Monique Larue

  • Peinture saisissante du milieu collégial et de la vie littéraire contemporaine, tableau moral et intellectuel de ce qu'on pourrait appeler le désarroi moderne, ce livre est avant tout un grand roman. Fortement construit, fourmillant de personnages et d'intrigues, il est éclairé de part en part par cette fascination pour la vie concrète et par cette perplexité, cette réserve, ce refus de juger, c'est-à-dire par ce mélange indiscernable d'ironie et de compassion qui constitue le regard unique de la littérature.

    Cet ouvrage a obtenu le prix du Gouverneur général en 2002.

  • Le 6 juillet 2013, Monique LaRue assiste à une projection du film de Margarethe von Trotta, « Hannah Arendt », centré sur la controverse suscitée par le livre « Eichmann à Jérusalem », rapport sur la banalité du mal. Elle en sort métamorphosée. Elle qui résistait depuis des années à se pencher sur une controverse dans laquelle elle avait été impliquée - la fameuse « affaire LaRue », où l'un de ses textes avait fait l'objet d'une lecture aberrante - retrouve sa liberté de parole. « Je suis infiniment reconnaissante à Margarethe von Trotta et à son film d'avoir fait en sorte que soit un jour représentée sous mes yeux [...] la mésaventure intellectuelle d'une femme intelligente et imparfaite, qui se sert de son intuition, se fie à son jugement, développe sa réflexion et dit ce qu'elle pense dans sa langue naturelle et avec confiance, en se plaçant dans les conditions du dialogue cohérent et de la liberté de pensée. »

    Cette « leçon de Jérusalem » n'est que le point de départ d'un propos beaucoup plus vaste. Monique LaRue se demande pourquoi elle a eu tant de difficultés à mener ce qu'elle appelle « une authentique vie de l'esprit ». Cela l'amène d'abord à s'interroger sur le rapport complexe qu'entretiennent les Québécois avec la langue. En outre, sa pensée prend continuellement en compte les conditions concrètes dans lesquelles une femme qui a choisi la maternité mène une carrière intellectuelle.

    Mariant réflexion et fiction, faisant éclater à chaque phrase le plaisir de penser et d'écrire, voici un livre hors norme qui est une véritable fête de l'intelligence.

  • Voici le roman de Marquise Simon, née Cardinal. Sa naissance entre deux frères ennemis, envers qui elle se sent également liée et étrangère, sa jeunesse dans le Montréal des années 1960, son expérience de l'amitié et de l'amour, ses rencontres et ses réflexions ont fait d'elle une femme à l'identité partagée, un être de la lucidité et de l'interrogation, de la distance et de l'empathie.

    Voici, également, le roman du monde où nous vivons : situé au Québec, à Montréal, dans les années qui vont de ce que Marquise appelle le DRIPQ (Deuxième référendum sur l'indépendance politique du Québec) à aujourd'hui. Voici le tableau le plus précis, le plus coloré et le plus juste de l'extraordinaire métamorphose par laquelle une société jadis si tranquille et si homogène s'est transformée en cette vaste tour de Babel où les langues, les cultures, les moeurs, les valeurs se mêlent, se heurtent, se défont et se refont pour composer cette humanité nouvelle, pleine de surprises, de conflits et de synthèses inattendues.

    Voici, en somme, un roman d'amour qui est en même temps un roman familial, un roman d'aventures qui est en même temps un roman social, un roman de l'existence qui est en même temps un roman de l'époque. Bref, voici un roman d'une richesse, d'une diversité et d'une beauté telles qu'il ne s'en écrit que quelques-uns au cours d'une décennie.

  • Même si ses romans occupent le centre de son oeuvre, Monique LaRue se consacre aussi, depuis de nombreuses années, à cet autre art de la prose qu'est l'essai, occasion pour elle de méditer sur son travail de romancière, de réfléchir sur le monde qui l'entoure, d'approfondir ses expériences de lectrice et ses découvertes de voyageuse, bref, de garder en éveil cette attention au monde et cette conscience critique qui, à ses yeux, sont indissociables de la pratique littéraire et en font tout le prix. Écrits « de fil en aiguille » au cours des dix ou douze dernières années, les essais rassemblés ici composent le portrait d'une romancière profondément attachée à son art, aux grandes valeurs qui le définissent (les mots, la langue, la liberté, le privilège de la distance et du doute, la compassion), aux oeuvres et aux auteurs qui l'illustrent de manière exemplaire, et aux défis inédits que lui pose le temps présent. Car ces textes sont aussi un tableau du monde où nous vivons et dans lequel chacun, à commencer par l'écrivain, doit trouver sa juste place et le moyen de demeurer humain, ne serait-ce qu'en refusant d'éluder les difficultés nouvelles qui se présentent à lui sous diverses formes, tantôt sociales ou politiques (la question de l'engagement de l'écrivain, la littérature dite migrante), tantôt culturelles (les transformations de l'enseignement, la marginalisation de la littérature), tantôt technologiques (l'informatique, le Web). Or, devant toutes ces situations, comme au milieu des pays étrangers qu'elle visite (Japon, Flandre, Égypte), Monique LaRue cherche constamment un regard et une pensée où se font équilibre l'accueil et la réserve, l'ouverture et la lucidité, la curiosité avide du navigateur et la sage prudence de l'arpenteur. Ainsi, entre la romancière, qui invente des mondes fictifs pour saisir ce qui du monde réel ne se laisse saisir que par la fiction, et l'essayiste, qui réfléchit au monde réel pour en éprouver les résistances et le mystère, la collaboration est parfaite. C'est que toutes deux jouent du même instrument : cette prose déliée, rigoureuse et souple à la fois, saturée de pensée et de sensibilité, qui est la voix propre de Monique LaRue.

  • Prise par les soins à donner à son enfant, une femme revit sa grossesse et son accouchement récents. Ce faisant, elle se relie à la « cohorte » de toutes les mères, avec qui elle partage, dans l'Histoire, la responsabilité de la chaîne humaine. Quand le bébé dort, elle inventorie les éléments d'une fiction future. Ce livre devient ainsi l'esquisse d'une forme romanesque.

  • Après le début du mouvement #Moiaussi (#MeToo), assistons-nous à une deuxième révolution sexuelle ? Peut-être est-ce le cas. La revue L'Inconvénient plonge et pose cette question dans son numéro d'automne où un dossier est consacré à ce que cette prise de conscience et de parole change (ou pas). Précarité du mouvement, plaidoyer pour la nuance des stéréotypes de genre, malaise, les collaborateurs et collaboratrices multiplient les angles d'approche afin d'approfondir la réflexion sur ces enjeux nécessaires. Ensuite, dans la rubrique « Peinture », découvrez le travail de Manuel Mathieu. Puis, David Dorais aborde Entrez dans la danse dans la rubrique « Ces livres dont on dit du bien ». Georges Privet, lui, s'attarde à ce que la série de films The Purge dit de l'évolution de l'Amérique dans la dernière décennie. Enfin, lisez également la deuxième partie de l'essai de Stanley Péan sur le jazz et la condition noire.

  • Jour après jour, nous sommes témoins d'individus qui déchirent leur chemise au nom des principes de la gauche ou de la droite. À les en croire, leurs revendications seraient incompatibles avec celles de l'autre clan et porteuse d'une morale particulière. Cette prétention résiste-t-elle à l'analyse? N'assiste-t-on pas plutôt à une uniformisation graduelle des politiques, en même temps qu'à une polarisation des discours? Que dévoile ce dialogue de sourds? La gauche et la droite ne sont-elles, au fond, que des soeurs siamoises, le yin et la yang du débat démocratique? Ce dossier spécial intitulé « La gauche et la droite : beaucoup de bruit pour rien? » présente les essais d'Alain Deneault, Éric Bédard, Monique Larue, Ugo Gilbert Tremblay et Mathieu Bélisle, ainsi qu'un entretien de Mauricio Segura avec Marc Angenot. Ailleurs dans la revue, un extrait inédit du prochain roman de Nicolas Dickner, la visite d'Atelier de Cindy Phenix et les poèmes de Mathieu K Blais, en plus des chroniques habituelles de Patrick Nicol, Serge Bouchard et Olivier Maillart.

  • Roman des années 80, Les Faux Fuyants de Monique LaRue n´en demeure pas moins actuel par les thématiques qu´il exploite : l´éclatement de la famille, le désespoir causé par l´absence presque totale de communication et la fuite vers l´avant. Voici donc un «road-livre» intense. Tout est dit avec le langage des tripes, de l´implacable vérité et des illusions perdues. À travers leur violence autodestructrice, les personnages de ce roman trahissent leur profonde insécurité. À lire ou à relire, pour le plaisir d´être secoué par une écriture qui va au fond des choses.





    Klaus et Élodie, jumeaux complémentaires, partent à la dérive sur les routes du Québec, dans le vague même de leurs destins, à la poursuite d´un rêve - ou d´une autre face de la réalité. Animus et anima flottant dans leur innocence (ou dans le vide laissé par la fuite du père et l´alcoolisme de la mère) jusqu´à ce que la vie s´empare d´eux et les entraîne chacun de leur côté.





    Dans ce roman hanté par la bisexualité et par la figure du double, les personnages, fuyant leur ombre pour mieux l´embrasser sans doute, agissent sans comprendre, tenus à distance d´eux-mêmes, à distance aussi de la mort et de la folie, qui les menacent à chaque page. Ils «ont perdu le nord», et pourtant c´est vers le Nord qu´ils se dirigent pour tenter de conjurer la malédiction du chiffre deux, chiffre du couple. Les mots qui les font apparaître sur la page chevauchent les «deux langues», grincent et sonnent rauque, en écho au vaste nowhere qu´est cette vie de «faux fuyant» que nous propose la société moderne.

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