Réédition numérique FeniXX (Albin Michel)

  • Il n'est jamais aisé de se situer à droite, surtout en France. La droite manque de panache. La gauche a pour elle la jeunesse, l'imagination, l'aventure. Elle seule écrit l'histoire. Peu importe qu'elle soit vaincue : c'est qu'elle a raison trop tôt. Trop d'hommes de droite se dissimulent sous la phraséologie de la gauche. Et parmi eux, peu d'écrivains osent jouer cartes sur table. Pierre de Boisdeffre a ce courage, et aussi celui de s'attacher à démystifier ces frères ennemis que sont l'homme de droite et l'homme de gauche. A la guerre civile, climat presque naturel aux Français, il oppose le dialogue. Pourquoi, en 1968, la Gauche a-t-elle failli à sa mission ? Mai avait-il un sens, et lequel ? Était-ce le premier signe de nouveaux Temps Modernes, ou seulement une révolution du XIXe siècle ? Telles sont les questions que pose Boisdeffre, avec l'autorité que lui confère la triple expérience du diplomate, de l'écrivain engagé, du haut fonctionnaire, cinq années Directeur de la Radiodiffusion. On lira avec passion, et parfois avec surprise, cette lettre écrite au galop de l'Histoire, mais qui en appelle à l'Éternité. Étonnante confession d'un côté ; impitoyable réquisitoire de l'autre, cette lettre chaleureuse, libre de ton, émane d'un écrivain de race.

  • Pendant des siècles, le mot con n'a été utilisé que dans le langage parlé du peuple et de l'aristocratie. La bourgeoisie le boudait car il n'avait pas bon genre. L'écriture l'ignorait. Il ne figurait que sous forme d'initiale dans les libelles les plus virulents. Et maintenant, le voici qui se répand comme la foudre. On le rencontre à l'université, dans la presse, à chaque détour du discours quotidien, et, plus il va, plus il se multiplie. Au point que la connerie devient parfaitement indéfinissable. Être con, est-ce un état, un statut, un défaut, une force ? Rien de tout cela, et beaucoup plus encore, selon Yvan Audouard qui n'hésite pas à commencer cette Lettre Ouverte aux cons par cette fière affirmation : « Je sais de quoi je parle. J'en suis un. » Sans doute sommes-nous tous plus ou moins cons. Une grande fraternité comme on voit. Il reste que, plus la connerie devient indéfinissable, moins on peut l'éviter. C'est son côté diabolique. Au reste, Yvan Audouard, qui n'a jamais été aussi en verve que dans cette Lettre Ouverte, a mis au point une formule dont la logique est irréfutable. La voici : « Quand on croit tenir la connerie, elle vous échappe. Si elle vous échappe, c'est que vous êtes un con. » Sujet immense que la connerie ! Et immense occasion, pour chacun d'entre nous, de savoir enfin, pour reprendre le savoureux langage d'Yvan Audouard, si on en est un - ou non.

  • Il serait étonnant qu'en un temps où toutes les traditions, les valeurs, les moeurs sont sujettes à contestation et à mutation, la médecine échappât à la conjoncture. Ce n'est pas, bien entendu, son principe qui est en cause. La crise qu'elle traverse concerne ses méthodes, ses pouvoirs, son rôle social, son mode d'exercice. Elle perd en art ce qu'elle gagne en science. Et, d'autre part, elle se trouve arbitre des intérêts désormais contraires de l'individu et de la société. Les médecins ressentent les effets de cet état de choses. Et l'opinion se montre sévère à leur égard, tantôt à juste titre, tantôt non. L'auteur, chirurgien en retraite, qui a profondément aimé et connu sa profession pendant cinquante ans, s'adresse ici, à travers un de ses amis en « mal de médecine », au public tout entier. D'une impartialité exemplaire, il met (par habitude) le doigt sur toutes les plaies, n'excepte rien, ne ménage personne. Ainsi ces pages, sans prétendre apporter une solution globale, jettent une vive lumière sur une question d'une importance quotidienne pour tous, et invitent, grâce à plus de clarté, les deux partis à se mieux comprendre et à s'entr'aider.

  • Ethnologue et écrivain, professeur et homme politique, Jacques Soustelle a consacré une large part de sa vie aux pays d'outre-mer : Mexique et Amérique Centrale naturellement, mais aussi Afrique du Nord, Sahara, Afrique Noire, Polynésie, Nouvelle-Calédonie. C'est avec une profonde affection pour les peuples de ces pays, et en même temps avec une salutaire méfiance envers ceux qui prétendent parler en leur nom, qu'il analyse la situation du « Tiers-Monde » dans cette « Lettre ouverte ». A qui la décolonisation profite-t-elle ? Quel est le sort des peuples hier colonisés, indépendants aujourd'hui ? C'est à ces questions que l'auteur entreprend de répondre en s'appuyant sur une documentation vaste et précise, d'une plume alerte et souvent incisive, en stigmatisant allègrement les dictateurs extravagants, les tyranneaux racistes, les terroristes professionnels et les « nouveaux Messieurs » qui détournent à leur usage l'aide aux pays sous-développés. Au moment où sont remis en cause les rapports entre la France et l'Afrique et tout le problème de la coopération, le livre de Jacques Soustelle est d'une brûlante actualité.

  • Après avoir, dans des livres édités en une douzaine de langues, inventorié l'avenir économique et social du monde, après avoir envisagé Les quarante mille heures de travail et la morale prospective, Jean Fourastié élargit encore ici son champ d'observation : à l'intention du grand public, il s'interroge sur la condition humaine. Dans la contestation des sociétés et des religions, dans le désarroi des doctrines et l'émiettement des philosophies, un seul facteur de la connaissance humaine poursuit son progrès triomphant : la science expérimentale. Par ses résultats, et plus encore par ses techniques et par leur efficacité pratique, la science est à la fois la cause de toutes les crises, l'espoir de tous les progrès et de toutes les révolutions. Jean Fourastié recherche ce que la science nous apprend de la condition humaine, ce qu'elle pourra nous apprendre, ce qu'elle laisse et laissera sans réponse. Il envisage ensuite ce qui subsiste et pourra subsister de la pensée traditionnelle, des sociétés, des philosophies, des morales, des religions millénaires lorsqu'elles sont, et seront confrontées aux tests disrupteurs de l'informatique, de la physique nucléaire, de la chimie biologique, de la génétique, des cosmogonies stellaires et nébulaires... En un temps où l'art, les lettres, la politique et la vie quotidienne expriment une inquiétude qui, dépassant le désarroi, va souvent jusqu'à l'angoisse, l'intolérance, la violence et le nihilisme, Jean Fourastié, en s'interrogeant sur la finalité du monde et l'ardeur de vivre, nous pose les problèmes personnels qui commandent notre existence familière et l'avenir de notre espèce.

  • « Vous avez mis fin à vos jours, cette nuit à 4 h 30... » Un homme aux cheveux gris veille une jeune fille qui vient de se suicider. Îlot de silence immobile parmi le tumulte indécent de la ville, cette chambre est pleine d'indices, mais elle garde son secret ; et ce masque de cire et d'ivoire le garde plus hautainement encore. Et, tout au long de cet écrit, l'homme cherchera désespérément pourquoi on se tue à vingt ans, la veille de l'été, quand on a « tout pour soi... » Et il va s'aviser que, peut-être, nous sommes tous un peu responsables de ce crime : que cette époque et cette société sont les ennemies de tout ce que peut incarner une jeune fille, les ennemies de notre âme. Réquisitoire contre ce temps, méditation sur la mort, regard sur la jeunesse, cette « Lettre Ouverte » (que sa destinataire est la seule à ne pouvoir lire) du grand romancier auquel aucun problème humain n'est étranger, est née de l'alliance pathétique de la colère et de la compassion. Aucun lecteur ne sera insensible à l'intense émotion qui s'en dégage.

  • Alors que, pendant treize ans, Jean Grandmougin, à raison de deux éditoriaux par jour, s'était fait, au micro de Radio-Luxembourg et pour des millions de Français, l'historien de l'actualité mondiale, il s'est brusquement tu en mars 1962. Pourquoi ? Nombre d'auditeurs sont demeurés, à regret, dans l'ignorance. Cinq ans après, donc sans passion, sans polémique, Jean Grandmougin s'efforce d'expliquer comment un commentateur politique peut être, du jour au lendemain, réduit au silence. Par-delà son cas personnel, il pose le problème de la liberté d'expression. Les Français ont-ils le droit d'être informés ou seront-ils astreints à un endoctrinement ? La raison doit-elle être d'État ? Le Pouvoir doit-il prévaloir sur l'homme ? A ces questions répond « l'affaire Grandmougin ».

  • Vous êtes vivant... Savez-vous bien ce que cela veut dire ? Savez-vous, par exemple, que chaque cellule de votre corps contient, inscrits sur des molécules qui ressemblent à des rubans télégraphiques, les ordres concernant toutes ses fonctions, et toute votre hérédité depuis la nuit des temps ? Et que si on mettait bout à bout les "rubans" contenus dans les cellules d'un seul corps humain leur longueur couvrirait mille fois la distance de la Terre au Soleil ? Chaque détail d'un être vivant est un foisonnement de stupéfiants mystères. Et le plus grand de tous est la vie, dont nul ne sait ce qu'elle est. Or la voici menacée de destruction. Par le nucléaire. Militaire. Et civil. Un accident qui laisserait s'échapper le contenu d'une seule centrale à plutonium répandrait dans la nature de quoi tuer l'humanité tout entière... Et le plutonium répandu, que rien ne pourrait détruire, continuerait d'être mortel pendant plus de mille siècles. Peut-on prétendre qu'il n'y aura jamais d'accident ? Mais le pétrole va devenir rare et risque de manquer brutalement à la suite d'un conflit. Pour le remplacer il n'y a rien d'autre de prêt que les centrales nucléaires. Sans elles, la fin du pétrole, c'est la fermeture des usines, le chômage total, la famine dans les villes et la guerre civile. Pour décrire cette situation, Barjavel retrouve les accents de son roman prophétique, Ravage, écrit il y a 35 ans... Sans le nucléaire, c'est le désastre. Mais avec le nucléaire c'est la catastrophe... Barjavel propose de s'évader de cette alternative infernale par une troisième voie qui aurait, en plus, l'avantage de favoriser la transformation pacifique de notre civilisation en une forme nouvelle de société décentralisée, où l'homme retrouverait, avec la nature, un accord qu'il n'aurait jamais dû rompre. L'objet de sa lettre ouverte est de nous rappeler, au-dessus des querelles politiques et nationalistes, qu'il y a aujourd'hui quelque chose de plus important que de choisir de vivre de telle ou telle façon : c'est, impérativement, choisir de vivre.

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