Linda Lê

  • Les sept péchés capitaux, ce n'est pas seulement de la théologie, c'est aussi de la littérature. Il fallait Linda Lê, l'autrice de Lame de fond, pour nous raconter la vérité et la folie du courroux.
    "À côté des bilieux qu'il faudrait seulement purger de leur humeur acariâtre, il serait instructif de placer ces tragiques figures d'une colère impuissante face à Dieu (ou à son absence), face à ce qui est perçu comme une injustice, comme une atteinte à leur liberté, leur intégrité quand elles subissent les coups de boutoir de la réalité : ces guerriers n'écrivent, ne vivent, ne s'exposent qu'à seule fin de se dresser contre ce qui les meurtrit ou les indigne.

  • « Je n'ai jamais été bavard de mon vivant. Maintenant que je suis dans un cercueil, j'ai toute latitude de soliloquer. Depuis que le couvercle s'est refermé sur moi, je n'ai qu'une envie : me justifier, définir mon rôle dans les événements survenus, donner quelques clés pour comprendre les tenants et les aboutissants de ce qui n'est qu'un fait divers. Je n'ai pas un penchant au regret, mais il me faut faire mon examen de conscience, si inutile qu'il soit désormais. Le souvenir que je laisse est celui d'un partisan des solutions hybrides, habitué à ajourner, soucieux de n'exaspérer personne, de ne pas empirer les choses en manquant de diplomatie. Je ne suis pas un de ces vieux hiboux formalistes, ni un de ces faiseurs d'embarras toujours persuadés d'être supérieurs à tout le monde. Non, j'ai veillé à ne pas incommoder mes proches, pas seulement par horreur des dissensions domestiques, mais parce que je ne suis pas un homme à problèmes. »

  • Une femme s'adresse à sa mère. Sa mère qui vient de mourir, sa mère qui répétait, les derniers mois de sa vie, comme un refrain de liberté : Je ne répondrai plus jamais de rien. Quelles raisons, quels mystères justifiaient cette phrase obstinée ?
    Linda Lê explore les rapports qui lient une mère et sa fille, abandonnées par un « mari » qui a refusé d'être un « père ». Cet homme n'a jamais renoncé à son amante, additionnant le mensonge à l'esquive ou la tricherie. Comment répondre à la rivalité ? Comment ne pas céder à la mélancolie destructrice, relever le défi, refuser la défaite ?
    C'est l'histoire d'un homme qui conquiert avant de fuir. C'est l'histoire d'une femme qui semble avoir pardonné, parce qu'il est si difficile d'aimer. C'est l'histoire d'une fille qui se rebelle et cherche la vérité. C'est enfin l'histoire d'Adrien, le compagnon présent, traducteur et peintre bienveillant, un homme qui est là. Par ce quatuor de personnages, Linda Lê nous donne un condensé de l'humanité, décrivant les émotions les plus secrètes, éclairant les instincts de survie. Écrire comme acte libératoire.

  • Une femme s'est donné la mort un matin de printemps. Elle laisse derrière elle quatre livres qui sont autant d'énigmes pour les deux hommes qui l'ont aimée, deux frères ennemis devenus des inconsolés. Le narrateur, lui-même écrivain, est celui qui l'a approchée le premier ; il trace le portrait d'une séditieuse, créant, envers et contre tout, une oeuvre où la concession n'a pas cours. Tombeau d'une irréductible, éloge d'une maquisarde, ce récit de deuil est aussi une confession où l'amour, la rivalité, la recherche obstinée de la vérité offrent des visages multiples. La quête de l'autre, le sacrifice consenti à la littérature, la ronde des fantômes qui demandent à renaître : en s'interrogeant sur le départ, sans un adieu, sans une lettre, de cette amante qui l'a révélé à lui-même, le narrateur fait retour sur soi, et c'est avec une lucidité teintée d'humour qu'il se dépeint à travers ses tâtonnements littéraires et ses algarades avec son frère, destiné à être son rival. Et peut-être, au bout du compte, le pari qu'il relève est-il de dire la passion pour un être qui a conservé jusqu'au bout son mystère, et de vaincre la mort par les mots.

  • « Répondant à une enquête sur le nationalisme et la littérature, André Gide fit valoir que la France dans laquelle il vivait devait beaucoup à "un confluent de races" : il était à considérer que les plus grands artistes sont le plus souvent des "produits d'hybridations et le résultat de déracinements, de transplantations". La valeur d'un homme, d'après Gide, se mesure au degré de dépaysement, physique ou intellectuel, qu'il est capable de maîtriser... » Sur le thème de la place de l'étranger et de l'exil sous toutes ses formes, cet essai revient sur certaines figures de la littérature mondiale : Gombrowicz exilé en Argentine, Cioran et Benjamin Fondane changeant de pays et de langue, mais aussi Marina Tsvetaeva ou Alejandra Pizarnik, en rupture totale avec ce qui les entourait, et bien d'autres écrivains qui ont vécu en faisant sécession, qu'ils aient quitté leur pays ou n'aient pas bougé de chez eux.


  • Écrire pour donner la vie ; après le triomphe de Cronos, Linda Lê s'approprie l'écriture autobiographique dans un exercice de liberté d'une puissance étourdissante.

    L'essai d'Élisabeth Badinter intitulé Le Conflit soulignait, l'an passé, la dureté de l'injonction faite aux femmes par l'obligation non seulement d'être mères, mais de l'être absolument, dans un fantasme de perfection typique d'une société où la sphère privée est devenue un spectacle permanent. En écrivant à l'enfant qu'elle a choisi de ne jamais concevoir, Linda Lê s'affranchit du monde en général pour poser un regard strictement personnel sur sa volonté de ne pas devenir mère. Ce travail autobiographique lui permet d'éclairer les premiers jalons qui, dans l'enfance, préparent l'expression de sa liberté d'adulte. La figure étouffante de la mère et une adolescence passée dans un monde exclusivement féminin contribuent à forger un désir de soi, aussi évident que douloureux à porter dans le regard de l'autre, et plus particulièrement de cet homme, S. Car l'homme qu'elle aime veut avoir des enfants. Chaque jour il tente de lui montrer que son refus se fonde sur l'erreur : erreur d'analyse, trop intellectuelle ; erreur ontologique d'un égocentrisme qui aurait mal tourné ; erreur personnelle, d'une peur jamais confrontée, etc. La narratrice, elle, en lieu et place d'idées toutes faites, voit défiler de simples images, précises et palpables : celle d'un enfant qu'elle ne saurait pas aimer, quelle que soit son identité, et celle d'un écrivain qui perdrait forcément la sienne à l'éduquer. " On ne part pas à la conquête du Graal avec une poussette ", écrivait Karen Blixen. Et là où l'expression de la liberté devient intolérable aux yeux des notaires de ce monde exigeant une conversion systématique au modèle de la famille, la narratrice écarte toute forme de dureté, toute prétention à une règle édifiée à d'autres qu'elle-même. Bien au contraire, c'est toute la douceur de son amour qu'elle offre à cet enfant qui n'existera jamais, mais vit sans cesse, à chaque seconde, dans l'imaginaire lumineux de sa conceptrice.

  • « De quoi souffres-tu ? De l'irréel intact dans le réel dévasté. » Ces mots de René Char auraient pu servir d'exergue à ce livre des nuits, de la déraison et des passions qui exilent : une femme vient d'échapper à la mort, elle part à la recherche de cet Autre qui lui tiendrait lieu de frère de substitution, de jumeau perdu et retrouvé, de double sublimé. Elle le découvrira peut-être en la personne d'un inconnu nommé Roman.

  • Reeves C. est retrouvé mort dans un hôtel. Il voulait être écrivain. Il ne fut que le mari d'une romancière célèbre. Il lui disait : « Il ne faut pas aimer son double, car c'est un amour qui naît d'un oubli momentané de la haine qu'on a pour soi. »
    Le Professeur T. s'est pendu dans la cave de son immeuble. Avant de mourir, le Professeur T. avait écrit dans son journal : « Chacun porte en soi un frère assassiné, il faut vivre en le ménageant. »
    Dans la nuit du 14 août 1990, Klara W. se jette du haut d'un immeuble de La Défense. Dans son agenda, elle avait noté ce bref dialogue extrait d'un film : « -ne vous en faites pas, je m'en vais. - Où ? - En moi-même. »
    Vinh L. se prépare à rentrer dans son pays. Auparavant, il écrit dix lettres, dans lesquelles il révèle que, pour survivre, il a mangé de la chair humaine.

  • Écrire, c'est aussi reconnaître sa dette d'amour envers ceux que René Char appelle les alliés substantiels, c'est lire des épitaphes cryptées, aborder des îlots de solitude, déserter l'ici et maintenant en glissant sur des luges de nuit pour gagner les frontières de l'invisible avec comme guides des émissaires de l'autre côté. Ces pages, roman d'une lectrice, sont des hommages aux maquisards qui ont fait oeuvre délictueuse, s'assignant le but de renverser les normes, de lancer des brûlots au flanc de l'académisme, d'exorciser les peurs et de proposer au lecteur un voyage où il se débarrassera de sa pusillanimité, de ses préjugés, et se laissera emporter par une bourrasque vers des territoires inconnus.

  • Au cours d'un séjour au Havre, un jeune journaliste découvre un livre d'un mystérieux écrivain nommé Antoine Sorel. La lecture de ce roman le bouleverse, il s'interroge sur son auteur, dont il sait seulement qu'il a vécu toute sa vie dans cette ville portuaire. Le lendemain de sa découverte, il apprend la mort, à quarante-cinq ans, de l'écrivain. Pour payer sa dette de lecteur, et parce que, pense-t-il, la mort ne doit pas avoir le dernier mot en littérature, il décide de ressusciter Antoine Sorel à travers un livre d'hommage. En rencontrant ses proches, en faisant sienne la forme d'une ville, en enquêtant auprès des femmes que Sorel a aimées, il ne cherche peut-être pas seulement à assurer le salut de l'écrivain, mais aussi le sien. Livre des solitudes et de la quête des origines, ce roman est d'abord celui de la ferveur et de son pouvoir de résurrection.

  • A l'aube d'une matinée d'avril, Louis s'introduit chez Philippe. Que cherche-t-il ? Par quel stratagème ce même Louis va-t-il captiver à la fois Xavière, une jeune fille de dix-sept ans, et sa mère, riche veuve qui promène sa douce folie dans les jardins d'un grand hôtel de Taormine ? Entre Philippe, l'étudiant sans histoires, et Louis, le beau ténébreux, un duel s'engage. L'un devient le nègre de son propre livre, l'autre se métamorphose en imposteur. La mascarade de la séduction a commencé. La vanité, le mensonge guident les pas de ces êtres rongés par la passion de se consumer et qu'un feu follet suffit à embraser. Un si tendre vampire est un conte sur l'imposture littéraire et un roman sur la comédie des sentiments.

  • Quinze ans que nous nous sommes perdus de vue. J'avais tout bonnement oublié son existence. Les nièces fininssent toujours par se rappeler à vous. Gamines, elles vous montrenht leurs cuisses nues et leur dent de travers, elles laissent dans leur sillage une odeur de vice mal éclos. Quand elles sont en âge de séduire, elles vous oublient, mais à la première crise, elles viennent vous demander de légitimer leur existence. Elles font appel à l'oncle comme une diva fait appel à son plus vieil admirateur. Parler de soi sans intention calomnieuse? Autant cracher dans un puits vide. Ici, on abuse de sentimentalité, mais les baisers sont à l'arsenic. Ici, on ne respecte que le protocole du dégoût, on ne joue qu'à l'ombre du mancenillier, car aller à la recherche de ses origines, c'est commencer une entreprise de démolition.

  • Die Autoren legen beispielhafte Analysemethoden von Social-Media-Daten dar: deskriptive und Data-Mining-Methoden. Mit deren Hilfe werden kundenorientierte Geschäftsmaßnahmen eingeleitet und ein stetiges Abwägen zwischen vollautomatisierten und manuellen, kostenintensiven Reports gesteuert. Das Werk liefert eine Übersicht zu aktuell diskutierten Themen wie begleitende Emotionen, Vernetzung der interagierenden User oder Verbindung von Themen. Als Gewinn für ein Unternehmen müssen die Analysen durch eine strategische Prozedur geleitet werden, um Erkenntnisse in konkrete Handlungsempfehlungen zu überführen. Neben den Potenzialen durch die Anwendung komplexerer Analysemethoden gibt es auch konzeptionelle, technische und ethische Herausforderungen, wie die Autoren veranschaulichen.

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