Pierre Cabanes

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Une femme se hâte dans les vapeurs de la nuit. Au bout d'une passerelle se dresse la silhouette d'un homme, comme une statue vomie par la brume, qui l'attend ou la guette. Qui sont-ils ? C'est le thème du jeu que l'écrivain Jan propose à sa soeur Géraldine : chacun écrit à la première personne et à la suite de l'autre les chapitres d'un même roman, inventant l'intrigue au fur et à mesure, lui pour la femme, elle pour l'homme. Ainsi naissent de leur plume sur la côte normande au printemps 1944, Sarah Rosen, la résistante juive et Werner Jungbluth, le Sturmbannführer SS, ennemis fascinés, amants inconciliables et déjà maudits. Mais le jeu est subtilement ambigu. Sarah et Werner ne sont-ils pas le reflet brisé par l'écriture du regard troublé que Géraldine et Jan portent l'un sur l'autre ? Cependant, la ville où ils écrivent le roman, la ville dédoublée hiératique mais dévergondée, suave mais cruelle, perverse jusque dans l'eau de ses canaux où vacille l'image de ses palais troués, la ville dont le nom, galvaudé, n'est jamais dit, les enserre de ses moisissures sublimes. En application de ses us, les habitants de sa nuit, venus de la maison où l'on joue les femmes ou en chemin pour le bal équivoque de la Constantini y avancent masqués. La Bégouini, maquerelle aux traits de nonne ascétique, Pervenche et Jacinthe, les jumelles interverties, composent les ombres gardiennes de son dogme décadent. Sur le devant de la scène, l'esthéticien, philosophe vénéneux et désabusé, à peine déguisé en Méphisto, jette sur ces naufragés de la jouissance un regard inquisiteur et attise le bûcher de l'inceste...

  • Maître Julien Kernas habite la ville de N. ; Maître Kernas est avocat. Maître Kernas vit. Maître Kernas a une maîtresse, Anne Gauthier. Dans la ville de N., Maître Kernas est un jeune avocat comme tous les autres jeunes avocats... ou presque. Derrière le personnage de Maître Kernas vit Julien, l'autre, celui qui ne peut plus compter sur Caty, sa mère, ni sur Jeannot, tous deux disparus, elle après lui, pour toujours. Maître Julien Kernas dans sa chair d'homme, protégé par sa robe d'avocat, a une mission à accomplir : il l'accomplira. Dans la ville de N., le palais de justice ressemble aux palais des autres villes avec à droite la Cour, à gauche le tribunal, ses colonnes et son fronton de temple grec version Louis Philippe. Les robes rouges, les robes noires, les simarres et les hermines des juges, des procureurs et des avocats s'y mêlent en un ballet bien réglé sur fond de plaidoiries et de condamnations. Dans les coulisses les dévotions judiciaires se poursuivent mais c'est d'autres comptes que l'on solde avec, à fleur de regard, des rancunes et des envies, des haines et des amours silencieuses et autrement sanglantes. Superbe et tragique plongée dans le monde apparemment ordonné de la justice, « L'audience solennelle » c'est également le regard d'un homme lucide face à la vie, à la mort, avec ses réflexions, son courage, ses abandons, sa force, sa soif de vérité.

  • Une seule existence, mais deux vies. C'est le sort de Sylvain. Riche de l'argent des prostituées qu'il blanchit dans ses sociétés, il est bon époux, bon père. Ce chef d'entreprise, ce chef politique, est d'abord un chef de bande.

empty