Sylvie-Anne Goldberg

  • L'idée que l'Occident se fait du "temps" est le fruit de siècles d'histoire, de croyances et d'espérances. Pendant longtemps, nul n'a semblé s'intéresser au calcul savant de la durée écoulée depuis l'origine de l'humanité. Or, l'émergence de la mesure du

  • Connaissance du passé, conscience du présent et prescience de l'avenir investissent l'art ordinaire d'habiter le temps. La Clepsydre I étudiait la restitution du passé dans les décomptes qui, dans l'entrelacs du temps des nations, agencent un temps proprement juif.
    Dans La Clepsydre II, Sylvie Anne Goldberg présente la normalisation de cette temporalité. Réunies pour la première fois sous la bannière du califat, Jérusalem et Bagdad, les deux pôles de rayonnement du judaïsme, s'affrontent pour la prédominance de leurs traditions sur les mondes juifs. Le principal enjeu du conflit porte sur la primauté à accorder à la loi orale ou à la légitimité de la loi biblique ; il renvoie à une question de temps : rester dans le passé ou accepter les mutations du présent ?
    Premier théologien juif, le gaon Sa'adia fonde le judaïsme rabbinique en mode de vie absolu. L'entreprise rencontre un mouvement plus large : à partir de la fin du VIIIe siècle, les trois religions monothéistes érigent en système la domination d'un temps mathématisé et théologisé, imposant aux fidèles leur registre spécifique. Cette domination de l'individu par le temps se traduit par l'émergence de rituels quotidiens, mais aussi par une réappropriation de l'histoire et de la fonction du passé dans le présent.

  • L'écriture de l'histoire est un geste éminemment politique. Des chroniques royales au « roman national », c'est autour de l'écriture de l'histoire que s'est constituée l'histoire des nations. L'Émancipation des Juifs, initiée par la Révolution française et diffusée en Europe par les guerres révolutionnaires, a incité les Juifs à vouloir prendre place dans les cultures nationales. Confrontés à une société chrétienne qui les considérait comme « sortis de l'histoire » depuis près de deux millénaires, des intellectuels et rabbins juifs, érudits accomplis, se firent historiens pour promouvoir une approche scientifique du judaïsme qui devait leur permettre d'intégrer le panthéon culturel des nations. Quelles sont les méthodes et les pratiques mises en oeuvre par ces pionniers, quels étaient leurs objectifs affichés ou inavoués ? En quoi l'étude des fragments de la Geniza du Caire, de l'histoire de la dynastie hasmonéenne,  de l'attention portée à l'histoire des « Juifs de France » ou encore à la préservation et la transmission de la culture yiddish peut-elle être porteuse d'un projet de civilisation ? Et, dans quelle mesure le regard porté par ces constructions historiques s'exerce-t-il, sur l'histoire juive elle-même ? Autant de questions fondamentales pour la compréhension du présent auxquelles viennent répondre les auteurs réunis ici par Sylvie Anne Goldberg, parmi les plus éminents des études juives contemporaines.

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