Lucette Valensi

  • De l'avènement de l'islam à la fin de la période coloniale, juifs et musulmans ont partagé en Algérie une longue histoire qui s'achève en 1962 avec l'indépendance du pays. Si en 1954 on y comptait environ 130 000 juifs répartis sur 250 communes, il n'en reste presque plus aujourd'hui. Pourquoi cette coexistence entre juifs et musulmans a-t-elle duré ? Pourquoi a-t-elle pris fin ?

    Juifs et musulmans ont vécu ensemble les grands mouvements de l'histoire du Maghreb central, devenu l'Algérie : les débuts de l'islam et la compétition entre dynasties rivales au Moyen Âge, l'intégration à l'Empire ottoman entre le XVIe et le XIXe siècle, la colonisation française à partir de 1830 et, pour les juifs, le décret Crémieux de 1870 , les lois antijuives du régime de Vichy, la guerre d'Algérie enfin. La fin de la présence française en 1962 est aussi celle de la majorité des juifs.

    Historienne réputée du Maghreb, Lucette Valensi s'attache à comprendre sans parti pris les relations que juifs et musulmans ont entretenues, faites de domination marquée et de violences sporadiques exercées sur la minorité juive, mais aussi et plus longuement de contacts, d'échanges et de paisible collaboration.

  • L'Histoire peut-elle saisir "l'étoffe dont nos rêves sont faits" ? L'étoffe, le mot dit bien l'entrelacement, la trame, l'épaisseur du voyage peu ordinaire auquel nous convie Lucette Valensi.
    L'expédition commence par un événement d'écriture : six petits versets de l'Evangile selon saint Matthieu énonçant le départ de la Sainte Famille pour l'Egypte afin d'échapper à Hérode, puis son retour en Palestine. Cette courte séquence va engendrer un véritable monde fait de textes (les évangiles apocryphes, les traditions musulmanes, La Légende dorée, etc.), d'images (l'iconographie chrétienne et musulmane et la peinture européenne), de musiques (tel le récent opéra, El Niño, de John Adams) et, enfin, des lieux, des géographies sacrées concurrentes. Ce cosmos textuel et imagier est en expansion, il passe les rives de la Méditerranée, va d'Orient en Occident, traverse le temps en s'enrichissant, monde de rencontre, de diffusion, de transformation dans des contextes culturels différents. Il ne s'agit pas, pour l'historienne, de suivre la fortune d'un texte ou d'un thème iconographique, mais bien de se placer au confluent des textes et des espaces, des textes engendrant des espaces, des traditions et des sociétés, dans une histoire totale grosse de passages, de ponts et de routes. L'Histoire n'est peut-être pas à la hauteur de nos rêves, mais, à coup sûr, elle accompagne l'homo viator sur ces chemins.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Le retard de l'Afrique du Nord sur l'Europe, pose un problème que l'auteur de ce volume tente d'éclairer par une analyse des formes économiques et sociales du Maghreb pré-colonial, et de ses relations avec le reste du monde. D'autres questions ont alimenté de nombreuses polémiques, auxquelles historiens, géographes, sociologues, anthropologues, ont participé : le sens de l'expédition d'Alger, la nature des états barbaresques, le rôle de l'Islam. etc.

  • L'Islam nous accuse. On mesure, dans ses griefs, le poids des troubles du dernier demi-siècle, décolonisation, conflit palestinien, question du Cachemire, mobilisation contre le communisme. Mais y a-t-il des causes plus lointaines, des blessures plus profondes ? Le discours islamiste le dit, invoque le Prophète et la génération fondatrice, énumère la litanie des offenses subies quatorze siècles durant, invite les peuples musulmans à n'en rien oublier, y trouve les raisons compulsives de ses combats.
    Il ne s'agit pas de balayer ce discours identitaire, mais de constater qu'il est tenu par de jeunes générations musulmanes plus au fait de l'Occident honni que des traditions de l'Islam. On met donc en lumière dans un premier temps certains des mécanismes fondamentaux de l'État islamique ancien et de ses rapports avec la foi - mécanismes irréparablement brisés par la modernité. On insiste ensuite sur l'ampleur de l'esprit de " réforme ", d'adaptation à la modernité depuis le XIXe siècle, et sur son échec aussi surprenant que relatif. Dans une conclusion à deux voix, les auteurs tombent enfin d'accord sur le modernisme des mouvements islamistes, et sur l'héritage tiers-mondiste qu'ils pervertissent.

empty