Marie-Eve Fleury

  • L'originalité de ce livre réside avant tout dans le fait que s'y développe un savoir affectif dans lequel la pensée ne domine pas l'affect, ni l'affect la pensée. Trop souvent en effet, la science et la philosophie nient le rôle vital de ce dernier - ce à quoi ne font pas exception les études regroupées sous le nom d'affect theory. Toute la difficulté est là, et c'est ce qu'entend réussir cet essai : théoriser l'affect sans, par conséquent, le récuser. Dans sa tentative de le comprendre comme un état essentiellement subjectif, l'auteure se tourne vers l'expression artistique et littéraire, particulièrement celle de l'oeuvre de l'écrivaine autrichienne Ingeborg Bachmann.

    Bachmann elle-même n'a pas théorisé l'affect, mais la variété de ses écrits (une thèse sur Heidegger, dont elle critique la conceptualisation abstraite de l'angoisse, de la poésie, des essais, une pièce de théâtre radiophonique, des romans, des nouvelles) et de ses obsessions (la souffrance, le mal, le virus du crime, les femmes malades, amoureuses, les failles du langage) permettent d'élaborer un savoir affectif, dont Marie-Eve Fleury explore ici brillamment certains aspects, en suivant le fil, parfois rompu, d'une pensée qui se déploie dans un essai fouillé, évocateur et... tout en affect.

  • Dirigé par Clara Dupuis-Morency et Gabrielle Giasson-Dulude, l'édition automnale de la revue Moebius « Cet animal m'a donné la vie » (Le feu de mon père, Michael Delisle) propose des textes d'Anne-Marie Alonzo (rubrique du fonds Moebius), Simon Brousseau (résidence d'écriture), Anne-Renée Caillé, Jean-Philippe Chabot, Marie-Hélène Constant, Marilou Craft (lettre à une écrivaine vivante), Marie-Ève Fleury, Kristina G. Landry, Catherine Lemieux, Catherine Morency, Camille Readman Prud'homme et Martin Tailly. « Ce pourrait être un animal impossible à reconnaître. [...] Ce pourrait être une colère, ou une joie, dont on survivrait, à répétition. [...] Ce pourrait être une personne venue de nulle part qui aurait échappé à l'une ou à l'autre de ses prisons de chair. Ou encore, un être qui doucement ou dangereusement s'approcherait. Peut-être, plusieurs fois dans une vie, l'étrangeté même et le miracle de vivre ou de revivre, peaux de serpent ou peaux d'âne, membranes, parures, tout ce que l'on emprunte pour fuir ou pour survivre. » (extrait de la présentation)

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