Michel Senellart

  • Ce livre retrace l'histoire du concept de gouvernement en Occident, depuis ses origines patristiques – le regimen comme art de conduire les âmes (Vie siècle) – jusqu'à sa fixation dans le vocabulaire juridico-administratif de l'État moderne (XVIIe siècle). Son objectif, toutefois, n'est pas de reconstituer les étapes d'une sécularisation progressive mais de mettre en relief les mutations qui ont conduit, vers la fin du Moyen Age, au renversement des rapports entre le regimen et le regnum (au sens du pouvoir monarchique). Contrairement à l'idée que le gouvernement présuppose l'existence de l'État, l'auteur démontre que, pendant des siècles, ce sont les exigences du regimen qui ont défini les conditions d'exercice du pouvoir. Il faut attendre le XVIe siècle – après Machiavel – pour que l'État, issu d'une évolution séculaire, mais porté par une crise sans précédent, s'impose comme le fondement de l'ordre civil et constitue le principe des pratiques gouvernementales. C'est alors que le regimen – s'efface dans le droit du souverain.

  • En séparant la politique de la morale pour l'inscrire dans le champ des purs rapports de force - la fin justifie les moyens -, Machiavel aurait inventé la raison d'État. On a oublié que le premier traité sur la raison d'État, écrit en 1589 par G. Botero, était dirigé contre Machiavel et que, pendant un siècle, s'affrontèrent deux concepts de la raison d'État. Mais peut-on prendre au sérieux l'antimachiavélisme ? Plus précisément : peut-on concevoir une politique antimachiavélienne qui ne soit pas un simple retour à la prédication édifiante ou une apologie déguisée de la domination ? Débat crucial où se jouent les grandes stratégies des États modernes. Ce livre se propose de montrer que, contrairement au schéma trop facile de la rupture machiavélienne, un tel débat prend racine dans la pensée médiévale (doctrines de la ratio status et de la necessitas), et qu'à travers lui s'opposent deux types de rationalité étatique : l'une fondée sur la guerre, l'autre sur l'économie. Une sélection de textes introuvables ou inédits en français (J. de Salisbury, Thomas d'Aquin, Botero, Naudé, etc.) complète l'ouvrage.

  • Cet ouvrage reprend les interventions faites lors du colloque organisé au Collège international de philosophie, les 14-16 mai 1998. Pourquoi lit-on encore Machiavel ? Pourquoi prêter à cette oeuvre un telle actualité ? Comment peut-elle nous servir à déchiffrer notre présent ? Si Machiavel est encore actuel, c'est par son mode d'interrogation, sa forme de pensée rétive à toute idée de système, sa résistance à l'idéologie, sa dimension de la vérité effective de la chose, celle de la multiplicité du réel. La pensée de Machiavel ne s'installe jamais dans du déjà pensé et oblige à réexaminer la relation de la réflexion à l'expérience.

  • Cet ouvrage propose une histoire de la philosophie morale et politique ambitieuse et originale. De Platon à John Rawls, en passant par Machiavel, Adam Smith ou Rousseau, de Montesquieu à Max Weber, une quarantaine de spécialistes montrent comment les interrogations se déplacent et les hypothèses se reformulent, mettant au jour les ruptures et les continuités.

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