Thierry Giasson

  • Dans un contexte médiatique hybride, où cohabitent les médias traditionnels et numériques, l'accélération du rythme de production et de diffusion de l'information impose une forte pression sur les gouvernements aux prises avec une crise politique. Pour arriver à coordonner leurs messages et à imposer des cadres d'interprétation, les partis politiques québécois au pouvoir opèrent depuis 15 ans une centralisation de la gestion stratégique de leurs communications. Cette transformation de la communication gouvernementale, désormais ancrée dans un esprit de campagne permanente et pilotée par le Bureau du premier ministre au sein du ministère du Conseil exécutif, vise, entre autres, à mieux gérer les crises en recourant aux ressources de l'administration publique.

    Les auteurs du présent ouvrage se demandent si, dans ce contexte médiatique où domine la pression de l'instantanéité de l'information, il est toujours judicieux pour un gouvernement de réagir rapidement à une crise communicationnelle. Ils analysent trois cas de gestion de crises gouvernementales qui ont été largement médiatisées et qui ont marqué les dernières années au Québec : l'adoption de la loi 78 dans le cadre du conflit étudiant de 2012, le déraillement ferroviaire de Lac-Mégantic en 2013, et les événements menant à la démission de l'ancien ministre Yves Bolduc en 2015. Ce livre montre que la centralisation des opérations communicationnelles ne permet pas d'endiguer tous les types de crises gouvernementales et révèle également une participation asymétrique de l'administration publique lorsqu'une crise ébranle un gouvernement.

    Véronique Prince détient une maîtrise en science politique de l'Université Laval. Journaliste depuis 15 ans, elle est correspondante parlementaire à l'Assemblée nationale du Québec depuis 2013. Elle s'est jointe en 2017 au bureau de la Société Radio-Canada de l'Assemblée nationale et a assumé en 2018-2019 la présidence de la Tribune de la presse du Parlement du Québec.

    Thierry Giasson est professeur titulaire et directeur du Département de science politique de l'Université Laval. Il est le chercheur principal du Groupe de recherche en communication politique et membre du Centre pour l'étude de la citoyenneté démocratique. Ses recherches portent sur les modes numériques de communication politique, les transformations du journalisme, l'amplification médiatique et l'incidence des pratiques de marketing politique et électoral sur la vie démocratique.

  • Les usages des technologies numériques dans la sphère politique constituent un objet de recherche largement investi en science politique, cependant en langue anglaise plus qu'en français. Ce numéro spécial de Politique et Sociétés s'emploie à rétablir l'équilibre, en présentant et en mettant en perspective les résultats d'un projet comparatif franco-québécois sur les campagnes en ligne, enpolitique.com. L'introduction propose une synthèse de la littérature universitaire concernant trois domaines : les usages du web et des médias sociaux comme outils de campagne électorale, la constitution d'équipes spécialisées dans la communication politique numérique, et les appropriations des dispositifs de campagne par des citoyens, sociologiquement spécifiques, et politisés. L'introduction présente aussi une synthèse des résultats français et québécois discutés dans le numéro, qui montrent que l'expansion des technologies numériques ne fait pas disparaître les logiques antérieures de structuration de la compétition électorale. En revanche, elle conduit à des réaménagements importants des activités de communication politique.

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