Éditions de la Sorbonne

  • Au XIXe siècle, des milliers de Britanniques émigrent vers le continent. Parmi eux, des artisans viennent travailler quelque temps, forts de savoir-faire acquis outre-Manche, au coeur de l'industrialisation. Alors que les circulations se multiplient, mécaniciens, ouvrières du lin et du jute, dentelliers, cheminots, terrassiers ou travailleurs du fer utilisent leurs compétences en Europe. Au moins trois d'entre eux, venus à Paris par ces sentiers de l'ouvrier, ont laissé des mémoires : John Colin, apprêteur de cuir écossais et « ivrogne réformé » ; Charles Manby Smith, typographe érudit, qui compose à Paris des livres en anglais et William Duthie, orfèvre itinérant. Ils sont employés dans cette « fabrique collective » parisienne, capitale de l'échoppe et de l'atelier, destination de centaines de milliers de migrants provinciaux et étrangers. Ces trois témoins décrivent leur travail, leur logement et leurs sociabilités. Ils sont parfois les témoins de la grande histoire, à l'instar de Smith, observateur apeuré de la révolution de Juillet 1830. Ils repartent et finissent par raconter leur vie, selon un usage alors répandu dans les classes populaires britanniques. Leurs témoignages sur le Paris ouvrier sont rassemblés ici, pour la première fois en français.

  • Partir sur les traces de Matswa, dans l'entre-deux-guerres, c'est illuminer l'itinéraire d'un acteur à la fois mystérieux et méconnu, pourtant incontournable si l'on veut saisir les contours de la fronde contre l'ordre colonial qui se dessine aux quatre coins de l'Hexagone à partir des années 1920. Utilisant la quête de la citoyenneté française comme un fil d'Ariane, l'auteur fait cheminer le lecteur dans le dédale de la lutte anticoloniale, des cafés de la Ville-Lumière, aux Quatre Communes côtières du Sénégal, aux villages frondeurs du Moyen-Congo et aux camps de détention du Sahel tchadien. À son parcours militant audacieux se double un destin posthume qui occupe une place disproportionnée dans l'imaginaire collectif des Congolais. C'est une vie créée de toutes pièces, une vie de légende dans laquelle Matswa apparaît affublé d'oripeaux prométhéens. Cette biographie de Matswa s'attèle justement, en recourant à une pléthore de sources, à faire la part entre l'univers des croyances et l'ordre des connaissances.

  • Le souci des morts est le propre de notre commune humanité, par delà l'infini répertoire des pratiques funéraires qui l'expriment et le traduisent. Mais les relations entre les vivants et les morts, le commerce qui s'établit de part et d'autre de la tombe, les échanges matériels et immatériels dont elle est le pivôt, sont pour les historiens et les archéologues de formidables révélateurs des structures (sociales, économiques, symboliques) de la société qu'ils étudient. En tenant son LXVIIIe congrès à Jérusalem, ville-sanctuaire et ville-cimetièreoùtant d'hommes et de femmes sont venus ou ontespéré mourir au Moyen Âge, la Société des historiens médiévistes de l'Enseignement supérieur public a souhaité interroger les relations entre les vivants et les morts en un lieu placé au coeur des croyances et des attentes eschatologiques des trois grandes traditions monothéistes. Attentifs à la diversité des mondes chrétiens, juifs et musulmans qui se croisent dans l'histoire de Jérusalem, les auteurs ont mobilisé l'ensemble des traces laissées par les gestes, les pratiques et les croyances des hommes et des femmes du Moyen Âgeàl'égard de leurs morts : de l'étude archéologique des sépultures à leurs représentations, de l'épigraphie funéraire à la mémoire archivistique des défunts, du commentaire des écritures saintes au récit des morts illustres ou anonymes. Ainsi sont mis en lumière la prise en charge des défunts, l'espace qui leur est assigné en propre ou en partage dans la société de leur temps, l'économie des échanges matériels et mémoriels entre morts et vivants, les croyances enfin qui investissent les multiples temporalités de leurs relations de part et d'autre de la tombe. Le Moyen Âge n'a cessé de bruisser du commerce des vivants et des morts : ce volume entend donner à entendre cette conversation ininterrompue.

  • Signs and States, programme financé par l'ERC (European Research Council), a pour but d'explorer la sémiologie de l'État du XIIIe siècle au milieu du XVIIe siècle. Textes, performances, images, liturgies, sons et musiques, architectures, structures spatiales, tout ce qui contribue à la communication des sociétés politiques, tout ce qu'exprime l'idéel des individus et leur imaginaire, est ici passé au crible dans trois séries de rencontres dont les actes ont été rassemblés dans une collection, Le pouvoir symbolique en Occident (1300-1640). Ces volumes, adoptant une perspective pluridisciplinaire et comparative dans une visée de long terme, combinent études de cas, analyses conceptuelles et réflexions plus théoriques. Et les réponses à ce questionnaire, issu d'une réflexion sur une histoire culturelle poursuivie sur plus de cinq siècles, remettent en cause une histoire de l'Occident latin où l'on opposerait Église et État : la mutation culturelle engendrée par la réforme grégorienne qui, tout en assurant d'abord le triomphe de la papauté, a donné à l'État moderne les moyens d'assurer sa propre légitimité en créant les conditions d'une révolution du système de communication. Elle engendre un partage du pouvoir symbolique et des processus de légitimation avec l'État : la capacité de ce dernier à se légitimer par le consentement de la société politique en dehors de la contingence religieuse est une spécificité de l'Occident latin, clé de l'essor des États modernes européens.

  • Peut-on, aujourd'hui, écrire une histoire de la Gaule ? Les descriptions faites par César dans le récit de sa conquête - la fameuse Guerre des Gaules - relèvent-elles du mirage et obéissent-elles à la seule règle de la communication politique ? Quelle était la réalité indigène des Gaules du 1er siècle avant notre ère ? En reprenant l'ensemble du dossier grec et latin, cet ouvrage fait d'emblée le pari de l'unité de la Gaule en montrant comment s'y sont développées, avant César, des pratiques politiques communes : assemblées à différentes échelles, reconnaissance d'une autorité commune, mise en place de coalitions générales placées sous l'autorité de chefs de guerre dont Vercingétorix fut le dernier et le plus célèbre représentant. Après la conquête romaine, ces pratiques constituèrent une partie du socle administratif de la Gaule romaine. Ainsi l'entité gauloise fut pérennisée par le culte du Con_ uent, à Lyon, ignorant la tripartition provinciale imposée par Rome et obéissant en partie à une tradition héritée du temps de l'indépendance. En s'appuyant sur le dynamisme de l'archéologie régionale, cet ouvrage enrichit considérablement l'image communément partagée de la Gaule. Fini le temps où les seuls Éduens représentaient, élevés au rang de modèle unique, tout ce que l'on pensait savoir sur les Gaulois : la diversité des institutions gauloises, liées à celle des peuples de la Gaule, donne à voir une société bien plus complexe et bien plus intéressante. Le découpage provincial et la mutation civique réalisée par les Romains en 16-13 après notre ère, tout en poussant à davantage d'homogénéisation institutionnelle, ne mettent pas un terme à cette diversité. L'adaptation aux normes importées d'Italie suit en effet, selon les régions, des schémas et des rythmes variés. Documentés par un large corpus de textes relus à l'aune de nouvelles questions et par l'exploitation d'un important matériel archéologique et numismatique, la Gaule et ses peuples trouvent ici une épaisseur politique surprenante qui renouvelle largement notre regard sur ceux qui furent longtemps considérés comme de fameux « ancêtres », nos Gaulois.

  • L'ouvrage, qu'on situera volontiers dans le sillage et l'exploration de l'assertion forte, programmatique, qui ouvre la « petite physique », au scolie de la proposition 13 de la seconde partie de l'Éthique, se propose d'explorer les rapports entre aptitudes, changements, et accommodements, afin de découvrir si, de façon larvée ou explicite, la conception spinoziste de l'essence n'aurait pas à (nous) offrir des ressources de plasticité. Celles-ci, pour peu qu'on y porte son attention, pourraient être proportionnelles au nombre des contextes affectifs que la nature exerce sur les individus qui la peuplent, et donc, selon le chapitre 6 de l'appendice de la quatrième partie de l'Éthique, « quasiment infinies ». Tentons alors, à l'aide des textes du philosophe néerlandais, de mesurer l'étendue de ces ressorts.

  • Que se serait-il passé si Adam n'avait pas péché ? Le récit de la Chute ne raconte pas seulement comment le premier homme et la première femme ont désobéi et ont été chassés du jardin de l'Éden. C'est aussi un instrument formidable pour penser philosophiquement la nature humaine, ses potentialités et ses limites, pour dessiner les différents plans d'une anthropologie complexe et diversifiée. La rupture du péché originel, qui instaure un Avant et un Après de la nature humaine, a représenté un défi intellectuel, une provocation pour la philosophie que la pensée médiévale - et moderne - a voulu recueillir et affronter. Cette nécessité s'est faite d'autant plus pressante que d'autres modèles anthropologiques devenaient disponibles, au premier rang desquels le modèle aristotélicien, où l'idée d'une rupture dans l'histoire humaine ou d'une naturalité scindée n'avait pas sa place. Les réflexions sur la Chute ont donné lieu à des débats importants sur le langage, la liberté et le mal, le bonheur, les passions, le corps, la vie et le pouvoir politique, le droit, le travail, qui sont l'objet des chapitres de ce livre. Prises ainsi dans leur dimension anthropologique, ces questions autour de la Chute deviennent un véritable modèle épistémologique pour penser la naturalité de l'homme et son histoire, en termes de dégradation ou de progrès, modèle qui dépasse l'époque médiévale et rejoint des questionnements que l'on retrouve notamment à l'âge classique.

  • L'espace est à la fois une réalité concrète, matérielle et mesurable, et une construction sociale et symbolique, ces deux aspects interagissant en permanence. L'Occident latin est certes en ce domaine l'héritier de Rome, mais les conceptions et les pratiques de l'espace ont été bouleversées par la chute de l'Empire et le développement de nouvelles structures politiques où les pouvoirs s'exercent sur les hommes plus que sur les territoires, une notion qui semble s'être temporairement effacée. Dans la perspective du programme SAS qui est celle d'une sémiologie de la naissance de l'état moderne, ce sont moins les signes dans l'espace que les signes de l'espace qui sont étudiés ici. On sait que l'espace est une production sociale et notre conception de l'espace comme surface homogène et mesurable n'est pas celle de la période médiévale et moderne, où l'on oscille sans cesse entre un espace polarisé autour des lieux de pouvoir et/ou des lieux sacrés et l'espace conçu comme territoire. Les communications sont regroupées en quatre thématiques : marqueurs symboliques de l'espace (palais communaux, espaces de pouvoirs, mausolées dynastiques), pouvoirs et symbolique de l'espace (identité civique des communes, contrôle de l'espace impérial, marquage de l'espace économique, retour du territoire), représentation symbolique de l'espace (cartes marines, portulans, vues figurées, usages de la géographie) et perception de la symbolique de l'espace (frontières, écrits administratifs, représentations de la cité).

  • En explorant cinémas et boutiques, cimetières, rues et places publiques, c'est à une autre histoire de la socialisation politique au Maghreb qu'invitent les vingt-huit disciples et amis réunis dans ce livre pour rendre un hommage collectif à Omar Carlier. Historien de l'Algérie et homme de terrain, Omar Carlier a profondément renouvelé l'approche du politique en Afrique du Nord : venus d'Algérie, de France et d'ailleurs, ces vingt-huit historiens enquêtent, suivant les chemins qu'il a défrichés, sur les lieux, les événements et les objets grâce auxquels il a éclairé d'un jour nouveau notre compréhension de la région et des enjeux politiques, sociaux et culturels qui l'animent. Ces études offrent ainsi de nouvelles pistes pour comprendre la guerre d'indépendance algérienne, revenant sur les origines du Front de libération nationale, sur les mouvements et engagements militants, à Alger comme en métropole, et sur les chants et les festivités à l'heure de l'indépendance. Car, dans ce livre, l'Algérie est saisie dans son ensemble : à l'échelle du Maghreb comme au sein du monde ottoman, parmi les empires coloniaux et dans la période de l'après-indépendance - quand l'histoire coloniale pèse, encore et toujours.

  • Comment reconnaître une information véridique ? Dans un monde bercé par la litanie des fake news, la question est d'une actualité cruciale. Comment croire autrui, sur quels critères accepter ou réfuter les nouvelles transmises, comment être cru ? Ces questions étaient aussi pertinentes dans l'Athènes classique qu'elles le sont aujourd'hui avec les réseaux sociaux. Dans les plaidoiries du ive siècle avant J.-C. conservées grâce à la transmission manuscrite, les plaignants répètent en effet sans cesse à leur auditoire qu'ils « disent vrai ». Les chercheurs ont cherché depuis longtemps à déterminer si c'était bien le cas, en croisant les événements décrits avec les faits attestés par ailleurs. Ce livre, en interrogeant les mécanismes employés pour rendre vrai un discours, adopte une approche radicalement différente. En situant la fabrique de la vérité du côté de l'énoncé du discours, l'ouvrage déploie pour le lecteur l'éventail des preuves auquel les plaignants avaient recours lors de leur intervention au tribunal, appelé le dispositif de vérité. Au centre de ce dispositif émerge une figure majeure, celle du témoin. La place faite aux déposants dans l'enceinte judiciaire ne va pas de soi, pas plus que les gestes attendus d'eux au moment de leur témoignage. Les dimensions orales et écrites des dépositions testimoniales sont alors soigneusement articulées. La valorisation de la parole des témoins varie en fonction de leur sexe et de leur statut, qu'ils soient libres ou non. Les individus qui montent à la tribune sont tenus responsables de leur parole selon des principes qui nouent étroitement le droit et la religion, le regard des juges et celui des dieux. Témoigner et convaincre sont des actes qui s'insèrent par conséquent dans un dispositif de vérité contraignant. Les Anciens étaient soucieux, à leur manière, de placer leurs discours sous le signe de la vérité.

  • Le souci des morts est le propre de notre commune humanité, par-delà l'infini répertoire des pratiques funéraires qui l'expriment et le traduisent. Mais les relations entre les vivants et les morts, le commerce qui s'établit de part et d'autre de la tombe, les échanges matériels et immatériels dont elle est le pivot, sont pour les historiens et les archéologues de formidables révélateurs des structures (sociales, économiques, symboliques) de la société qu'ils étudient. En tenant son LXVIIIe congrès à Jérusalem, ville-sanctuaire et ville-cimetière où tant d'hommes et de femmes sont venus ou ont espéré mourir au Moyen Âge, la Société des historiens médiévistes de l'Enseignement supérieur public a souhaité interroger les relations entre les vivants et les morts en un lieu placé au coeur des croyances et des attentes eschatologiques des trois grandes traditions monothéistes. Attentifs à la diversité des mondes chrétien, juif et musulman qui se croisent dans l'histoire de Jérusalem, les auteurs ont mobilisé l'ensemble des traces laissées par les gestes, les pratiques et les croyances des hommes et des femmes du Moyen Âge à l'égard de leurs morts : de l'étude archéologique des sépultures à leurs représentations, de l'épigraphie funéraire à la mémoire archivistique des défunts, du commentaire des écritures saintes au récit des morts illustres ou anonymes. Ainsi sont mis en lumière la prise en charge des défunts, l'espace qui leur est assigné en propre ou en partage dans la société de leur temps, l'économie des échanges matériels et mémoriels entre morts et vivants, les croyances enfin qui investissent les multiples temporalités de leurs relations de part et d'autre de la tombe. Le Moyen Âge n'a cessé de bruisser du commerce des vivants et des morts : ce volume donne à entendre cette conversation ininterrompue.

  • Par constitution, il est convenu d'entendre un texte établissant la forme organique de l'État, et de tels textes n'existent pas avant le xviiie siècle. Peut-on alors parler de « constitutions » pour le Moyen Âge ? Empiriquement, communes et monarchies avaient des constitutions : aucun texte juridique ne les décrivait, mais elles existaient bel et bien et on en discutait pied à pied les dispositions. Dès qu'ils les ont connues, les juristes et les théologiens ont discuté les constitutions analysées par Aristote dans sa Politique. Nul ne doute cependant du caractère constitutionnel de la monarchie parlementaire anglaise, que l'on considère aujourd'hui comme une constitution coutumière. Une définition trop stricte conduirait donc à passer sous silence certaines situations et expériences déterminantes dans la conceptualisation et l'application d'une idée constitutionnelle dans l'Europe des États qui se met en place à partir du xiie siècle. Le choix d'une définition plus large s'impose. Nous avons donc adopté une définition plus large de ce que peut être une « constitution » : un ensemble de normes auquel, indépendamment de sa forme juridique, une société accorde une valeur fondamentale, parce qu'il définit, garantit et règle sa relation au pouvoir et fixe, ce faisant, les conditions d'un échange politique. Sur la base de cette définition, la mise en oeuvre de l'idée constitutionnelle a été envisagée depuis les chartes de franchises (des proto-constitutions ?) jusqu'aux constitutions modernes, en passant par les législations produites par les États. On trouvera ici des études portant sur des textes ayant joué un rôle historique considérable : certains sont célèbres (la Grande Charte de 1215, la Bulle d'Or hongroise et celle de l'Empire), d'autres le sont moins (les tracts des Niveleurs), ou ne sont même pas identifiés comme des textes constitutionnels (les chartes gasconnes). Sur le fond de ces textes, on trouvera une réflexion théorique, portant sur la constitutionnalité du souverain ou sur celle des régimes politiques, ou encore sur les crises constitutionnelles. Sur leurs formes, très diverses, on trouvera aussi une approche mettant en relation les formes et les conditions sociales et politiques de production de ces textes. Enfin, peu de volumes peuvent prétendre rassembler à la fois des études synthétiques et des études de cas portant sur autant de périodes et de lieux différents.

  • Cet ouvrage propose de s'interroger sur l'appréhension et la qualification des espaces au sein du site archéologique. Les intervenants ont ainsi partagé leur réflexion sur les marqueurs matériels - artefact ou écofact - servant à l'identification des espaces au sein du site. Il est organisé autour des trois thèmes majeurs qui ressortirent alors : l'identification et la dévolution des bâtiments ; les espaces funéraires et enfin la spatialisation des activités. Nous espérons que le lecteur trouvera tant dans la grande diversité des périodes et aires chrono-culturelles représentées, que dans le vaste panel des sources et méthodes mobilisées, inspiration et sujet de réflexion.

  • En droit canonique, l'excommunication est une censure, une peine médicinale, qui vise à mener le pécheur à faire pénitence afin d'être réintégré dans le giron de l'Église. À la fin du Moyen Âge, l'excommunication apparaît aux yeux des réformateurs comme galvaudée par son usage courant pour des causes mineures, endettement ou contumace essentiellement. Quel est le poids réel de l'excommunication pour les fidèles qui l'endurent ? Sources normatives et liturgiques définissent l'excommunication comme une peine prononcée par les pouvoirs ecclésiastiques envers ceux qui sont rétifs à l'autorité de l'Église : l'excommunié est banni de la communauté des chrétiens jusqu'à ce qu'il obtienne son pardon. Mais les archives des officialités révèlent à la fois les usages réels de la censure, arme de l'Église pour défendre ses droits et surtout pour obtenir des fidèles un comportement conforme aux exigences chrétiennes, et la perception de l'excommunication par ces mêmes fidèles. L'attachement à la communauté est indéniable et l'excommunication abusive est vécue comme une atteinte à l'honneur de chacun, comme une mise en cause du lien social existant au sein de la paroisse. Cependant, les relations entre proches, parents, amis, voisins, dépassent la portée de l'excommunication, réduisent l'efficacité de celle-ci en maintenant l'excommunié au milieu des siens. L'idéal reste une participation pleine et entière à la vie liturgique paroissiale, par laquelle la communauté se forme et s'affirme. Abus de l'Église peut-être, mais l'excommunication est indéniablement un révélateur du lien existant entre l'Église et les fidèles en cette fin du Moyen Âge.

  • De 1838 à 1858, en Grande-Bretagne, dans la première société industrielle, le chartisme fut un mouvement ouvrier inédit, mobilisant, à son apogée, trois millions d'hommes et de femmes. Les militants de la Charte du Peuple luttaient pour le suffrage universel et une société démocratique qui permettent à chacun de vivre dignement de son travail. À travers des pétitions de masse adressées au Parlement, des rassemblements et des manifestations, des journaux, des chants et des communautés villageoises, les chartistes envisageaient une autre société. Le chartisme étudie le mouvement dans son intégralité, en Grande-Bretagne et en Irlande. S'appuyant sur une grande maîtrise des archives et des publications d'époque, l'auteur s'est particulièrement intéressé à l'expérience des hommes, des femmes et des enfants du mouvement. Le récit haletant est entrecoupé de courtes « vies chartistes », qui constituent autant de passionnantes biographies. Cet ouvrage est, depuis 1913, le premier en français sur le sujet.

  • Cet ouvrage propose une série d'études fondées sur des travaux de jeunes chercheurs éclairant la façon dont l'essor de l'écrit documentaire au cours d'un long XIIIe siècle a transformé en profondeur les pratiques administratives des sociétés médiévales occidentales. De la Sainte-Trinité de Caen au Mont-Cassin, de Paris au Midi toulousain, ces textes interrogent la façon dont l'écrit administratif est produit, utilisé, archivé. Écrire, est d'abord une façon d'appréhender le territoire, par l'inventaire des ressources d'une institution, par l'enquête, par l'enregistrement d'actes, renvoyant aux préoccupations propres au contrôle d'un espace éclaté, ou dans l'affirmation d'une personnalité institutionnelle. Les formes prises par ces documents administratifs et leur place dans les processus de gouvernement dépendent des hommes qui en gouvernent la genèse, de leur conception à leur rédaction, que ces dynamiques soient collectives, comme dans l'administration du comte de Toulouse, ou individuelles, comme dans la pratique toute personnelle de l'artisan Jean Teisseire. L'objet-document ainsi produit résulte d'une stratification de pratiques évoluant dans le temps, que seule une étude codicologique minutieuse et rigoureuse peut restituer, comme dans le cas du livre-outil de Saint-Martin de Pontoise. Enfin, la dimension archivistique de l'écrit apporte un recul sur la constitution de mémoires documentaires indissociables de certaines transformations sociales de la fin du Moyen Âge. L'étude des cartulaires de Notre-Dame de Paris et des regards croisés sur la documentation de la Sainte-Chapelle, par exemple, viennent ainsi compléter notre compréhension des mécanismes d'archivage et de la fonction des archives au sein des institutions.

  • Le XLIe Congrès de la Société des historiens médiévistes de l'Enseignement supérieur public s'est tenu en juin 2010 dans l'ancienne capitale des Gaules, qui, au Moyen Âge, fut au coeur de relations complexes entre Royaume et Empire. De nos jours, les pratiques diplomatiques servent un ordre international qu'elles ne cessent de refaçonner, misant sur les révolutions, les guerres et une certaine éthique démocratique. Au Moyen Âge également, elles furent une modalité des relations entre États. Mais, parce qu'elles expriment parfois un rapport de forces et qu'elles se construisaient sur l'échange et la communication, elles tenaient aussi une place et un rôle en d'autres lieux d'expression du pouvoir. Les relations diplomatiques ne constituent pas seulement une alternative à l'affrontement, au recours aux armes et à la violence politique. Elles sont ici envisagées dans toutes leurs dimensions. Des jeux d'échelles permettent de saisir les techniques et les rites qui les structurent dans un cadre curial et, tout autant, leur évolution dans divers espaces géographiques où elles permettent d'instaurer à partir d'un désordre relationnel un ordre diplomatique. Décloisonner l'appréhension d'un tel objet historique, dépasser le seul point de vue des relations internationales ou de la politique extérieure, ouvrir l'horizon vers d'autres cultures, byzantine, musulmane, asiatique, et vers des mondes régis par d'autres références, conduit cet ouvrage à suggérer ce que les recherches sur les relations diplomatiques au Moyen Âge peuvent apporter à l'histoire de la diplomatie dans son ensemble.

  • Cet essai de synthèse est consacré à l'historiographie du Maghreb contemporain. Qui a écrit, et qui écrit l'histoire de l'Afrique du Nord, devenue Maghreb, depuis la fin du XIXe siècle ? Un demi-siècle après les indépendances, sans doute est-il nécessaire de revenir sur ce champ de recherches extrêmement idéologique. L'historiographie du Maghreb en langue française se présente comme une succession de séquences politiques et idéologiques qui se chevauchent rapidement. Pour éclairer ces interrogations, Pierre Vermeren dresse le portrait des générations d'historiens et autres spécialistes de ce champ. Cette histoire d'hommes, d'écoles et de réseaux est d'autant plus nécessaire, en ce début de XXIe siècle revenu des grandes idéologies, que la cohorte des historiens du Maghreb est résiduelle. Cette peau de chagrin scientifique peine à dépasser le cadre des spécialistes de la guerre d'Algérie. Or l'histoire de la région ne s'est pas arrêtée en 1962. En dépit de la forte demande sociale des héritiers et porteurs de cette histoire, le Maghreb s'est-il échappé du champ des préoccupations françaises ? Et pourquoi ?

  • Des esclaves convertis à l'islam devenant maîtres de musulmans : c'est à travers ce paradoxe que furent pendant longtemps perçus les mamelouks appelés à exercer de hautes charges administratives et militaires dans le monde arabe, de leur émergence dans l'entourage des califes omeyyades puis abbassides au viie siècle jusqu'à leur disparition plus d'un millénaire plus tard dans la seconde moitié du xixe siècle. Le livre de M'hamed Oualdi présente ce corps mamelouk, vu dans son hétérogénéité sociale - tout à la fois vizirs et gardes, généraux et pages -, au sein de l'Empire ottoman, dans la province de Tunis, aux côtés des beys gouvernant cette province, de la première dynastie des beys au début des années 1630 à l'établissement du Protectorat français sur la Tunisie au début des années 1880. Nourri de chroniques, de correspondances et de registres administratifs en langues arabe, française et anglaise, cet ouvrage va à l'encontre de certaines études qui ont présenté les mamelouks comme de simples esclaves étrangers servant des pouvoirs musulmans en manque de légitimité et qui préféraient s'appuyer sur ces recrues plus que sur leurs sujets « autochtones ». Les mamelouks ne coupaient pas les beys de Tunis de leurs sujets. Détachés de leurs foyers, mariés à des descendantes des beys et parfois liés aux intérêts de notables du pays, les dignitaires mamelouks permettaient à la fois de distinguer et d'associer leurs maîtres aux différents groupes sociaux de la province qu'ils étaient amenés à gouverner. Mais cet usage dynastique des mamelouks par les beys de Tunis prit fin avec l'interdiction de la traite des esclaves et la promotion de serviteurs tunisiens aux plus hautes fonctions administratives dans la seconde moitié du xixe siècle.

  • Durant les derniers siècles du Moyen Âge, Aden, grand port du Sud de l'Arabie, solidement arrimé aux pans d'un volcan insulaire, occupa une place exceptionnelle sur la route des épices, entre Orient et Occident. Escale essentielle pour les navires, où se croisaient marchands et produits les plus recherchés, relais majeur de la propagation de l'islam dans l'aire indo-océanique, Aden fut la pièce maîtresse d'une politique de vaste ampleur, menée avec obstination par les sultans rasulides du Yémen. Fondée en 1229, la dynastie rasulide imposa en effet jusqu'en 1454 son autorité et son hégémonie sur l'ensemble du Sud de la péninsule Arabique. Dominant la mer Rouge, craint et respecté par les tribus de l'Arabie et les puissances riveraines de l'océan Indien, l'État rasulide eut une longévité remarquable en construisant pour partie sa réussite sur l'ouverture de l'Arabie au grand commerce : des rivages d'Aden aux citadelles du Yémen, des portes de La Mekke aux marchés d'Alexandrie, des routes de l'Abyssinie aux vaisseaux de l'Inde. L'histoire du grand commerce oriental et celle du Yémen médiéval ont été longtemps écrites l'une sans l'autre, l'étude d'Éric Vallet permet enfin de les confronter. Abondamment nourrie par des sources originales - archives administratives et fiscales rasulides récemment découvertes -, et des corpus peu connus - l'historiographie du Yémen et de La Mekke -, cette somme érudite met en lumière les ambitions et les conflits qui animèrent l'un des coeurs de l'économie mondiale à la fin du Moyen Âge.

  • La loi de 1901 est née des débats consécutifs à l'Affaire Dreyfus. Le vote de cette loi de liberté restait bloqué depuis les années 1880, de crainte de légaliser des congrégations hostiles à la République. Après l'Affaire, le Parti républicain tranche pour un système à deux vitesses, restrictif pour les congrégations et libéral pour les associations laïques. Pour ces dernières, la loi entérine le régime de tolérance en vigueur. Des historiens, des juristes et des politologues reviennent ici sur le « moment 1901 ». Ce moment voit aussi l'émergence des partis modernes. Mais les partis n'ont pas tous utilisé la possibilité que leur offrait la loi de « se déclarer », On se « déclare » plus souvent à droite qu'à gauche, et le mode des relations que l'on entretient avec les associations amies varie d'un bord à l'autre de l'échiquier politique. Inversement, des associations se placent dans le champ politique, revendiquent une légitimité propre et entrent en concurrence avec les partis. Les légitimités participative et représentative sont-elles antagoniques par essence ? Peut-on au contraire les penser comme complémentaires ? Le mouvement associatif constitue-til un relais lors des périodes de perte de représentativité du système partisan ? Cette enquête pluridisciplinaire porte un nouveau regard sur les acteurs et les ressorts de la démocratie.

  • Aux deux derniers siècles de la République, et surtout à partir des tribunats des Gracques, les membres de la classe dirigeante romaine utilisèrent la notion de concordia dans les débats qui les opposaient les uns aux autres. Par leurs discours, ils entreprenaient de garantir ou de restaurer les conditions nécessaires à cette concorde des citoyens, et surtout à celle des principaux d'entre eux, les aristocrates, dont l'histoire démontrait qu'elle avait été réalisée par les ancêtres. Dans un contexte de conflit civil, la notion de concordia devint un idéal, car elle était conçue comme la condition indispensable à l'exercice d'un pouvoir de type collégial, c'est-à-dire au maintien, à la tête d'un empire, d'un groupe, les sénateurs, dont l'égalité de puissance impliquait qu'ils s'entendissent pour un accès réglé au faîte des honneurs. Mais parce qu'il s'agissait d'un idéal commun à tous, et alors que les oppositions entre sénateurs se radicalisaient à la fin de la République, cette notion devint le lieu d'un conflit politique majeur lorsque la capacité d'un aristocrate à rétablir ou à maintenir la concorde fut considéré comme un critère décisif de légitimité. L'échec de ce modèle constitua une des évolutions qui conduisit alors au premier triumvirat, puis à la dictature de César, lorsque la concorde ne fut plus cet idéal commun à toute une aristocratie, mais ce que devait défendre une poignée d'entre eux, et finalement un seul.

  • Au cours du xive siècle, l'Empire byzantin connut un fort déclin de sa puissance qui entraîna la conquête de son territoire par les Turcs ottomans. Les causes de la disparition de Byzance sont encore loin d'être élucidées, mais les chercheurs ont souvent évoqué un fort amenuisement de l'autorité de l'État dans les provinces. L'évolution économique des xie-xive siècles aurait conféré un pouvoir croissant aux grandes familles de l'aristocratie, provoquant la fragmentation du pouvoir politique et l'effacement de la puissance impériale. Cet ouvrage offre une nouvelle interprétation du déclin de l'État byzantin, à travers l'étude des mesures prises par les empereurs de la dynastie des Paléologues pour freiner l'avance ennemie et pour préserver les frontières de l'Empire. S'il apparaît que l'aristocratie joue un rôle décisif dans l'exercice du pouvoir impérial dans les provinces, l'Empereur continue d'exercer l'essentiel de ses prérogatives, militaires et fiscales, mais sur un territoire qui devient tellement restreint que l'objectif est désormais inatteignable.

  • Le xe siècle représente un tournant important dans l'histoire politique des pays d'Islam avec l'apparition de trois califats rivaux qui eurent pour capitales Bagdad, Le Caire et Cordoue, tandis que la fin du xve siècle vit la puissance ottomane s'affirmer en Orient et la domination musulmane disparaître de la péninsule Ibérique. Durant toute cette période, marquée par l'émergence de nombreux États régionaux, aucun modèle islamique de gouvernement ne s'imposa. Bien qu'unies par des institutions, des pratiques et des conceptions communes, les régions de cet immense empire présentaient, en effet, une si grande diversité linguistique, ethnique, religieuse, géographique et historique, que des formes de pouvoir très différentes se développèrent. En témoigne la documentation de nature variée rassemblée dans cet ouvrage : documents de chancellerie, extraits de sources littéraires, historiques, juridiques, géographiques, inscriptions, monnaies, enluminures, l'ensemble de ces sources laisse transparaître la conception et l'exercice des différents pouvoirs, leurs manifestations en milieu urbain, le soutien que leur apportèrent les oulémas, ainsi que certaines formes d'autonomies, de conflits et de résistances. Califes, vizirs, sultans, émirs, gouverneurs, responsables de la police ou des marchés, qu'ils aient été grands souverains ou intermédiaires plus modestes, les détenteurs de l'autorité apparaissent ainsi dans toute leur diversité dans des documents qui nous renseignent également sur la mise en scène du pouvoir et sa manière de communiquer. Toutes ces questions sur la nature et la représentation du gouvernement, le polycentrisme, la légitimité des États, les relations entre politique et religion, sont des sujets qui ont fait l'objet, ces dernières années, d'un important renouvellement historiographique dont la documentation, rassemblée ici, souhaite se faire l'écho.

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