Michel-Louis Rouquette

  • Qu'est-ce qu'un processus créatif ? Y a-t-il une ingénierie de la création ? Cet ouvrage montre comment la créativité est simultanément une oeuvre de connaissance, un enjeu de communication et un effet de sociabilité. Les éléments d'expérience ou de savoir qui s'y trouvent impliqués résultent de l'accumulation des réalisations antérieures, de la différenciation des réseaux d'échange et de pouvoir et de l'utilisation complexe de ces réseaux.

  • La pensée sociale pose l'existence d'un Sujet pratique dont les activités cognitives sont à la fois motivées et conditionnées par son insertion sociale particulière, autrement dit par sa citoyenneté au sens étymologique du terme ; et c'est donc du côté même de cette insertion qu'il convient de rechercher les principes de production et de régulation de ces activités cognitives. Touchant à l'ensemble des sciences sociales, à l'épistémologie et à l'histoire, les travaux sur la pensée sociale, dont ce livre rend compte, offrent des outils d'analyse et des clés de compréhension pour les mouvements sociaux d'hier et d'aujourd'hui. Ils permettent de restituer les faits de communication dans un espace conceptuel enrichi, intégrant les activités cognitives et les rapports intergroupes. Ils contribuent ainsi à rendre à la psychologie sociale son statut de discipline nécessaire. Michel-Louis Rouquette est professeur en psychologie sociale à l'université Paris Descartes.

  • Voici un notable égorgé, une instruction à rebondissements, une floraison de rumeurs ; dans une société en crise, des protagonistes de toute condition, une actrice de génie et, surtout, l'histoire exemplaire d'une création collective. L'idéologie ne déforme pas la réalité, elle l'invente. Mais cette invention a ses règles, ses enchaînements de nécessité. La réalité chemine à travers les discours publics ou privés, ceux que l'on magnifie et ceux que l'on déprécie, ceux que l'on décape et ceux que l'on recouvre, et dans le mouvement même par lequel on les exalte ou les camoufle. Considérée sous cet angle, l'affaire Fualdès échappe à l'anecdote, quitte le plan somme toute bénin du mystère judiciaire pour devenir autre chose : une déchirure critique dans l'opacité savamment entretenue du fonctionnement d'une société. Elle montre comment on atteint la « vérité », elle donne en somme une leçon de logique sociale.

  • La rumeur est généralement saisie comme une parole dévoyée. Et, par suite, comme une parole dangereuse : une information circule, que personne ne contrôle et avec elle se propagent l'angoisse, la panique ou la haine. Un esprit non moins dévoyé pourrait prétendre, tout aussi dangereusement, que la rumeur ne provoque jamais rien, qu'elle a pour seul effet de révéler ce qui existait déjà et, pour tout dire, qu'on la charge de péchés qui ne sont pas les siens. Car, on en conviendra, ce ne sont pas les rumeurs qui dissolvent les armées, créent l'antisémitisme ou déterminent les révolutions. Pas plus que ce n'est la fièvre qui entraîne la grippe ou l'ébullition une augmentation de chaleur. Symptômes et non pas agents, les rumeurs sont la fumée qui suggère l'existence du feu et non l'allumette qui déclenche l'incendie. Mais le feu ne gît pas où l'on croit. Il n'est pas dans la vérité possible des énoncés qui se propagent, il n'est pas dans l'adhésion aveugle ni dans les comportements qui la suivent. Ailleurs. Et il faudrait sans doute, pour qu'une étude naturelle de la pensée devienne enfin possible, que les sciences sociales renoncent à s'épuiser dans la fabrication de masques et de simulacres ; qu'elles reconnaissent au contraire l'existence et la portée de toutes les formes de pensée qui signent l'existence pratique de l'homme. Car ces formes négligées viennent inlassablement renverser les illusions simplificatrices du technicien, les constructions fragiles du théoricien, les certitudes tranquilles de chacun : véritable ennemi de l'intérieur, animal que l'on pensait domestiqué et que l'on retrouve sauvage.

  • Un livre qui fait le point sur la notion de peurs partagées collectivement en confrontant différents niveaux d'analyse et différents regards à travers des objets d'actualité (catastrophes naturelles, risques technologiques, virus, changements sociaux comme le mariage homosexuel). L'ouvrage aborde les peurs collectives du point de vue de la psychologie sociale et de la sociologie dans le souci d'analyser les mécanismes psychosociaux à l'oeuvre dans la construction et la manifestation de celles-ci. Son ambition est de constituer un ouvrage de référence pour qui s'intéresse aux processus psychologiques et sociaux impliqués dans les grandes peurs contemporaines.

empty