Marie-Cécile Guernier

  • Dès les années 1970, les recherches en didactique du français se développent dans différents espaces institutionnels. À l'université, elles se libèrent peu à peu de divers champs scientifiques, tels ceux de la linguistique appliquée, de la psychopédagogie, des sciences de l'éducation, ou des études littéraires qui, toutes, deviennent disciplines contributrices. Hors de l'université, les recherches en didactique du français se développent dans des organismes, comme en France, l'INRDP (devenu INRP en 1976 puis IFÉ en 2010). En Suisse, l'IRDP, fondé en 1970, et les centres de recherche cantonaux contribuent à leur essor, tout comme en Belgique francophone, le CEDOCEF (Centre d'Études et de Documentation du français) et la cellule « français » du CAF (Centre d'Autoformation et de Formation continuée). Ces recherches prennent des formes diverses : recherche-action, recherche-innovation, recherche expérimentale, recherche-développement. La didactique du français s'étant donné pour objets d'analyse « les contenus (savoirs, savoir-faire...) en tant qu'ils sont objets d'enseignement et d'apprentissage, référés/référables à des matières scolaires » (Reuter, éd., 2007 : 69), son développement est aussi lié à l'évolution de l'enseignement du français au sein de l'institution scolaire et à la prise en compte des questions concernant la formation des enseignants. Chaque réforme de programme ou de la formation des enseignants crée un nouveau contexte à comprendre et à analyser. La question de l'incidence des aspects institutionnels sur le champ de la didactique du français est donc centrale. Ce sont ces liens entre le contexte institutionnel et politique et le développement de la recherche en didactique du français que le volume 10 de la collection « Recherches en didactique du français » de l'AIRDF explore.

  • Cet ouvrage s'intéresse à deux catégories d'élèves qui connaissent des formes différentes d'exclusion scolaire : des élèves de lycée professionnel, exclus des sections générales et technologiques à la suite d'une orientation en fin de classe de troisième des élèves qui, après avoir décroché et été exclus de l'école, en ont repris le chemin et raccrochent. Leur rapport à l'écriture, omniprésente à l'école, est au centre de leurs difficultés. L'ouvrage propose une enquête systématique auprès de lycéens professionnels. Ce qu'ils savent et ne savent pas faire est abordé à travers le cas de l'orthographe. Sont également appréhendés leur intérêt pour les textes et l'écriture, ainsi que leurs représentations des exigences scolaires. Ce livre propose aussi deux études de cas menées auprès de décrocheurs, et qui donnent à voir les stratégies déployées par ces jeunes pour se réapproprier leurs études après un abandon douloureux. L'ensemble est précédé d'un éclairage théorique qui aborde la question des liens entre l'orientation sélective et le rapport à l'école et au savoir. On parle beaucoup de ces élèves, et surtout de leurs difficultés et de leurs lacunes. Cet ouvrage leur donne la parole. Il présente un intérêt pour les enseignants de ces sections professionnelles, pour ceux qui aident les décrocheurs à raccrocher et pour les auteurs de programmes. Les uns et les autres y trouveront matière à nourrir leur réflexion et des pistes de travail pour aider ces élèves dans leurs efforts pour l'accès au savoir et à l'écriture.

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