scandale. Quelle fut la vie de la favorite ? Sur un mode souvent grivois, comme il se doit, et avec beaucoup de verve, les frères Goncourt décrivent l'arrivée à la cour, les intrigues, les années fastes et le « luxe de la femme galante » dont témoignent ses comptes et ses factures. La chute n'en est que plus grande : les arrestations, les interrogatoires, la prison puis l'échafaud. Cette biographie est complétée par plusieurs documents, souvent inédits : mémoires des « marchands, ouvriers et fournisseurs », réponses de la Du Barry devant le tribunal révolutionnaire, perquisitions, inventaire des biens. Avec leur sens du détail et leur plume de romanciers, les Goncourt campent un personnage pittoresque et attachant qui a inspiré plusieurs films importants de Lubitsch à Christian-Jaque.

  • Les meilleurs bons mots, maximes et fulgurances glanés dans le Journal des Goncourt par Rodolphe Trouilleux et illustrés par Boll. Les deux frères y prennent alors un autre visage : gouailleurs, acerbes, érotomanes, voyous...
    Ces perles, accompagnées d'un appareil critique pertinent, nous offrent le portrait sensationnel de deux des plus grands acteurs de la littérature française du XIXe siècle.
    Rodolphe Trouilleux sélectionne ici le plus piquant du fameux Journal et nous plonge dans le Paris XIXe siècle.
    Boll quant à lui, est dessinateur de presse (Livres Hebdo, Les Échos, Paris-Match) et auteur de plusieurs livres publiés chez Grasset, le Tripode, Larousse ou le Seuil.

  • Voici l'histoire de la splendeur et de la décadence d'un homme de lettres et d'un homme du siècle, Charles Demailly, triste héros qui, après avoir tenté trois fois sa chance, dans le journalisme, la littérature et le mariage, finit son existence dans un asile de fous. Dans ce roman à clés paru en 1860, les frères Goncourt s'attaquent à la bohème littéraire, incarnée par la presse à scandale - ce «monde carotteur de la pièce de cinq francs», affairiste et malhonnête, qu'ils dénoncent dans leur Journal. En mettant en scène, sous des noms d'emprunt, leurs contemporains - Théodore de Banville, Théophile Gautier, Jules Barbey d'Aurevilly ou encore Gustave Flaubert -, ils nous plongent dans l'intimité d'un cercle de lettrés. Ils dressent, enfin, une véritable cartographie du plaisir parisien, et nous promènent dans les théâtres, les bals et les cafés, partout où règne la «blague», parole vide et gonflée d'air comme la blague à tabac qui lui a donné son nom. Si Charles Demailly déchaîna les foudres des critiques - Adolphe Gaïffe s'opposa à sa parution, «au nom de l'honneur des lettres et de la considération du journalisme » -, il n'en demeure pas moins une pièce fondatrice de l'oeuvre des Goncourt. Ainsi que l'écrivait George Sand aux deux frères : «Votre livre est très beau, et vous avez un grand, un énorme talent. »

  • Madame Gervaisais Nouv.

    Élevée à coup de philosophie et de sciences, Madame Gervaisais a tout d'une femme instruite à l'esprit sain. Mais lorsque son jeune fils tombe malade en plein Rome, une guérison miraculeuse la fait basculer dans la dévotion mystique. Elle se convertit au catholicisme et se livre aux manipulations et tortures psychologiques du Père Zibilla. Alors qu'une folie religieuse s'est emparée d'elle, l'arrivé de son frère à Rome s'apprête à confronter ses croyances à l'origine de son mal...

    Écrit par les frères Goncourt, ce roman naturaliste dresse le portrait d'une Rome aux églises trop ténébreuse, de ses ruines, de son histoire, et de l'omniprésence nocive des « fanatiques religieux ».



    Les frères Jules (1830-1870) et Edmond (1822-1896) Goncourt sont des écrivains français à l'origine de l'académie Goncourt. Jules se consacre en partie aux ouvrages historiques, pour finalement se tourner vers la littérature, et plus particulièrement vers le mouvement naturaliste.
    Ami de Tourgueniev, Gustave Flaubert, Alphonse Daudet, Émile Zola, ou encore Guy de Maupassant, Edmond anime avec son frère un salon littéraire informel tous les dimanches baptisés le « Grenier » où se réunissent notamment Maurice Barrès, Alphonse et Léon Daudet, Gustave Geffroy, Roger Marx, Octave Mirbeau, Auguste Rodin, Émile Zola.Les frères Goncourt écriront six romans en commun, dont « Germinie Lacerteux » (1864), « Manette Salomon » (1867) et « Madame Gervaisais » (1869), avant la mort de Jules des suites d'une paralysie générale progressive.

  • Edmond (1822-1896) et Jules (1830-1870) de Goncourt ont publié, en commun, parmi d'autres écrits, des romans, dont emph{Germinie Lacerteux} (1864) et emph{Madame Gervaisais} (1869). Après la mort de Jules, Edmond publiera quatre autres romans, dont emph{La Fille Élisa} en 1877. Mais ils sont surtout connus aujourd'hui pour un Journal (c'est Edmond qui en a écrit les trois quarts), véritable document sur la vie littéraire et culturelle de l'époque. Le Journal, dans son intégralité, n'a paru qu'en 1858. Extrait: Jugeant que ces plaisirs devaient suffire à Sempronie, jaloux d'ailleurs de l'avoir toute à lui et toujours sous la main, M. de Varandeuil ne la laissait se lier avec personne. Il ne l'emmenait pas dans le monde ; il ne la menait chez leurs parents revenus de l'émigration qu'aux jours de réception officielle et d'assemblée de famille. Il la tenait liée à la maison : ce fut seulement à quarante ans qu'il la jugea assez grande personne pour lui donner la permission de sortir seule. Ainsi nulle amitié, nulle relation pour soutenir la jeune fille : elle n'avait plus même à côté d'elle son jeune frère parti pour les États-Unis et engagé au service de la marine américaine.

  • Edmond (1822-1896) et Jules (1830-1870) de Goncourt ont publié, en commun, parmi d'autres écrits, des romans, dont emph{Germinie Lacerteux} (1864) et emph{Madame Gervaisais} (1869). Après la mort de Jules, Edmond publiera quatre autres romans, dont emph{La Fille Élisa} en 1877. Mais ils sont surtout connus aujourd'hui pour un Journal (c'est Edmond qui en a écrit les trois quarts), véritable document sur la vie littéraire et culturelle de l'époque. Le Journal, dans son intégralité, n'a paru qu'en 1858. Extrait: Et cependant son fils, dans l'atrophiement de son cerveau et de sa langue, montrait, en grandissant, une faculté, un sens rare et unique, un véritable génie musical d'enfant, une précocité de prodige pour saisir, comprendre, retenir, goûter, savourer ce qu'il entendait. La musique devenait sa passion, le plaisir, l'intérêt, l'expansion de sa vie rétrécie et incomplète ; et avant de l'emmener en Italie, la plus grande joie que la mère pouvait donner à l'enfant, joie qu'il attendait dans la fièvre, c'était de le mener, tous les mardis, à l'Opéra. Le lendemain, Pierre-Charles passait obstinément sa journée entière, enfermé dans le cabinet aux robes, à tambouriner sur les vitres tous les grands morceaux de la veille.

  • Edmond (1822-1896) et Jules (1830-1870) de Goncourt ont publié, en commun, parmi d'autres écrits, des romans, dont emph{Germinie Lacerteux} (1864) et emph{Madame Gervaisais} (1869). Après la mort de Jules, Edmond publiera quatre autres romans, dont emph{La Fille Élisa} en 1877. Mais ils sont surtout connus aujourd'hui pour un Journal (c'est Edmond qui en a écrit les trois quarts), véritable document sur la vie littéraire et culturelle de l'époque. Le Journal, dans son intégralité, n'a paru qu'en 1858. Extrait: Enfin l'ordre est donné d'introduire l'accusée. Des gens, pour mieux voir la souffrance et la décomposition de son visage, à la lecture de l'arrêt, sont montés sur les banquettes. La fille Élisa, d'un bond, apparaît sur la petite porte avec un regard interrogateur fouillant les yeux du public, lui demandant de suite son destin. Les yeux se baissent, se détournent, se refusant à lui rien dire. Beaucoup de ceux qui sont montés sur les banquettes redescendent. L'accusée s'assied, s'agitant dans un dandinement perpétuel sur le grand banc, le visage dissimulé, les mains croisées derrière le dos, comme si déjà elle les avait liées et que la femme fût bouclée.

  • Il nous parle de l'ennui que lui cause la peinture, de l'indifférence qu'il apporte à la réussite d'un tableau, en même temps qu'il s'entretient bavardement du goût qu'il a à écrire, du petit battement de coeur à son réveil, de la petite fièvre à laquelle il se reconnaît apte à la composition d'un bouquin, et malheureusement des longs intervalles, et des années qui séparent un livre d'un autre, en sorte que lorsqu'il se remet à la copie, il est incertain s'il sait encore écrire.

  • Cinquième tome d'un témoignage passionnant de deux personnages au coeur de la vie littéraire du XIXème siècle, regroupant observations politiques, propos entendus dans les diners mondains et les salons, récit des succès ou des échecs des prochains livres ou pièces de théâtre.

  • Sixième tome d'un témoignage passionnant de deux personnages au coeur de la vie littéraire du XIXème siècle, regroupant observations politiques, propos entendus dans les diners mondains et les salons, récit des succès ou des échecs des prochains livres ou pièces de théâtre.

  • Quatrième tome d'un témoignage passionnant de deux personnages au coeur de la vie littéraire du XIXème siècle, regroupant observations politiques, propos entendus dans les diners mondains et les salons, récits des succès ou des échecs des prochains livres ou pièces de théâtre.

  • Trisième tome d'un témoignage passionnant de deux personnages au coeur de la vie littéraire du XIXème siècle, regroupant observations politiques, propos entendus dans les diners mondains et les salons, récit des succès ou des échecs des prochains livres ou pièces de théâtre.

  • Neuvième tome d'un témoignage passionnant de deux personnages au coeur de la vie littéraire du XIXème siècle, regroupant observations politiques, propos entendus dans les diners mondains et les salons, récit des succès ou des échecs des prochains livres ou pièces de théâtre.

  • Premier tome d'un témoignage passionnant de deux personnages au coeur de la vie littéraire du XIXème siècle, regroupant observations politiques, propos entendus dans les diners mondains et les salons, récits des succès ou des échecs des prochains livres ou pièces de théâtre.

  • « La Bourgeoisie n'est plus au dix-huitième siècle le monde d'affranchis et d'enrichis, sans droits et sans nom, à la bourse duquel le Roi et la guerre sont obligés de recourir. De règne en règne, elle a grandi. Peuple sous Philippe le Bel, elle est le troisième corps ou ordre de l'État sous Philippe de Valois. Et de Philippe de Valois à Louis XV, elle gagne tout, elle mérite tout, elle achète tout, elle monte à tout ; vérité méconnue, et pourtant attestée par tous les faits. Henri IV, Richelieu, Louis XIV l'élèvent contre la noblesse ; et chaque jour du siècle qui commence à la mort de Louis XIV, pour finir à la Révolution, élargit sa place dans l'État et lui apporte une domination nouvelle. Elle remplit les douze parlements, les cours des aides, les chambres des comptes. Les emplois de judicature et de plume, les sénéchaussées et les bailliages lui sont dévolus. Elle a dans l'armée le quart des officiers ; elle a dans l'Église un nombre prodigieux de cures, de canonicats, de chapelles, de prébendes, d'abbayes séculières.
    L'administration est son patrimoine. Elle fournit les commissaires des guerres, les chefs des divers bureaux, les employés des vivres, des ponts et chaussées, les commis de tout genre.
    De l'avocat jusqu'au chancelier, la magistrature lui appartient absolument.
    Toutes les secrétaireries d'État semblent son apanage. Le ministère et les conseils d'administration, depuis le subdélégué jusqu'à l'intendant, depuis les maîtres des requêtes jusqu'aux sous-ministres, sont sa propriété et son héritage.
    Mais au-dessus de cette autorité directe, au-dessus de l'accaparement des emplois, de l'envahissement des charges, de l'exercice et de la possession de presque tous les pouvoirs de l'État, le Tiers Ordre du Royaume trouvait dans son génie et dans ses aptitudes la source d'une influence moins immédiate, mais plus haute encore et plus considérable. Toutes les gloires bien-aimées de la France, le plus grand éclat de ce siècle, les arts, les lettres, lui apportaient leur popularité, et lui donnaient le gouvernement moral de l'opinion publique. Et ce n'était point encore assez pour cette domination du Tiers État, dont 1789 ne devait être que la reconnaissance et la consécration légale. Cet Ordre de l'argent, né de l'argent, grandi et parvenu par l'argent, monté aux charges par la vénalité des charges, régnait par cette carrière d'argent, le commerce : un commerce dont la balance de quarante-cinq millions était en faveur de la France. »
    Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.

  • Cette soeur s'appelait, de son nom de religion, soeur Philomène.
    Son nom, sur son acte de naissance, était Marie Gaucher.

  • Extrait : "Un peu plus loin, grimpait un interne de la Pitié, en casquette, avec un livre et un cahier de notes sous le bras. Et presque à côté de lui, sur la même ligne, un ouvrier en redingote, revenant d'enterrer un camarade au Montparnasse, avait encore, de l'enterrement, trois fleurs d'immortelle à la boutonnière."

  • Huitième tome des Mémoires de la vie littéraire des illustres frère Goncourt : 1889- 1891

  • Poète de l'Art d'aimer du temps », voilà comment les Goncourt définissent Jean-Honoré Fragonard (1732-1806), un des artistes les plus importants de sa génération, qui a pourtant failli plonger dans l'oubli, dépassé par l'influence grandissante du mouvement néo-classique dans la deuxième moitié du XVIIIème siècle. Peintre de l'amour et de la volupté, il a également donné naissance à une oeuvre riche et plurielle ; peintures historico-mythologiques, scènes galantes et religieuses, portraits et paysages, le génie de Fragonard ne connaît ni école ni contrainte. De son geste rapide et aérien, il capture l'essence de son époque, une douceur de vivre et une insouciance propres à l'Ancien Régime, illustrant de la plus belle des manières un certain esprit français, à la fois raffiné et décadent.

  • En 1858, quand paraît Histoire de Marie-Antoinette, le nom de Goncourt n'est encore qu'un balbutiement. Edmond n'a pas encore fait publier ses romans les plus célèbres. Ce n'est qu'après la mort de ce celui-ci, en 1896, que finira de paraître Le journal, oeuvre témoignage d'une vie et de son siècle.
    Naturaliste, l'oeuvre des Goncourt, privilégie le document. Soucieuse de vérité, leur littérature réclamait une précision toute historienne. C'est très certainement là, dans l'oeuvre préparatoire aux livres qu'ils rêvaient d'écrire, que les deux frères ont pris goût à l'Histoire.
    Pionnière, la biographie qu'ils consacrent à Marie-Antoinette est résolument moderne. Cernant à merveille les complexités du personnage ; ayant compris l'ironie cruelle du destin de Marie-Antoinette : femme capricieuse, icône superficielle, égérie triste ; puis, pour finir, héroïne courageuse lorsque sonne le malheur ; les deux frères dressent un portrait nuancé de la souveraine. En décalage avec son temps, femme mal à l'aise à la cour, conseillère mal inspirée de son mari, Marie-Antoinette ne cessa d'être en décalage, vis-à-vis de ses contemporains, puis, plus tard, vis-à-vis de ses commentateurs.
    Amoureux du personnage, au sens littéral du terme ; soucieux de réhabilitation ; inclinant, par idéologie, vers les thèses royalistes ; les frères laissent à la postérité un livre terriblement actuel. Femme maltraitée par sa propre naissance, fillette tout juste bonne à marier, reine légère, femme se sauvant par la maternité, héroïne suicidaire et suicidée, c'est ce portait que dresse les deux frères. À contre-courant des livres la faisant ange ou diablesse ; bien plus subtils que tous autres biographes avant eux, Edmond et Jules Goncourt révolutionnent complètement ce qu'il faut penser de ce personnage légendaire.

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