ÉLP éditeur

  • Les portraits féminins en littérature m'ont toujours passionnée. Dans mes lectures, je suis sensible à l'équilibre complexe qui forge l'âme des personnages. Plus l'héroïne semble vraie, plus elle m'émeut. Combien de fois ai-je cru à mon amitié possible avec Élisabeth (Orgueil et préjugés, Jane Austen), Kitty (La passe dangereuse, Somerset Maugham), Myriam (Mangez-moi, Agnès Desarthe) ou encore Polly (La vérité sur Lorin Jones, Alison Lurie)... Dans le monde merveilleux des rêves éveillés, j'espère avoir le bonheur de les croiser un jour.
    Je suis une scientifique. De celles qui questionnent toujours les évidences. Un jour j'ai eu envie de renvoyer mes interrogations à un public exigeant et je me suis mise à écrire : livrer des émotions comme dans une lettre que j'ai écrite pour Jorge Semprun ou peindre des portraits comme dans ce texte, Quatorze appartements. La solidarité a-t-elle encore sa place dans les rapports humains ? Véronique y croit. Et même si ce sont des raisons personnelles qui la poussent vers ses contemporains, elle veut devenir actrice de la chaîne qui lie les hommes les uns aux autres, au risque de s'y blesser.
    Quatorze appartements raconte le parcours initiatique de Véronique Roland. Fraîchement installée à Lyon, déçue par son mari et pressentant la routine qui la guette, elle décide de renverser la vapeur et frappe aux portes de ses voisins pour tisser des liens. En réponse, elle rencontre l'indifférence des uns, la solitude des autres, l'infidélité et l'amitié.
    Quatorze appartements est un roman d'analyse qui plaira autant aux femmes qu'aux hommes, aux jeunes qu'aux vieux, puisqu'il nous emmène au coeur de l'humanité sociale de la vie quotidienne d'une famille de la classe moyenne en milieu urbain.

    Lien vers la page du livre chez l'éditeur :
    http://www.elpediteur.com/auteurs/karinthi_ag/2015_quatorze.html
    Lien vers une compte-rendu de lecture par Eole, sur le Songe d'une nuit d'été, webzine féminin :
    http://www.hellocoton.fr/to/1gBFC

  • Petite fille en fuite de tout, agressée jusqu'aux limites par des adultes zigzaguants que les démons chevauchent, Lussi s'écroule et s'écoule, d'espoirs en croyances en révélations corrosives. Toujours niée dans sa personne, toujours en rôle. Le chemin qu'elle parcourt s'éclaire de lueurs qui sont celles des paradis perdus, et nous qui la lisons, nous la voyons tout dégringoler depuis les aurores entrevues jusqu'aux sentines, jusqu'à ce que, acculée, ayant tout perdu, elle contre-attaque. Nous la voyons, lecteurs, sous toutes ses coutures se découdre et pourtant se défendre jusqu'à l'apothéose finale où il lui sera demandé de s'incliner sous les plus décomplexés de tous les applaudissements possibles. L'hyper-luxe ne s'inquiète jamais de rien d'autre que de la perfection de ses petits assouvissements ; les humains se creusent alors leur humanité dans les interstices de ses exigences d'airain. Paradoxalement, ce livre traite de la liberté.



  • De quoi parle l'oeuvre de Julien Quittelier ? Eh bien elle parle de nos esprits dégorgeant l'absinthe du missel qui firent du Seigneur les reliques satanes... bien qu'ils eurent prédit leur déréliction: un halo de science et tels que des platanes nos chairs en des lambeaux saints d'irréligion. Autrement dit, la religion décline et le phénomène est tellement avancé qu'il n'est même plus intéressant (ou inspirant, ou poétique) de s'en affliger. Alors, comme souvent chez les nostalgiques du fait religieux douloureusement conscients du fond bétonné et irrémédiable des sécularisations contemporaines, le poète va faire ici flèches de tous bois conceptualisables. Les dieux et entités des différents polythéismes antiques, accompagnés par Belzébuth (pour ne signaler que lui) vont danser une tarentelle endiablée. C'est la tempête, la déroute, la fantasia paniquée, le grand tourbillon. Nous ne somme pas ici dans du religieux (encore moins dans de l'irréligieux ou de l'anti-religieux) mais bel et bien dans du post-religieux.




    Vespéral de l'être c'est le soir qui tombe sur l'étant religieux. Le crépuscule des théogonies... Et ça prend l'allure d'une cacophonie si épouvantée qu'elle en devient grandiose. Il faut bien lire ce recueil et bien ne pas le comprendre. Ce sont les choreutes horripilés des temps anciens qui nous crient depuis leur caverne idoine, bêtes fatalement blessées, leur inaptitude insondable à s'immiscer dans le chas cuisant de l'aiguille acide de toutes nos modernités impavides.




    Vespéral de l'être est une oeuvre monumentale qui confine au sublime. Poème après poème, nous plongeons dans un univers aux relents du passé tout en étant plongé, comme l'auteur lui-même, au coeur de l'Europe contemporaine. Celui-ci a inscrit en sous-titre OEuvre littéraire complète. Permettez à l'éditeur d'en douter car une telle oeuvre ne saurait être complétée...

  • À l'heure du virage numérique, nommer correctement les documents et les dossiers est indispensable au repérage, à l'efficacité et au travail d'équipe. Pourtant, sur chacun des deux milliards d'ordinateurs dans le monde se trouvent des centaines, voire des milliers de noms de fichiers indéchiffrables. Les auteures proposent de troquer la confusion et l'improvisation contre une méthode de nommage pratique et souple. Des astuces, des outils et des exercices ponctuent l'ouvrage.
    Bien que cet ouvrage s'adresse aux professionnels, enseignants et étudiants des disciplines telles que les sciences de l'information, l'informatique de gestion, l'archivistique, la gestion des documents (records management) et la bureautique, il trouvera un écho favorable auprès des citoyens aux prises avec la gestion quotidienne de leurs fichiers bureautiques. Grâce à l'approche pédagogique et multidisciplinaire adoptée par les auteures, chacun y trouvera son compte.


  • Allan Erwan Berger adopte ici la forme du glossaire sélectif pour nous faire avancer dans l'aventure distanciée et grinçante de notre dense tradition semi-consciente de mauvaise foi. Héritier poupin et mutin des Encyclopédistes, de leur cynisme digressant, de leur humour vitriolique, de leur dialectique insolite, Berger nous fait penser le caisson en dehors du caisson. Il nous rappelle surtout qu'on se trimbale dans le monde avec notre pesante ardoise gribouillée de philosophie populaire, mi-bigote mi-paillarde, pendue autour du cou comme dans un ostracisme ou brandie au bout d'une pique comme dans une manif « pour tous »... Ah notre chère ardoise de sagesse vernaculaire... Et que celui dont l'ardoise est propre lance la première argutie.

    EXTRAITS ET PRÉSENTATION DÉTAILLÉE SUR LE SITE DE L'ÉDITEUR

  • Fermez les yeux. Sombrez. Le monde extérieur s'efface. Votre conscience se brouille. Combien êtes-vous, finalement, à résider dans votre château intime ? Qui vient de se lever tandis que vous êtes allongés ? Qui dirige maintenant ? Qui a pris le trousseau de clés ? D'autres hantent les couloirs de votre demeure. Vous dormez, locataire.
    Sous terre, dans un monde parallèle à celui du sommeil, la nuit perpétuelle déroule ses magies. Des comportements étranges s'y développent. La conscience se double d'inconscience, la voix de Dionysos se superpose à celle d'Apollon. Dans les couloirs secrets sous les villes ou dans l'obscurité des grottes, toutes sortes de rencontres qui, d'ordinaire, ne quitteraient pas les domaines du conte et du rêve, deviennent absolument, irrémédiablement jouées. Là-dessous, votre lampe, en repoussant l'ombre, n'y dévoile que de la pénombre, après tout, alors vos pensées s'en teintent.
    Je vous propose un petit voyage à l'intérieur de la terre. Vous y découvrirez des rites et des architectures étranges. Y règnent des mots qu'on ne saurait cerner que sur le divan du psychanalyste. Voici vos antipodes, qui pourtant vous fondent et vous structurent. Au grand jour, vous vous en nourrissez.
    Plus de détails et des extraits sur le site de l'éditeur...


  • Avec comme fil conducteur un ensemble d'élèves et Renée, leur professeur de mathématiques, ce roman atypique raconte une année scolaire en un ensemble de petites saynètes, réalistes, certes, mais qui comportent une touche de fantastique, surtout en ce qui concerne l'ascenseur du Collège de Rimouski, où il semble se passer des choses étranges.


    Parfois un beau rêve, parfois une horreur sans nom, chacun y vit sa propre aventure, traumatisant plus ou moins tous ceux qui ont l'idée saugrenue de s'en servir. Et toujours ils arrivent en retard pour leur cours de mathématiques, ce qui exaspère Renée au plus haut point. Autour de ces péripéties ascenseuresques, un retour aux sources, des réunions, des partys , des examens, tout ce qui tourne autour de la vie scolaire d'adolescents entre 17 et 20 ans et de leur professeur.

    Ce Conte d'ascenseur se lit avec plaisir, un peu comme on mange une glace... même si c'est glacé ou glacée d'effroi qu'on en ressortira, parfois, avec cet ascenseur qui traumatise chacune des personnes qui ont la mauvaise idée d'y pénétrer...


    Née dans la région de Montréal, l'adolescence de Marie-Andrée Mongeau a été façonnée par le Collège de l'Assomption, ses professeurs, ainsi que ses confrères et consoeurs de classe (qui la qualifiaient de « spéciale »). Puis, l'appel du large se fit sentir et elle déménagea à Rimouski pour faire ses études à l'Institut maritime du Québec, en mécanique de marine. Tant qu'à être « spéciale »... Elle a navigué de nombreuses années, avec délectation, sans jamais avoir regretté son choix de carrière. Embauchée par la suite comme enseignante, toujours à l'Institut maritime, elle a pu partager sa passion, tout en continuant à naviguer entre deux sessions de cours. Et toujours, son petit carnet d'écriture l'a accompagnée. Après avoir fait plusieurs séjours prolongés en France, elle s'est établie « définitivement » dans la campagne profonde sise à cheval entre la région du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie. Elle y est, elle y reste. Avec délectation.


    Conte d'ascenseur est son premier roman.

    Deux extraits emblématiques sont à lire sur le site de l'éditeur, en suivant ce lien.





  • Un soir, l'âme du vin chantait dans les bouteilles :


    « Homme, vers toi je pousse, ô cher déshérité,
    Sous ma prison de verre et mes cires vermeilles,
    Un chant plein de lumière et de fraternité ! »

    « Il n'est point d'humanité que je ne puisse assouplir lorsque, banquetante, elle se fait confidente, et les préventions dont se bardent nos tristes bourgeois - les imbéciles gigots! -, je les fais tomber sous les coups de bélier de ma simple évidence : vivre, c'est aimer. Ceci dit, je ne puis rien pour un politicard. »
    Nicolas Hibon rend ici un culte soutenu à Bacchus par l'intermédiaire d'un de ces personnages ahurissants dont il a le secret, un quidam suicidaire requalifié en prêtre d'une église abandonnée. S'attroupent en ouailles attentives et bénévolentes d'autres âmes marginales, et les anciens dieux resurgissent. « En cet ouvrage enfin un prêtre m'honore, et revivifie mon saint sang à grands coups de gobelets qu'il offre sans discrimination, généreux comme une source, à toute personne qui a soif d'être enfin acceptée et reçue pour ce qu'elle est. Alors les masques tombent. Mais pas que... Les culottes aussi. »
    Mais pas que. Une cloche aussi. Et beaucoup de préventions. Allons, que le vin coule à flots, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles.

    « En toi je tomberai, végétale ambroisie,
    Grain précieux jeté par l'éternel Semeur,
    Pour que de notre amour naisse la poésie
    Qui jaillira vers Dieu comme une rare fleur ! »

  • Ce second recueil de Richard Monette (agrémenté/commenté de photos) nous ramène très proche de la nature, de ses fluxions, de ses orages, de ses atermoiements, de ses consentements. Les poèmes seront par moments entrecoupés de courtes narrations évocatrices en prose, fraîches, humaines, légère-mais-denses, riches de cette unique aptitude à l'encapsulement durable de la chose enfantine si caractéristique de Monette. Dans les poèmes eux-mêmes se mirent l'incisif et l'insidieux, le décisif et le décati. Ils sont parfois coupants, parfois langoureux, toujours inévitables dans leur extra nécessité ordinaire. Le mot continue d'y surparler en se laissant raboter une carapace qui éclate en tessons.
    Le mot assume son jeu-de... et les calendes bourrent. Elles bourrent les urnes de ce temps qui perpétue son bruit de scie en redisant que ce qui est radical rejoint toujours ce qui est durable.
    Richard Monette dédie ce second recueil à sa grande soeur, parce que finalement c'est lui le temps qui reste et se dépose en postillons de rosée : une grande soeur.

    EXTRAITS À LIRE SUR LE SITE DE L'ÉDITEUR

  • Le principe pictopoétique tel que nous le développons ici vient de Guillaume Apollinaire. La dernière partie du recueil Alcools (1913), intitulée Le Bestiaire ou Cortège d'Orphée présente trente images (qu'on appelle techniquement des bois) du dessinateur Raoul Dufy suivies chacune d'un titre et de quatre vers du poète, en octosyllabiques ou en alexandrins. Cent ans plus tard, nous avons complexifié la démarche en rallongeant le bout rimé à deux petites pages et surtout en travaillant plus dynamiquement le titrage. Si Apollinaire commentait le lapin, l'image et la petite épigramme s'intitulaient tout simplement Le lapin, sans plus. Nous avons enrichi le jeu en lui insufflant une dimension plus aléatoire et plus automatiste de déclencheur poétique. L'imagier prend la photo et l'intitule selon son inspiration mais en évitant sciemment les intitulés descriptifs univoques au profit de vrais titres, au sens fort. Ainsi un papillon bleu sur une fougère ne s'intitulera pas Papillon bleu sur une fougère mais Dans la lande des langues. En procédant ainsi, en plus de fournir le crucial cadre visuel, notre imagier, qui est aussi un brillant écrivain, avance d'un cran dans le projet poétique en formulant sans tergiverser la direction déterminante de ce que fera le poème. Ajoutons que les connaissances entomologiques, zoologiques et botaniques manifestées et exprimées ici viennent aussi de l'imagier.
    Les photographies naturalistes d'Allan Erwan Berger se prêtent superbement à l'exercice auquel nous nous adonnons ici. Il est clair qu'un courant important de la poésie moderne évolue vers la miniature. Du temps d'Homère et aussi du temps de Malherbe on pouvait écrire des ouvrages entiers en vers. Victor Hugo et Alfred de Vigny, Louis Fréchette et Octave Crémazie, dans le monde francophone, ferment cette marche tonitruante de l'ode, de l'élégie et de la stance. Maintenant, avec Verlaine et Vigneault, le poème aborde le monde du petit, du fin, de l'intériorisé. Et aussi, maintenant, avec Queneau et Gauvreau, il s'approprie Dada, le grotesque, le bouffon, le cabot le foufou autant que la langueur, le vague à l'âme et la sagesse. La poésie n'est plus un art majeur mais, de ce fait, elle est maintenant vraiment plus libre que jamais. Faire du vers libre, c'est se donner toutes les structures appropriées, de la plus stricte à la plus lâche, de la plus héritée à la plus improvisée, fonction du problème à régler. Nous avons procédé sans hésiter et sans se complexer. C'est pas le devoir qui prime. C'est le plaisir. La joie de la rencontre fatale, universelle, du mot et de l'image.
    Vous trouverez ici du comique, du tragique et du lyrique. L'idée de bestiaire, insufflée par Apollinaire, se perpétue, se complexifie et s'affine car mon imagier est très proche de la nature zoologique et botanique. Sans être pastoral, tout ça, c'est certainement passablement bucolique. C'est un hymne inconditionnel d'amour joyeux pour cette nature si dense, si merveilleuse, si fantastique, si fragile, qui n'appartiens à personne mais envers laquelle nous avons tous une cruciale responsabilité de déférence.
    Après L'imagiaire Vergner publié chez le même éditeur, venez avec nous rêver et rimailler dans L'Imagiaire des pimprenelles.

    EXTRAITS À LIRE SUR LE SITE DE L'ÉDITEUR

  • Josiane est d'abord et avant tout une force de la nature. Josiane oeuvre dans tous ces métiers, professions ou activités bénévoles ou philanthropiques engageant la conscience : Pôle emploi, Restos fraternels, organisation caritatives diverses. La lie de la terre et les démunis, Josiane se les coltine au quotidien. Ses bénéficiaires lui pendent à l'encolure en permanence, comme autant de grigris aussi cuisants qu'incantatoires. Elle est si bonne, si fiable, si stable et d'aplomb. Elle aime tant et est si solide. On peut toujours se fier à elle.
    Mais cette force, c'est aussi une tension. Un comburant interne faisant pression sur chaque millimètre des parois de la citerne. Josiane est gonflée à bloc, tendue comme un câble. Et un jour, elle va le péter, justement, son câble. Elle va chasser du revers de la main une de ces vieillardes importunes comme il en bourdonne tant dans le vivier de son univers ordinaire saturé de la lie de la terre.
    Et la conscience, la conscience sociale mais aussi la bonne conscience de Josiane Muller va graduellement se fendiller, comme une mauvaise peinture sur un mur tremblant ou un maquillage trop épais, trop rigide, sous la pression des crispations faciales en redites. Et cette vie ordinaire, peuplée de chats, de petites gens, de bureaux, de restos et d'apparts modestes, cette vie décrite et dépeinte dans le style sobre, fin et convivial de Nicolas Hibon, va imperceptiblement se gorger de la plus hideuse des violences feutrées.

    Grosse de pus et de haine rentrée, de rage irrationnelle sublimée, une maritorne souriante de société occidentale tertiarisée ruinée va donc graduellement devoir se mettre à se défouler.

    EXTRAIT À LIRE SUR LE SITE DE L'ÉDITEUR

  • Un certain gardien du Jardin d'Eden, et qui se prend pour dieu, est mécontent des humains. Il suscite une fée en charge de tout remettre en ordre ; il en fait un vrai aspirateur qui ne crée rien mais qui efface . Nom de code ? Vacuum, la Fée à l'envers. Ritournelle néo-mythologique comiquement revisitée en tourneboule, le texte de Pierre Fayard est vif, nerveux, ironique, goguenard. Les vagues et les replis du récit sont chamarrés d'une bouffonne iconoclastie. Dans un sens comme dans l'autre, ce conte a du souffle. De fait, il nous emporte par son incroyable élan aspirant. Il nous avale atterrés et nous régurgite railleurs. Et quand on en finit avec ce petit roman, on juge en toute bonne conscience que la mise en existence cosmologique de l'humanité fut rien moins qu'une bourde énorme ! Mais ce n'est pas grave, ce n'est absolument pas grave, l'erreur est créative.

    EXTRAIT À LIRE SUR LE SITE DE L'ÉDITEUR

  • Le principe pictopoétique tel que nous le développons ici vient de Guillaume Apollinaire. La dernière partie du recueil Alcools (1913), intitulée "Le Bestiaire ou Cortège d'Orphée" présente trente images (qu'on appelle techniquement des bois) du dessinateur Raoul Dufy suivies chacune d'un titre et de quatre vers du poète, en octosyllabiques ou en alexandrins. Cent ans plus tard, nous avons complexifié la démarche en rallongeant le bout rimé à deux petites pages et surtout en travaillant plus dynamiquement le titrage. Si Apollinaire commentait le lapin, l'image et la petite épigramme s'intitulaient tout simplement "Le lapin", sans plus. Nous avons enrichi le jeu en lui insufflant une dimension plus aléatoire et plus automatiste de déclencheur poétique. L'imagier prend la photo et l'intitule selon son inspiration mais en évitant sciemment les intitulés descriptifs univoques au profit de vrais titres, au sens fort. Ainsi une salamandre jaune et noire au fond d'une caverne ne s'intitulera pas "Salamandre jaune et noire au fond d'une caverne" mais "Douceur". En procédant ainsi, en plus de fournir le crucial cadre visuel, mon imagier, qui est aussi un brillant écrivain, avance d'un cran dans le projet poétique en formulant sans tergiverser la direction déterminante de ce que fera le poème. Ajoutons que les connaissances spéléologiques, géologiques, archéologiques et historiques manifestées et exprimées ici viennent aussi de l'imagier.
    Ce troisième imagiaire fut pour moi l'occasion de m'adonner à un autre exercice particulièrement intéressant en poésie : faire le parolier. Plus qu'ailleurs, je me suis coulé ici dans l'univers intérieur d'Allan Erwan Berger. Je me suis insinué, comme un discret mais dense flux verbal, dans son monde de spéléologie, de géologie, d'archéologie, d'histoire locale, d'éco-tourisme international même. Quand je dis « je », c'est Berger qui parle. Quand je dis « toi » c'est à son amoureuse que je le dis. Je suis leur parolier et c'est ainsi que j'existe ici, sans complexe. J'adore faire ça. Il n'y a que Monsieur Laforêt (souvenir de mon vieux père) qui est de moi ici... et un tout petit peu le chat Alaska aussi. Pour le reste c'est Berger qui vous parle de ses marottes, bien en selle sur son dada... à tout le moins, c'est Berger tel que je l'ai imaginé à partir de ce puissant monde d'images qui a la profondeur et la densité du vrai et de l'étrange. L'exercice poétique fut donc ici aussi un bel exercice d'empathie. Le fait est que la caverne de Platon, comme celle de Berger, n'est plus vraiment la prison du savoir si on accepte sans préjugé de s'y enfoncer jusqu'au col, même indirectement... Telle fut ma tentative ici, sur images de vieilles pierres des vieux pays et souvenir sempiternel et universel des eaux.
    Venez donc avec nous rêver et rimailler, dans L'imagiaire des eaux et des pierres.

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  • Une jeune femme, mère de deux filles, cherche à relier l'émerveillement et le quotidien dans sa vie. Elle rêve, aspire et désire développer plus de qualité d'être et moins de quantité de toutes sortes de choses. Sa relation amoureuse étouffe peu à peu ses rêves. Pour s'en délivrer et briser les chaînes des limites, elle devra passer par une transformation « X, Y, Z », reculer les frontières de ses doutes afin de créer l'énergie vitale pour oser le changement.
    Un récit qui démontre que l'écoute du coeur est plus bénéfique pour s'épanouir que celle des conditionnements acquis et des raisonnements coupés de la voix de ce même coeur. Lorsque la vie du quotidien se joint aux aspirations profondes, l'unité s'installe et apporte le contentement.
    Carolle Anne Dessureault est passionnée par le développement de l'esprit. Tout en oeuvrant dans le domaine administratif et celui des relations publiques, elle a acquis en parallèle une formation en psychosynthèse, programmation neuro-linguistique, auto-hypnose et art oratoire. Elle livre ici un essai-témoignage sur l'aspiration à reconnaître la présence du moi intérieur et ses conséquences positives dans le quotidien. Depuis son plus jeune âge, elle s'intéresse au bien-être qu'apporte l'attention vigilante à ce qui est. Carolle Anne Dessureault a publié Infinitifs, poésie en prose (1987), chez Le Citoyen. Elle est aussi l'auteure de la Route de la vie, sorti en 1995 aux éditions Un Monde différent. En 1993, elle a collaboré au livre Vive la famille (1993) publié par Fides (Canada). Elle a de plus écrit quelques centaines d'articles dans différents blogs et webzines.

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  • Toute oeuvre d'art possède en elle, à des degrés divers, le pouvoir de faire naître, dans l'imagination de qui la regarde, des paysages, des spectacles, des histoires et des idées. Les commentaires et les poèmes qui accompagnent chaque image du présent recueil en sont l'illustration : tout d'abord ils n'ont pas été longs à naître - leur évidence s'est imposée avec toute la magie de la spontanéité, que rien ne peut expliquer ; ensuite, les sculptures de Serge Khodalitzky auraient pu inspirer tant d'autres récits ! C'est comme ça les artistes. Ils sont fertiles, et nous les comprenons si bien qu'ils nous rendent fertiles à notre tour. Voilà, au bout du compte, ce qui reste de l'humanité : des histoires, des blagues, des poèmes, des dessins, des statues. Nul art n'est imposture.
    Les textes sont de Laurenderau et de Berger. Intimement collectifs, ils ont tous été configurés, exploratoirement, en cadavres exquis.
    Nota bene que certaines sculptures de 2014, ayant été peintes depuis, sont de retour pour nous montrer leurs nouvelles robes. Aussi, plusieurs oeuvres murales sont interprétables dans un sens ou un autre. Enfin, la dernière image montre une Julie en projet, née d'un ventilateur.
    Après Assemblages, premier recueil de pictopoèmes sur les oeuvres de Serge Khodalitzky publié en 2014, voici Des assemblages à l'intégration.

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  • Serge-Ours Noiseux, dit Sournois, quêteux, mandoliniste de rues et versificateur automatiste du Faubourg Saint-Laurent à Montréal, Québec, Canada, est abruptement propulsé roi d'un ensemble de mondes dans la lointaine constellation de Proxima Centauri. Il se donne alors le nom officiel de Contumace 1er. Ce petit changement d'échelle dans l'appréciation qu'il est forcé de porter sur lui-même ne laisse par le personnage tout à fait de marbre mais enfin, on a connu plus estomaqué. Tout de suite, Serge-Ours égrène commentaires et questions, tandis que le protocole s'agite autour de lui, l'inondant de gros billets de banque et de facilités multiples, entremêlées d'un peu de mondanité et d'un solide petit ensemble, ardent et imprévisible, d'opportunité amoureuses.
    Ce roman inattendu nous fait faire un petit tour en touristes dans le Montréal des artistes de rues autant que dans les hautes sphères de l'autocratie sidérale décomplexée. Une problématique politico-artistique s'y esquisse. C'est qu'en compagnie du roi Contumace, on fait plus ample connaissance avec ce petit morceau de bravoure fictionnelle, qu'est la monarchie constitutionnelle. On confirme que cette dernière vide le roi de ses pouvoirs alors que son peuple le garde, pantin scintillant, gonfalon flacotant, phare pulsionnel en rythme. Sous monarchie constitutionnelle, on charrie en pleine vie publique certains des éléments les plus tragicomiques des contes de fée. Le Roi Contumace, qui écrit en Je dans un style flamboyant, goguenard et lapidaire, nous parle de son court règne et ce, en le traitant ouvertement dans l'angle délirant, l'angle barbouilleur, l'angle narcomane, l'angle dadaïste, l'angle amoral aussi, cruel, roide, arbitraire, inquiétant. Le lecteur est ici, aussi, convié à une rencontre métissante entre l'héritage du sceptre anglais et de la guillotine française (sans oublier les tempêtes de neige soviétiques, donc nordiques). Le résultat est une petite satire bouffonnement post-coloniale autant que suavement cosmologique.

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  • Buczko

    Loana Hoarau

    F oin d'envolées théoriques. C'est bien plutôt dans son action fulgurante - par la pratique, si on ose dire - que le pédophile est étudié dans ce roman. C'est d'ailleurs fait avec une mæstria hautement perturbante. Notre sociopathe profond se déploie pour nous, sans malices ni artifices. On domine et comprend intimement le lot gesticulant de ses petites maniaqueries proprettes. On domine et comprend intimement sa sourde misanthropie. On domine et comprend intimement son adultophobie implacable. On comprend, on finit presque par partager sa frustration insondable et sa colère cuisante, pourtours inévitables de son programme radicalement négateur, amoral et nihiliste. C'est une des vertus de la fiction que de pouvoir entériner le monde des monstres.
    L'amour suave et délétère de cette narco-crapule semi-psychotique de Buczko pour les petites filles nous est instillé, drogue d'entre les drogues, presque avec du sublime dans la voix. La destruction de la victime prend place en nous lumineusement, en rythme, par petits bonds nerveux.
    Le propos de cet ouvrage n'est absolument pas moraliste. Sa cruauté est absolue, hautement dérangeante, répugnante, révoltante, comme gratuite. Et pourtant (car il y aura un et pourtant...) notre pédo-toxico se retrouve avec une terrible clef anglaise jetée par le sort, dans le moteur bourdonnant de sa mécanique criminelle tellement rodée.
    C'est une jeune femme qui écrit. Loana Hoarau en est à son deuxième roman. Tributaire des mêmes hantises que le premier, celui-ci est beaucoup plus assumé, plus solide, plus achevé. Un scotome s'imprime. Une oeuvre s'annonce.


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  • Gaby : « À mes yeux, l'été 1976 est un été à oublier... »
    Voici la première phrase d'un récit écrit à deux, dont les auteurs ont le front d'affirmer qu'il est basé sur un souvenir commun. 1976 était, à Montréal, l'été des Jeux olympiques. Gabriel, le Gaby du Bout de l'île, aurait préféré ne pas s'en rappeler du tout. Pour Liliane, qui rêve de faire carrière dans la marine marchande : « Les Jeux olympiques ont toujours été pour moi une source d'indifférence... »
    Ça commence bien.
    Comment ces deux-là ont-ils fait, dans ces conditions, pour s'entendre et raconter quelque chose de cohérent à propos de cet été 1976 si mal embouché ? Qu'y avait-il eu de si extraordinaire pour qu'avec des points de vue si opposés, Daniel Ducharme et Marie-Andrée Mongeau décident, une vie plus tard, de revenir sur le sujet ?
    Cette chose extraordinaire, ce fut leur rencontre. Plus exactement, c'est, aujourd'hui, le regard qu'ils portent sur cette rencontre de jadis, se remémorant, ou non, les événements. Car qu'est-ce qui est réel et qu'est-ce qui est fictif, dans cette histoire ?

  • « Lorsqu'il fut établi que personne ne serait en mesure d'empêcher l'Armée de Secours de foncer dans le tas tête baissée, les soldats expérimentés d'Asia les prirent de vitesse. Ils se sacrifièrent pour réussir une percée dans les défenses ennemies. La plupart d'entre eux furent cueillis en pleine charge par les armes de jet de l'Élysée. Leur mort permit de créer une petite brèche dans laquelle la horde de femelles s'engouffra, massacrant à tour de bras, de l'intérieur, les forces de l'Élysée. C'était comme si des siècles à contenir leur animalité derrière des sourires charmeurs, une coquetterie forcée et des putains de cérémonie du thé à la con explosaient tels des pieds bandés lotus d'or enfin libérés. De mémoire militaire, jamais on ne vit un tel carnage sur un champ de bataille. »

    Dans cette suite du Chevalier à la canne à pêche, l'écriture de Guilhem est un triomphe de la rencontre de l'Heroic Fantasy et de l'humour. Savoureusement imaginatif et d'une qualité d'évocation remarquable, son récit nous emporte dans cette mascarade lumineuse où tout est possible et où la surprise de lecture, atterrée et joyeuse, est omniprésente. L'imagination débordante de cette saga titanesque pousse, comme irrésistiblement, à une lecture dévoratrice. Guilhem signe là un deuxième tome à sa Saga de l'Antévers à la hauteur de nos espérances les plus folles.

  • Les invitées

    Christina Mirjol


    Marie-Louise, dit Christiane, c'est Dampmart, pas Paris...


    C'est le club de basket, les paniers, les filets, les maillots, les sifflets, les ballons rouges grainés incrustés de lignes noires, le terrain en plein air prêté par l'Évêché, le footing, la kermesse, les coupes de fin d'année, les entraînements de la semaine, les matchs du dimanche, les poussins, les juniors, les petites benjamines, mais surtout, dit Christiane, c'est elle la capitaine de notre équipe senior.

    Une question se pose en permanence quand on lit de la fiction : celle de la force d'évocation. Comment, par quel mystère ondoyant, aussi intangible, un traitement ordinaire, des thèmes ordinaires, un rythme ordinaire, un genre littéraire ordinaire, une langue ordinaire, dépouillée même, sobre, simple... peuvent mener à des résultats extraordinaires. C'est cette question captivante qui nous hante en permanence lors de la lecture de ce recueil remarquable de neuf nouvelles succinctes (dont l'une s'intitule elle-même Les invitées).
    Les nouvelles de Christina Mirjol sont réunies en une thématique bien particulière : la mort. La mort est un mot, un concept, un phénomène qui englobe la perte, le décès, les funérailles, le deuil, le drame, la libération aussi. La mort en soi n'est rien, vous l'avez compris ; c'est son impact sur les vivants qui est pris en compte ici. Et il est abordé de bien belle façon dans ce magnifique ouvrage.
    Parfois drôle, parfois tragique, la mort est présente dans nos vies et, bien entendu, elle s'invite au moment où on l'attend le moins...

    Née en 1949 à Casablanca où elle a vécu jusqu'à l'âge de sept ans, Christina Mirjol vit et travaille à Paris. Pour elle, l'écriture est un retour merveilleux vers ce qu'on est profondément. Elle ne l'a pas toujours été. C'est-à-dire qu'il n'en était pas question. Pendant de longues années, un objectif plus grand occupait ses pensées : il fallait parler. Ainsi de l'écriture qu'elle exclut totalement, jusqu'à la sacrifier sur l'autel du théâtre, auquel elle se dédie entièrement, passionnément.
    Elle commence à écrire en 1999. Ce ne sont pas seulement les quelques morceaux épars d'écriture qu'elle livre à la scène qui la poussent, et, paradoxalement, ce n'est pas l'écriture. C'est quelque chose de plus lointain, qui se passe bien avant, au temps de la parole, de la tragique naissance des mots, dont elle pressent, très jeune, la fin inéluctable. Écrire pour faire parler, faire entendre des voix appelées à s'éteindre, elle ne saurait donner une plus juste définition à son acte d'écrire. Et Les invitées en est la figure la plus parlante...

  • Le principe pictopoétique tel que nous le développons ici vient de Guillaume Apollinaire. La dernière partie du recueil Alcools (1913), intitulée Le Bestiaire ou Cortège d'Orphée, présente trente images (qu'on appelle techniquement des bois) du dessinateur Raoul Dufy suivies chacune d'un titre et de quatre vers du poète, en octosyllabiques ou en alexandrins. Cent ans plus tard, nous avons complexifié la démarche en rallongeant le bout rimé à deux petites pages et surtout en travaillant plus dynamiquement le titrage. Si Apollinaire commentait le lapin, l'image et la petite épigramme s'intitulaient tout simplement Le lapin, sans plus. Nous avons enrichi le jeu en lui insufflant une dimension plus aléatoire et plus automatiste de déclencheur poétique. L'imagier prend la photo et l'intitule selon son inspiration mais en évitant sciemment les intitulés descriptifs univoques au profit de vrais titres, au sens fort. Ainsi un papillon bleu sur une fougère ne s'intitulera pas Papillon bleu sur une fougère mais Dans la lande des langues. En procédant ainsi, en plus de fournir le crucial cadre visuel, mon imagier, qui est aussi un brillant écrivain, avance d'un cran dans le projet poétique en formulant sans tergiverser la direction déterminante de ce que fera le poème. Ajoutons que les connaissances entomologiques, zoologiques et botaniques manifestées et exprimées ici viennent aussi de l'imagier.
    Les photographies naturalistes d'Allan Erwan Berger se prêtent superbement à l'exercice auquel nous nous adonnons ici. Il est clair qu'un courant important de la poésie moderne évolue vers la miniature. Du temps d'Homère et aussi du temps de Malherbe on pouvait écrire des ouvrages entiers en vers. Victor Hugo et Alfred de Vigny, Louis Fréchette et Octave Crémazie, dans le monde francophone, ferment cette marche tonitruante de l'ode, de l'élégie et de la stance. Maintenant, avec Verlaine et Vigneault, le poème aborde le monde du petit, du fin, de l'intériorisé. Et aussi, maintenant, avec Queneau et Gauvreau, il s'approprie Dada, le grotesque, le bouffon, le cabot le foufou autant que la langueur, le vague à l'âme et la sagesse. La poésie n'est plus un art majeur mais, de ce fait, elle est maintenant vraiment plus libre que jamais. Faire du vers libre, c'est se donner toutes les structures appropriées, de la plus stricte à la plus lâche, de la plus héritée à la plus improvisée, fonction du problème à régler. Nous avons procédé sans hésiter et sans se complexer. C'est pas le devoir qui prime. C'est le plaisir. La joie de la rencontre fatale, universelle, du mot et de l'image.
    Vous trouverez ici du comique, du tragique et du lyrique. L'idée de bestiaire, insufflée par Apollinaire, se perpétue, se complexifie et s'affine car mon imagier est très proche de la nature zoologique et botanique. Sans être pastoral, tout ça, c'est certainement passablement bucolique. C'est un hymne inconditionnel d'amour joyeux pour cette nature si dense, si merveilleuse, si fantastique, si fragile, qui n'appartiens à personne mais envers laquelle nous avons tous une cruciale responsabilité de déférence.
    Venez avec nous rêver et rimailler, dans L'Imagiaire vergner. LauBer, c'est Paul Laurendeau pour les poèmes et Allan E. Berger pour les images. Les premiers viennent du Québec, les secondes de France.

  • Maestria

    Loana Hoarau

    "LIMA 2.0" était toute une série de plans fixes, en grande partie en plongée totale ou en contre plongée. Dans le genre assez bien ficelé. Décors criards à l'esthétique soignée. Des corps en mouvement. Des corps aux gestes latents, comprimés, à l'apparence tout à fait normale et pourtant, il y avait quelque chose d'autre qui dominait. Quelque chose de déguisé, d'illicite, qui se reflétait dans l'oeuvre entière. Quelque chose d'impur, de calomnieux, de prohibé. Les séquences se hachuraient dans une lueur stroboscopique. Des coupes franches étaient utilisées pour sublimer des corps vulnérables que l'on torturait, que l'on éviscérait, que l'on démembrait. Des bourreaux invisibles par la déformation de l'image prenaient leur temps et leur rôle à coeur.
    Le son hors champ était lui aussi terrifiant, hypnotique. Distordu par des cris empreints de folie et des murmures en boucle tels des litanies.
    Rien n'était puéril. Tout était abouti. La séance vorace. Expérimentale. Contemplative. « LIMA 2.0 » était dans la lignée direct des snuff movies encensés par des milliers de personnes sur Terre. Un patchwork de sons caustiques, d'images féroces et de lumière écrasante. Un nouveau monde, un monde de découvertes. Un monde dépouillé de toutes informations trop commerciales et édulcorées. Un monde réel. Un monde interdit, qui avait été réalisé par un homme au cerveau assurément carbonisé.

  • À sa manière

    Loana Hoarau


    Je suis entré. J'ai attendu vers l'entrée, puis je me suis dirigé lentement vers le bureau d'accueil. La personne derrière, une femme blonde, les cheveux courts, tapait sur son clavier d'ordinateur, et ne m'a pas regardé. Elle a seulement dit "C'est pour quoi ?" J'ai dit que je venais déposer une plainte. Elle a dit "De quel genre ?" J'ai dit Une plainte pour des coups et blessures. Elle a continué à m'ignorer. J'ai dit "Et aussi pour viol". La personne à l'accueil ne m'a regardé qu'une fois après avoir dit « pour viol ». Elle m'a fait répéter, comme si elle entendait ça pour la première fois, de la bouche d'un homme.


    /> Elle a eu un petit sourire, d'un quart de seconde. Comme si c'était un réflexe. Comme si ce n'était pas normal. Je pense qu'elle l'a regretté de suite, et qu'elle s'en est voulue, parce que que c'est là qu'elle a vu mon visage pour la première fois, un visage mordu par les privations et des douleurs. Elle s'est levée, elle a vu mon corps décharné. Elle m'a encore fait répéter, pour être bien sûre "Vous dites pour viol ?" j'ai opiné du chef. Elle a continué "Vous savez qui est votre agresseur ?" J'ai encore opiné et j'ai lâché le morceau "C'est mon frère.

    Le charme de Loana Hoarau, c'est qu'elle sait comment nous présenter calmement les réalités les plus cruelles qui cernent notre univers ordinaire... Après Exuo, qui nous a laissé tous pantois, voici le tout dernier roman de cet auteur remarquable.

  • La pédophilie au féminin existe. Je l'ai rencontrée. Elle me définit en profondeur. Ceci est un roman érotique. Moralistes et petits esprits s'abstenir. J'ai vécu les années déterminantes de ma vie de petite fille comme victime de la pédophilie d'une femme. Il n'y eut là rien de brutal, rien de grossier, rien de cuisant. La douceur de cette inoubliable expérience se compare au velouté d'une drogue dure. Se droguer est une aventure infiniment suave, dans l'immédiateté du moment. C'est seulement à terme qu'on se rend compte qu'on est en train de se détruire. De la même façon que je suis une toxicomane potentielle, je suis, en tant qu'adulte, une pédophile potentielle. Mon armature morale m'empêchera de céder parce qu'avec les drogues on ne détruit jamais que soi, tandis qu'avec la pédophilie, c'est une autre vie qu'on balafre pour toujours. Je ne le ferai jamais. Mais c'est là un effort permanent dont je revendique le mérite.
    Si vous voulez humer les effluves du banquet qui nourrit en permanence les pédophiles non violent(e)s et entendre l'insidieuse musique du joueur de flûte du Hamelin secret de l'amour, ouvrez ce délétère recueil de souvenirs. Tout y est avoué, sous le masque, certes, mais sans fard.

    Née en 1960 à Caraquet, dans la péninsule acadienne (Canada), d'une famille de vieilles souches française et jersiaise, Corinne LeVayer a passé son adolescence et le tout début de sa vie adulte dans la région de Montréal avant de partir faire carrière aux États-Unis. Pendant près de vingt-cinq ans, elle fut musicienne de boîte de nuit et directrice artistique de joints (bastringues) à Atlantic City, la grande ville portuaire de jeu du New-Jersey. Corinne LeVayer vit aujourd'hui avec son épouse et les parents de cette dernière dans un petit village à la frontière du Québec et de l'Acadie. Toujours musicienne (pianiste et contrebassiste) sur la scène locale, elle se consacre, depuis quelques années à la composition d'arrangements de jazz ainsi qu'à l'écriture de textes en prose, et en poésie. Publié en 2012, son recueil de poèmes, Gouines coquines de ce monde, est basé sur la partie américaine de sa vie et de sa carrière. Mes grands yeux de poupée pleurent encore est son premier roman

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