Robert Mandrou

  • Le sous-titre importe ici plus que le titre : ce livre n'est pas, en effet, une présentation, après tant d'autres, du XVIe siècle français ; c'est une tentative plus originale pour définir dans ses éléments dominants une histoire des mentalités collectives. L'expérience est faite ici au niveau de la première modernité française : il s'agit de faire revivre le plus exactement, et aussi pleinement qu'il se peut, les Français qui ont vécu "de Colomb à Galilée, de la découverte de la Terre à celle du Ciel" (Michelet). La hardiesse de l'entreprise - qui légitime le mot Essai - se découvre à la simple évocation de son sommaire : des conditions alimentaires de l'existence jusqu'à la mystique et même à la vogue du suicide, tous les comportements humains sont ici passés en revue... Le livre se divise en trois parties : les mesures physiques et psychiques des individus ; les milieux sociaux et leurs enchaînements de solidarités inégalement solides, inégalement efficaces ; enfin, les grands types d'activités humaines vus dans leurs déterminations psychologiques : métiers et divertissements, dépassements - arts, sciences, religions -, évasions, aux formes les plus étranges... En son fond même, cet ouvrage est à la fois un bilan et un programme : état de la question, dans ce domaine de la psychologie collective, trop oublié des historiens, et, en même temps, un plan de recherches à poursuivre, pour aider ce secteur historique à combler son retard par rapport aux secteurs politique et économique, aujourd'hui en plein épanouissement. Par ce double caractère, cet Essai de psychologie historique est bien dans l'esprit de la collection "L'Évolution de l'Humanité".

  • La publication de ces textes inédits, dix ans après Magistrats et sorciers dans la France du XVIIe siècle, a relancé le débat sur le véritable rôle des poursuites intentées aux sorcières dans l'ancienne France. Ceux qui y prennent la parole viennent de tous les horizons: juristes, médecins, théologiens. Leurs témoignages reconstituent l'atmosphère polémique du temps autour des grandes et petites affaires qui passionnèrent une partie de l'opinion.
    Au fil de leurs récits, comme le montre Robert Mandrou dans sa présentation, le scepticisme à l'égard de l'intervention de Satan dans les affaires humaines progresse. En fait, les documents rassemblés ici révèlent deux mondes profondément différents. Les possédées citadines, en elles-mêmes source de scandale parce qu'elles appartiennent à la bourgeoisie et à la petite noblesse, comme c'est le cas à Loudun, et les sorcières villageoises, dont les bûchers n'émeuvent guère que leurs proches.
    Ces textes mettent aussi en évidence la volonté du pouvoir politique de ne pas laisser se multiplier les foyers d'infection satanique qui désolaient la plupart des provinces. L'ordonnance de Colbert transformant la sorcellerie en délit d'escroquerie (1682) fut une solution radicale. Comme Malebranche l'écrivait, là où les sorciers ne sont pas poursuivis, il n'y en a pas.

  • Au début du XVIIe siècle, un libraire de Troyes, vite imité par d'autres, fait imprimer sur un mauvais papier, avec des caractères usés, des livres de petits formats à couverture bleue, destinés à être vendus très bon marché : ainsi apparaissent, dans la caisse du colporteur parcourant les campagnes les plus reculées, les ouvrages de la Bibliothèque bleue. Robert Mandrou, dans un ouvrage désormais classique, analyse avec précision le contenu de ces livrets : vies de saints riches en miracles, contes librement inspirés de Perrault ou de Madame d'Aulnoy, récits sur des figures légendaires de l'Histoire, almanachs et calendriers donnant une large part à l'astrologie, mais aussi recettes pratiques, livres de médecine ou de sorcellerie...

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