Micheline De Combarieu

  • L´enfant n´est pas un personnage fréquent dans les oeuvres médiévales : on l´a souvent souligné à juste titre. Il est pourtant présent dans quelques textes, et il apparaît à des âges divers, avec son charme et son ingénuité spécifiques, au détour d´un épisode ou même à un moment où sa venue contribue à relancer le récit. L´enfance n´est pas non plus absente des oeuvres autobiographiques, même si le clerc qui se raconte projette sur ses premières années sa vision adulte de la vie et du monde. Reste qu´au delà des inventaires obligatoirement limités, le personnage de l´enfant n´est pas un personnage épique ni romanesque au Moyen Âge. Il est plus ou moins exclu des textes parce que les schémas qui sous-tendent la narration ne laissent guère de place à son intervention. L´art médiéval (et la littérature participe toujours d´une esthétique générale qui trouve aussi ses applications dans la sculpture ou la peinture) ne peut pas faire à l´enfance l´honneur de la représenter, parce que c´est un art du symbole et de la transcendance. L´univers de l´artiste et celui du poète, au Moyen Âge, est un univers d´adultes. La conséquence de cet état de choses, c´est que la présence de l´enfant est une sorte d´exception conjoncturelle. C´est elle qui fait problème, et non l´inverse. Sa rareté confirme la norme, et l´on ne doit s´interroger que lorsque l´enfant paraît, sans être surpris ni du fait que l´on reste insensible à la poèsie de l´enfance, ni de l´obstination des poètes et des imagiers à ne décrire ou à ne dépeindre que des enfants grandis avant l´âge et qui ont accès trop tôt à la gravité des grandes personnes.

  • Le repentir est précisément le principal des sentiments dont la présence authentifie la prière du coeur. Nous n'entendons pas par là uniquement le violent repentir qu'éprouve le pécheur héros du Miracle à la suite du péché précis dont les circonstances, les conséquences et le pardon constituent la structure du récit. Il s'agit aussi de l'esprit de repentir dont font preuve, tout au long des Miracles, les personnages les plus dignes et les plus saints. Leur prière à Notre Dame est autant et souvent plus confession que louange. Lorsque Gautier évoque les divers sentiments accompagnant la prière, il y fait presque toujours figurer le repentir. Prière et espérance ; prière, humilité et repentir ; prière, ferveur et repentir ; prière, foi, espérance et repentir ; telles sont les principales "combinaisons" que nous rencontrons en feuilletant les Miracles. Plutôt que de considérer ce repentir comme un sentiment parmi les autres, ne pourrait-on considérer au contraire les autres sentiments comme les diverses figures du repentir ? Il faudrait alors comprendre le repentir comme l'état de l'âme se découvrant tout entière devant Celui - ou celle - qu'elle prie, éprouvant alors en même temps le vif sentiment de son imperfection et de la douloureuse contradiction de la condition humaine, mais aussi l'espérance d'être aimé et sauvé. Nous pénétrons mieux alors le sens de cette prière du coeur qui est à la fois plaisir et souffrance.

  • Ce qui frappe donc dans cette peinture de la mort à travers la première branche du Roman de Renart, c'est d'abord l'évocation fidèle de la réalité contemporaine ; qu'il s'agisse de l'organisation de la société ou de la conception des liens familiaux, les animaux sont bien les représentants des hommes. Mais ce qui domine ce tableau, c'est un profond amour de la vie. La mort naturelle est absente car elle est acceptée comme une nécessité, comme une loi de la nature. En revanche, la mort violente est évoquée à plusieurs reprises. À travers elle, se trahit l'angoisse du salut, par la peur de la mort et le souci d'assurer, par la confession, la joie éternelle. Déjà on discerne le problème du destin individuel. Mais la survie céleste tend à se confondre avec la survie terrestre donnée par la gloire. La gravité des questions posées se dissimule parfois derrière la parodie ou la satire. Mais l'inquiétude transparait de temps à autre : celle de l'homme, à toutes les époques, celle aussi, peut-être, d'une société en évolution qui s'interroge sur son propre avenir.

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