Marie-Claire Blais

  • Soifs

    Marie-Claire Blais

    Décembre 1999. Une île aux abords du golfe du Mexique. Renata est convalescente. Pendant les trois jours et les trois nuits de fête où l'on célèbre la mise au monde d'un enfant et la fin d'un siècle, dans cette île qui pourrait être Key West, ou la Jamaïque, des êtres se croisent, se rapprochent, puis s'éloignent à nouveau, comme des vagues qui roulent et se déroulent : des riches et des pauvres, des artistes des enfants, des jeunes sur qui plane la menace du Sida, un juge, des boat-people.
    Toute une humanité qui, comme Renata, partage les même soifs : de plaisirs, d'ivresse, mais aussi de justice.

  • Dans son style inimitable, Marie-Claire Blais propose un tableau admirable de notre modernité, prise dans l'étau de la violence, du racisme, de l'injustice, et animée par un insatiable besoin de rédemption et de création. L'atmosphère est douce, lumineuse, ensoleillée, mais la menace des ouragans est là. Deux fêtes se préparent sur l'île. Mai, de retour, va célébrer ses dix-huit ans en famille. Et Robbie, du Saloon Les Portes du Baiser, va inaugurer sa propre discothèque, Le Fantasque. En attendant sa fille Mai, l'écrivain Daniel, le long de la mer, revoit tout le passé. Il converse avec l'Oncle Isaac, richissime propriétaire philanthrope d'un hôtel, où aura lieu la fête de Mai. Et pendant ce temps Mama fait sortir du centre de détention son fils Carlos, probablement accusé à tort d'une tentative de meurtre...
    Née en 1939, Marie-Claire Blais est considérée comme le plus grand écrivain canadien vivant. Couronnée par le prix Médicis en 1966 pour Une saison dans la vie d'Emmanuel et par des nombreux autres prix prestigieux au Québec et aux États-Unis où elle est largement traduite, elle a construit avec rigueur son oeuvre lyrique et engagée pour décrire les mutations du XXe siècle, à la fois dans des romans souvent adaptés au cinéma, des poèmes, des pièces de théâtre. Sa saga en dix volumes, que celui-ci conclut, a entièrement paru aux éditions du Seuil.
    L'ensemble de Soifs a reçu au Québec et en Europe huit prix littéraires parmi lesquels le prix du Gouverneur général (deux fois), le prix Gilles-Corbeil, le prix de la Ville de Montréal, le prix Littéraire Prince Pierre de Monaco, le prix du Conseil des Arts du Canada.

  • Après avoir vécu son enfance à Québec où elle a amorcé son oeuvre, Marie-Claire Blais a habité quelques lieux qui ont eu une énorme importance dans son écriture. Après Québec, il y eut Montréal, Cape Cod, Paris puis, jusqu'à maintenant, Key West, en Floride.

  • Marie-Claire Blais fait circuler les consciences d'un personnage à l'autre, pour décrire un monde moderne qui va à sa perte, malgré la bonne volonté des artistes qui tentent de le changer. Trois scènes simultanées Daniel, écrivain reconnu, père de cinq enfants attend dans un aéroport. Il pense à ses enfants. A la jeune Mai, qu'il va rejoindre à Madrid. A son fils écrivain et à son petit-fils Rudolph, l'enfant sans avenir. Dans la rue, deux sdf adolescents, Fleur, musicien génial et raté, flûtiste et compositeur, pianiste aussi. Il a renoncé à tout. Amoureux d'une pianiste qui triomphe sur les scènes du monde et qu'il appelle Clara, pour Clara Schumann, il est lui-même aimé de Kim, autre musicienne ratée, coréenne. Ils font la manche et observent les passants. Enfin, Petites Cendres, travesti drogué, traîne dans son lit, ne veut plus travailler. Les souvenirs du cabaret lui reviennent mais il ne veut pas renouer avec ce monde.

  • Depuis Soifs, paru en 1995, Marie-Claire Blais est engagée dans un projet romanesque d'une envergure unique en littérature contemporaine. Dans la foudre et la lumière constitue le deuxième volet de cette vaste fresque de la fin du XXe siècle et de l'aube du nouveau millénaire.
    Nous retrouvons ici, entre autres, les personnages de Soifs et pénétrons à nouveau dans leur imaginaire qui nous entraîne aux quatre coins d'une planète hantée par le crime, l'injustice, la guerre, les exactions en tout genre, les supplices, les sectes, les camps, les prisons, les épidémies. Le mal - tel une hydre à mille têtes - ne demandant qu'à renaître, empruntant des formes diaboliques.
    Mais reste l'art. La vision lumineuse des artistes. Possible forme de rédemption ? L'art et la lumière, la lumière traversée d'espoir, cet espoir qu'une bouillante jeunesse manifeste envers et contre tout, envers et contre tous.
    Une incantation, une prière, un hymne à la fragile splendeur de la terre. Une célébration de la fibre d'humanité qui réunit hommes ou femmes, jeunes ou vieux, victimes ou bourreaux.

  • L'action se passe dans le monde nocturne des cabarets de transformistes et tourne autour de plusieurs personnages transexuels ou travestis (Petites-Cendres, Fatalité) que soutiennent des prêtres, des amis. L'originalité de la narration (des phrases qui courent sur plusieurs dizaines de pages) n'empêche pas l'auteur de décrire avec une extrême précision la psychologie de ses personnages et les événements de leurs vies, et l'environnement politique.Le monde de la nuit, de la drogue, de la prostitution est un foyer de poésie et de réflexion politique et sociale, car toutes les classes s'y mélangent. Il s'affronte ici aux communautés religieuses que dominent les fortes figures de la Révérende Ezéchielle et du Révérend Stone. Comme chez James Baldwin dont elle est très proche ou chez Faulkner, les luttes interraciales sont présentes et la folie toujours menaçante dans la passion.

  • En une seule phrase, l'auteur, dans ce quatrième tome d'une tétralogie, commencée avec Soifs et poursuivie par Dans la foudre et la lumière et par Augustinoet le choeur de la destruction, décrit l'apocalypse du monde moderne (guerres, maladies, cataclysmes) sous le regard d'une communauté de gens de la nuit, d'artistes, de prostitués.
    "...et Vénus tenait sa fille Rebecca par la main en lui disant il faut marcher plus vite, tu seras en retard pour le récital de Noël, il faudra chanter bien haut, comme je te l'ai dit, Rébecca entendit les claquements des bracelets aux poignets de sa mère, ce serait son premier récital, il arrivera par bateau pour nous surprendre des petits et des grands pères noëls, ils arriveront tous par bateaux, pour nous surprendre, dit Rébecca, ils ne sont pas des nôtres dit Vénus, oui, dit Rébecca, pour nous tous maman, pour tous les enfants de ma classe, qu'ils glissent sur l'eau avec leurs flottes, leurs guirlandes et leurs mâts allumés..."

  • Un grand écrivain, invité à un congrès en Écosse, attend l'arrivée des autres participants, originaires du monde entier. Il craint que les événements politiques au Moyen-Orient, deux meurtres récents, l'un du côté palestinien, l'autre du côté israélien, ne viennent menacer leur pacifique rencontre. Pendant ce temps, à Rome, un jeune compositeur assiste à la création de sa Nouvelle Symphonie. À Manhattan, un romancier tente de faire le portrait d'un jeune criminel. Et en Floride, un enfant atteint du sida découvre l'amitié. Les autres héros, de l'univers de la nuit et de celui de la littérature, accomplissent leur destin, sous le regard intense de Marie-Claire Blais, qui fait entendre leurs voix multiples, toujours attentive à la fragilité de chacun. Ainsi se poursuit la vaste fresque collective d'artistes et de poètes que la romancière canadienne met en scène, de livre en livre.
    Marie-Claire Blais, née en 1939, vit à Key West, en Floride, où elle situe sa série romanesque inaugurée par Soifs. Elle se fait connaître à 20 ans en publiant La Belle Bête et obtient en 1966 le prix Médicis pour Une saison dans la vie d'Emmanuel. Couronnée de nombreux autres prix et largement traduite en anglais, elle prend place au premier rang des écrivains mondiaux.

  • Peintres, musiciens, poètes, photographes, chorégraphes multiplient les regards égoïstes ou généreux sur l'univers que décrit Marie-Claire Blais, le plus souvent impuissants face à sa destruction qu'ils fuient dans l'alcool ou la drogue, parfois l'amour ou plus souvent le sexe. Le monde lui-même explose, spatialement et temporellement, puisque ce récit très contemporain se projette souvent dans le passé ou dans d'autres continents (l'Afrique et la Chine, entre autres, mais aussi l'Iran ou l'Amérique du Sud, Uruguay, Colombie...). Cette vaste symphonie (qui a une cinquantaine de personnages traités presque à égalité et qui est écrite en très longues périodes) est aussi une réflexion sur les guerres, les racismes, les sexismes, la création artistique, les perversions familiales, les dérives, les désirs, les délinquances : tout s'entremêle dans un élan lyrique, très intense et enchevêtré, mais jamais confus. Il faut suivre la respiration intérieure du style et la vision globale que Marie-Claire Blais a de l'humanité et de l'histoire, à travers un filtre pessimiste, nocturne, mais aussi imprégné d'amour et de compassion, dans un paysage dominé par les tyrannies et les terreurs.
    Marie-Claire Blais, canadienne, est née en 1939. Elle a obtenu le prix Médicis en 1966 pour Une saison dans la vie d'Emmanuel (Seuil, " Points "). Son œuvre romanesque, théâtrale, critique et poétique, couronnée de nombreux prix et publiée en France chez Gallimard, Laffont, Grasset, Belfond, compte une cinquantaine de titres parmi lesquels : La Belle Bête, Le loup, Une saison parisienne, Les Nuits de l'Underground, Pierre, Le sourd dans la ville, Visions d'Anna. Les éditions du Seuil ont publié Soifs et Dans la foudre et la lumière. Elle fait partie de l'Académie Royale de Belgique et de l'Académie des Lettres du Québec.

  • Petites Cendres, artiste de cabaret, court le long de l'Atlantique, sur cette île de Floride. Au même moment, l'enfant Angel est accueilli aux Jardins des Acacias, refuge médicalisé destiné aux malades du sida. Fleur, jeune compositeur de génie, fait face à un prêtre dépravé, qui semble incarner le Mal. Le poète Adrien écrit les derniers vers de sa longue vie en regardant la mer. Le romancier Daniel tente de comprendre ses enfants qui s'émancipent. Le tueur Christophe efface son passé en devenant comédien. Frédéric le peintre se souvient de Charles l'écrivain, en essayant de venir au secours d'un jeune drogué japonais. Chacun expérimente en ces quelques heures concentrées une étape essentielle de son existence fragile. Peut-être qu'aux Jardins des Acacias, ce n'est pas la tragédie qui attend ces personnages, mais une merveilleuse rédemption, lors d'une croisière en mer... La grande romancière québécoise profite de ce nouveau tableau polyphonique pour faire le point sur son oeuvre, dans un entretien qui suit le roman.Marie-Claire Blais, née en 1939, vit à Key West, en Floride, où elle situe sa série romanesque inaugurée par Soifs. Elle se fait connaître à vingt ans en publiant La Belle Bête et obtient en 1966 le prix Médicis pour Une saison dans la vie d'Emmanuel. Couronnée de nombreux autres prix et largement traduite en anglais, elle prend place au premier rang des écrivains mondiaux.

  • En écho aux derniers tomes de la série Soifs et dans le prolongement des Carnets américains, cet essai - chronique de l'actualité états-unienne et méditation sur les dangers de notre temps - enregistre, à la manière d'un sismographe affolé, les soubresauts de l'ère Trump, du scandale des enfants migrants séparés de leurs parents à la frontière du Mexique à la nomination du juge Kavanaugh à la Cour suprême.

    Marie-Claire Blais pose ici le même regard généreux et inquiet sur un monde ébranlé et dangereux, avec le même souci des opprimés, la même langue au service d'une urgence devant laquelle elle ne peut se taire. Exprimant d'un même souffle l'indignation, la colère, la consternation et l'angoisse de l'avenir, elle fait surgir des images qui saisissent et perturbent le lecteur, et qui font la force de son écriture.

  • Lire ou relire Hubert Aquin, c'est avancer sur un terrain miné; la métaphore belliqueuse ne lui aurait d'ailleurs pas déplu. À gauche du champ : la mythification qui accompagne le grand écrivain, l'arbre biographique cachant la forêt de la littérature. À droite du même champ : l'institution scolaire. Dans ce dernier numéro Marie-Claire Blais, Raymond Bock, Carole David et Jean-Pierre Lefebvre ont réussi, en interrogeant les lignes de force de l'oeuvre, à mettre au jour les questions éthiques, politiques et esthétiques soulevées par l'oeuvre d'Aquin.

    Extrait du numéro 302 de Liberté, Rétro, les classes sociales ?

  • Point de rencontre entre le journalisme, les arts visuels et la création littéraire, le portrait est un espace de renouvèlement infini. Douze collaborateurs-romanciers, dramaturges, journalistes, bédéistes, peintres, anthropologues et photographes-ont exploré cette forme, l'ont revisitée, en ont redéfini les contours.

  • Peintre, illustrateur, anthropologue, dramaturge, romancière: cinq personnalités culturelles du Québec se révèlent à nous par le biais d'un autoportrait inédit.

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