Éditions de la Maison des sciences de l'homme

  • D'où vient l'idée étrange que les Blancs seraient aujourd'hui, au même titre que les minorités, victimes de discriminations, voire d'un "racisme anti-Blancs" ? Fruit d'une conscience raciale blessée, cette croyance trouve ses racines dans les Etats-Unis du XVIIIe siècle. Depuis quelques années, Donald Trump l'a plus que jamais politisée avec sa promesse de restauration d'une préséance blanche perdue, confisquée par d'autres. Une telle rhétorique victimaire résonne de notre côté de l'Atlantique, où l'on parle désormais de "déclin" ou de "stigmatisation" de l'homme blanc. En dévoilant les origines de ce discours, Sylvie Laurent démontre que le "pauvre petit Blanc" est un mythe, un tour de passe-passe des élites blanches qui s'approprient la posture de l'opprimé pour préserver leur statut et leur privilège racial, vivement contestés depuis les années 1960 jusqu'à Black Lives Matter.

  • Depuis les années 1990, des associations, comme Allegro Fortissimo et plus récemment Gras politique, ainsi que des militantes et autrices comme Gabrielle Deydier, ont imposé un nouveau terme pour parler des discriminations liées au poids : la grossophobie. La tendance « body positive », résultat de ces mobilisations contre les normes esthétiques et pondérales dominantes, a renouvelé les problématiques propres aux mouvements féministes et queer, mettant à nouveau la question du corps au coeur des revendication des militantes dans le monde entier. Pourtant, les réseaux sociaux demeurent saturés d'« humour » grossophobe et la tyrannie de la minceur continue de sévir, générant mal-être, troubles du comportement alimentaire ou encore pratiques d'autocensure. Plus grave encore, les études chiffrées sur la grossophobie montrent qu'au-delà d'un certain poids les discriminations se systématisent. Elles ont lieu à l'embauche, au travail, mais aussi sur les applications de rencontre, dans les salles de sport, chez le médecin et même dans l'intimité, avec la famille. Avec cet ouvrage, Solenne Carof, signe une des premières études sociologiques sur la grossophobie en France. Que vivent les personnes très corpulentes dans une société comme la nôtre ? Que révèle le stigmate de gros ou de grosse des normes qui pèsent différemment sur les hommes et sur les femmes ? Quelles conséquences cette stigmatisation a-t-elle sur les personnes concernées ? Au fil de son enquête, l'autrice dévoile les rapports de pouvoir qui se nichent dans la question du poids et structurent les hiérarchies propres à notre société. Une étude décisive pour mettre en évidence l'importance d'une discrimination encore peu condamnée, tant socialement que juridiquement.

  • Le 11 mars 2011, au large des côtes de l'île japonaise de Honshu, un séisme de magnitude 9,1, doublé d'un tsunami, provoque plusieurs explosions et la fonte de trois des six réacteurs de la centrale nucléaire de Fukushima Dai ichi. Dix ans après, les conséquences sociales de la gestion de l'accident sont en cause. Les nombreuses victimes, dont la vie a été profondément bouleversée par la tragédie, peinent à retrouver une vie normale. Cécile Asanuma-Brice, chercheuse au CNRS et résidente permanente au Japon, revient sur le déroulé d'un désastre qui se prolonge jusqu'à nos jours. L'ouvrage mêle témoignages et analyse scientifique des politiques d'administration de la catastrophe : refuge, incitation au retour, actions citoyennes, décontamination, répercussions sanitaires, communication du risque et résilience. Autant d'enjeux cruciaux pour une reconstruction en débat.

  • En 2007, une polémique secoue le monde du jeu vidéo : Resident Evil 5, nouvel épisode d'une série mondialement connue, est accusé de racisme ! La bande-annonce du jeu met en scène le héros, un soldat blanc nommé Chris Redfield, dans une petite ville d'Afrique indéterminée. Chargé d'enquêter sur les agissements d'une corporation soupçonnée de produire un virus mutagène, il est soudain assailli par une horde de zombies, tous noirs. Il se met à les abattre à la chaîne. Certains dénoncent ces images, d'autres relativisent la violence. Face aux polémiques, comment l'industrie du jeu vidéo pense-t-elle la diversité ? Dans cet ouvrage, Mehdi Derfoufi, joueur et chercheur, interroge le rôle des stéréotypes de race et de genre dans la fabrique des jeux vidéos. Alternant l'analyse politique et la critique culturelle, il réfléchit aux conditions qui permettent aux productions alternatives de voir le jour - notamment dans les pays du Sud. Une nouvelle culture vidéoludique émerge, polycentrique et multiculturelle. Contre l'hégémonie, la riposte s'organise.

  • Dans la foulée de la révolution iranienne, et avec notamment les attentats du 11 septembre 2001, un vaste mouvement témoigne dans le monde entier de logiques de violence qui en premier lieu mettent en avant la religion musulmane. Aux États-Unis, au Royaume-Uni et ailleurs, les chercheurs, les responsables politiques, les think tanks, les agences de sécurité et les médias se sont massivement emparés du phénomène qu'ils qualifient de radicalisation afin de l'analyser et le comprendre. En France, et pour des raisons idéologiques, la notion de radicalisation est mise de côté. Pourtant, les problèmes qu'elle recouvre sont vastes et nombreux : il était urgent d'en analyser les ressorts. Qui se radicalise, comment, pour quelle raison ? Quels rôles jouent l'idéologie, le contexte politique, la situation sociale, la religion elle-même pour les individus qui s'engagent dans des processus aboutissant à des attitudes où se conjuguent inflexibilité, désir et pratique d'une violence sans limites, dans une guerre totale contre la société ? Farhad Khosrokhavar était le mieux préparé par ses recherches pour suivre les méandres les plus récents de l'islam radical. Il nous apporte des connaissances souvent étonnantes et une analyse approfondie de la radicalisation jihadiste en Europe et dans le monde arabe. Il nous propose aussi un éclairage particulièrement saisissant des processus se traduisant par exemple par l'afflux de jeunes Européens vers la Syrie.

  • À l'heure où l'Amazonie connaît une crise majeure affectant la planète dans son ensemble, il est indispensable de (re)lire ce classique de l'anthropologie de la nature, qui a fait l'objet d'un nouveau travail éditorial et propose une préface inédite. Isolés dans la forêt du haut Amazone, les Jivaro Achuar d'Amazonie équatorienne domestiquent dans l'imaginaire un monde sauvage qu'ils ont peu transformé. En peuplant la jungle, les rivières et les jardins de parents animaux et végétaux qu'il faut séduire, contraindre ou cajoler, cette ethnie guerrière donne à la nature toutes les apparences de la société. À partir d'une ethnographie minutieuse de l'économie domestique, l'auteur montre que cette écologie symbolique n'est pas réductible à un reflet illusoire de la réalité, car elle influence les choix techniques des Achuar et, sans doute même, leur devenir historique.

  • Les beautés arbitraires ont une histoire qui précède la question esthétique du beau et la dépasse. Fortes d'un je ne sais quoi qui les fonde à l'écart des systèmes théoriques, elles renversent au XVIIIe siècle la construction sociale du goût. Il se peut que cette conquête soit le plus grand effort de la pensée moderne. Distinguer, du point de vue de l'histoire de l'art, ce que recouvre la notion d'arbitraire, telle est la vaste énigme dénouée dans ce livre. La reconnaissance des beautés arbitraires se heurte à l'absolu d'un modèle antique qu'il est temps de contredire à l'époque moderne. Car il n'est rien de fixe, ni d'immuable dans l'arbitraire de la beauté, tout entier laissé à l'imagination du peintre, du poète, de l'architecte ou du musicien... Beauté chimérique opposée à la beauté véritable, elle revêt soudain valeur de rareté et de distinction et se transforme en beauté nécessaire, liée à l'invention de formes nouvelles qui peuvent plaire et toucher universellement. Entre caprice et convention, non-sens et vraisemblance, raison et sentiment, beautés essentielles et arbitraires échangent leurs rôles pour représenter différemment le monde et ses figures.

  • Violences extremes. enqueter, secourir, juger. republique democratiqu e du congo, rwanda, syrie Nouv.

    Durant ces dernières décennies, le Rwanda, la République démocratique du Congo et la Syrie ont été les terrains de situations de violences extrêmes. En tant que témoins, les auteurs de ce livre nous éclairent sur trois moments-clés qui jalonnent ces épisodes tragiques : l'enquête, le secours et la mise en place des procédures de justice menant au jugement. Tous ont été enquêteurs, de diverses façons. Les chercheurs et chercheuses en sciences sociales apportent leurs éclairages par le biais d'investigations, d'analyses et de publications, s'engageant dans les controverses qui surgissent parfois, notamment sur la situation au Rwanda : quelles furent et sont encore aujourd'hui les manières d'enquêter sur le génocide des Tutsis ? Les praticiens humanitaires décrivent les opérations de secours, le travail quotidien au milieu des scènes de violence et la création de réseaux de soutien, tout en se faisant les porte-parole de celles et ceux qui vivent au milieu des destructions. Le livre donne également la parole à une journaliste dont les enquêtes portant sur le Kivu (dans l'Est de la République démocratique du Congo) interrogent non seulement le traitement médiatique de ce terrain, mais aussi les alliances indispensables aux journalistes pour avoir accès à ces espaces en guerre. Ces points de vue multiples s'appuient sur des sources nombreuses. Les sources judiciaires, quant à elles, permettent de restituer l'attitude des auteurs de violences en donnant accès à leurs discours, et proposent un état quantitatif des poursuites engagées contre eux. Cet ouvrage, fruit d'un long travail de terrain, apporte des éclairages et des interrogations nécessaires à la réflexion sur les espaces et les acteurs liés aux violences extrêmes.

  • La lutte, pas la guerre. ecrits pacifistes radicaux (1918) Nouv.

    Les jubilés sont l'occasion de découvertes et de redécouvertes. Parmi les documents à tort négligés ou tombés dans l'oubli les trois écrits du philosophe Ernst Bloch contribuent à une meilleure connaissance du courant pacifiste qui s'est développé en Allemagne après 1916. Ils furent écrits en 1918, pendant un séjour en Suisse (1917-1919) qui avait pour but officiel la rédaction d'un article commandé par l'Archiv für Sozialwissenschaft und Sozialpolitik sur les idées pacifistes dans ce pays. Bloch fut pendant ces années-là un des principaux collaborateurs de Die Freie Zeitung, un journal de Berne largement diffusé et opposé aux menées du gouvernement allemand : il y publia plus d'une centaine d'articles. Le journal en appelait non pas au pacifisme mais à une lutte active contre le bellicisme de l'Allemagne ; il souhaitait carrément la victoire des pays de l'Entente (France, Italie, Royaume-Uni, États-Unis), et saluait à la fois le plan de paix du Président américain Wilson et la Révolution russe. Le premier de ces trois textes, « Une défaite de ses armées est-elle nuisible ou utile à l'Allemagne? » présente aux Allemands les avantages d'une défaite militaire : elle serait d'abord et avant tout une défaite de l'autoritarisme prussien (dont l'auteur esquisse une analyse idéologique et historique) et elle rendrait possible à l'Allemagne un renouveau sur les plans politique et moral, principalement l'instauration d'une démocratie. Le deuxième texte, « Vade-mecum pour les démocrates d'aujourd'hui », qui est le plus long, développe davantage ces thèses contre la Prusse et l'Autriche. Il vante les idéaux politiques américains (libéralisme politique et démocratie) et les promesses du nouveau socialisme russe, dont l'Allemagne pourrait s'inspirer pour sa régénération. Les analyses historiques et idéologiques sont riches, nuancées et originales. Le troisième texte, « Sur quelques programmes politiques et utopies en Suisse » contient des exposés particulièrement riches sur le courant internationaliste d'inspiration catholique, sur la tendance socialiste marxiste, et sur la tendance anarchiste en Suisse. Bloch est proche de ce dernier point de vue, ce qui lui permet un jugement lucide sur les limites de l'approche déterministe marxiste. D'une grande richesse théorique et historique, ces trois textes étonnent par la position libérale et anarchiste de leur auteur, qui permet de mettre en perspective son ralliement ultérieur au marxisme. La traduction est accompagnée de notes explicatives.

  • Par quelles opérations un édifice ou un objet se trouve-t-il intégré au corpus du patrimoine ? Quelles sont les étapes de la "chaîne patrimoniale", depuis le premier regard jusqu'à l'éventuelle obtention du statut juridique de "monument historique" ? Quels sont les critères mis en oeuvre par les chercheurs de l'Inventaire pour décider que tel château, telle ferme, tel tableau d'église possède ou non une valeur patrimoniale ? Quels émotions animent les mobilisations des profanes en faveur des biens à préserver ? Et finalement, sur quelles valeurs fondamentales repose la notion même de patrimoine ? Telles sont les questions auxquelles répond de livre, à partir d'enquêtes au plus près du terrain. Car c'est dans le détail des procédures, des propos enregistrés, des scènes et des gestes observés que l'on peut réellement comprendre comment - c'est-à-dire pourquoi - les limites du patrimoine n'ont cessé, en une génération, de s'étendre, englobant désormais non seulement la "cathédrale" mais aussi la "petite cuillère" - selon les mots d'André Chastel définissant le service de l'Inventaire -, voire, tout récemment, la borne Michelin. Appliquant à la question patrimoniale les méthodes de la sociologie pragmatique, cette étude s'inscrit dans la perspective d'une sociologie des valeurs, tentant d'élucider ce qu'on entend aujourd'hui dans notre société par l'ancienneté, l'authenticité, la singularité ou la beauté - et ce qu'on en attend.

  • La loi de 1905 n'aura pas lieu - t01 - la loi de 1905 n'aura pas lieu - histoire politique des separ Nouv.

    Enquête policière autant qu'ouvrage d'histoire politique et d'érudition, ce livre nous entraîne dans les passionnantes aventures des grands hommes qui ont été les acteurs de la séparation des Églises et de l'État en France, comme Briand, Buisson, Clemenceau, Combes, Jaurès et les autres, sans oublier le combat des femmes pour exister face au sexisme ordinaire. L'ouvrage révèle l'importance des modèles étrangers (le Mexique, le Japon...), traque les oublis et les déformations de la mémoire collective, profane la légende dorée d'une « mise au pas » ou d'un « compromis » comme la légende noire d'une « persécution », montre les failles encore présentes dans le renouveau historiographique de ces dernières décennies. Le but de cette étude, qui conjugue anecdotes significatives et hypothèses théoriques, consiste à débusquer le secret de la Séparation : par quel « miracle » (Buisson) a-t-on pu aboutir à une « loi de liberté » (Briand), au moment même où, au nom de l'« émancipation », l'anticléricalisme d'État se trouvait entraîné dans une spirale de mesures de plus en plus répressives ? Cette loi constitue une double victoire pour la République française : victoire sur ses adversaires et, aussi, victoire sur elle-même, sur sa tentation, au nom d'un « État idéal », de refuser d'admettre « la diversité dans la liberté » (Clemenceau).

  • Les phénomènes migratoires atteignent une ampleur inédite et suscitent de graves crises sociétales en Europe et ailleurs. C'est pourquoi il importe d'en renouveler les analyses en se penchant sur la condition des exilés. Si les discours actuels font du migrant une figure propre à alimenter chiffres et statistiques, ils gomment son vécu et ses parcours, ses espoirs et ses souffrances. Or, le migrant est d'abord un exilé, porteur à ce titre d'une identité plurielle et d'une expérience de multiappartenance propres à enrichir le vivre-ensemble. Comprendre le migrant en tant qu'exilé permettra de mieux l'accueillir et, en place d'un droit d'asile défaillant, d'esquisser les fondements d'un droit d'exil.

  • Les images d'archives - bien précieux à la fois matériel et immatériel - sont aujourd'hui indispensables pour écrire et penser l'histoire. Pourtant, à l'heure où le numérique révolutionne leurs conditions d'accès, de reproduction et intensifie leur circulation, elles ne bénéficient pas d'un statut équivalent à celui des archives écrites ou des oeuvres d'art. Leur valorisation tout comme leurs métamorphoses soulèvent de nombreuses questions : politiques, juridiques, éthiques, économiques et esthétiques qui nécessitent une réflexion interdisciplinaire. Autour de Sylvie Lindeperg et d'Ania Szczepanska, des personnalités influentes du monde des images ouvrent le débat pour tenter de préserver ce qui est au fondement de l'imaginaire collectif du passé.

  • Sur quoi repose le succès d'un artiste en dehors de son pays d'origine ? Les attentes d'un public étranger orientent-elles la réception d'une oeuvre, parfois au prix d'une déformation de son sens initial ? Le « malentendu productif » a pu servir à expliquer les modifications que connaît la compréhension d'une production artistique selon le contexte national qui l'accueille. Ce phénomène expliquerait-il le succès de Robert Delaunay en Allemagne avant la Première Guerre mondiale ? Le peintre orphiste y est l'un des artistes les plus célèbres, dans un contexte pourtant marqué par de fortes tensions nationalistes. Au cours de l'année 1913, avec l'aide du galeriste et directeur de revue Herwarth Walden, il expose et voyage à deux reprises à Berlin. Ses oeuvres y suscitent l'engouement particulier de trois artistes expressionnistes aux trajectoires très différentes, et dont les travaux semblent à première vue très éloignés de ceux du Français : les peintres Ludwig Meidner et Lyonel Feininger, et l'architecte Bruno Taut. Ce livre retrace en détail ce qui a été alors lu et vu de l'oeuvre de Delaunay dans la capitale allemande. À travers l'étude de la réception critique du peintre français par trois figures majeures de la scène artistique berlinoise, l'auteur revient sur l'idée que le contexte culturel national entraverait la compréhension d'une oeuvre ou en influencerait systématiquement les interprétations. Sophie Goetzmann dépasse ici les préjugés nationaux qui nourrissent les débats esthétiques au début du XXe siècle et continuent d'imprégner aujourd'hui encore l'histoire de l'art. C'est ainsi qu'elle nous révèle les liens inattendus qui unissent, par-delà les frontières, les avant-gardes désignées sous les termes d'orphisme et d'expressionnisme.

  • Avec la loi de séparation des Églises et de l'État (1905) et son inscription dans la Constitution (1946 et 1958), la laïcité apparaît comme une référence importante en France. Depuis le début du xxie siècle, elle est de plus en plus invoquée, et une très grande majorité de Français affirment qu'ils y sont « attachés ». La plus grande confusion règne pourtant sur le sens de ce terme. De plus, hier valeur essentielle de la gauche, elle est de plus en plus omniprésente dans le discours politique de la droite et de l'extrême droite. En fait, nous explique Jean Baubérot, il n'existe pas de « modèle français » unique de laïcité mais des visions divergentes qui s'affrontent dans un rapport de forces toujours évolutif. Ainsi le contenu de la loi de 1905 a représenté un enjeu entre quatre conceptions différentes de la laïcité. Celles-ci ont subsisté en s'adaptant, alors que trois « nouvelles laïcités » ont apparu. Ces sept laïcités, l'auteur nous les décrit en les qualifiant : laïcité antireligieuse, laïcité gallicane, laïcité séparatiste stricte, laïcité séparatiste inclusive, laïcité ouverte, laïcité identitaire et laïcité concordataire. Pour finir, Jean Baubérot expose les mutations de la laïcité depuis la fin du xixe siècle et propose des hypothèses sur son devenir.

  • L'euthanasie fait débat. Cela fait vingt ans que des législations françaises entretiennent l'espoir de partir dignement chez ceux que la maladie condamne. Plusieurs ont pourtant fui en Belgique ou en Suisse. D&rsquoautres ont eu moins de chance. Ils sont morts seuls, suicidés. Philippe Bataille raconte leur combat et celui de leurs proches. Avec une grande finesse, le sociologue prolonge les débats éthiques qui laissent sans recours les désespérés qui demandent à partir. La clandestinité ne recule pas, elle devient la règle. La loi ne met pas fin à toutes les injustices, elle les renouvelle. Privés de droits, des condamnés réclament. Qui les entend?

  • Les philosophes lisent kafka.. benjamin, arendt, anders, adorno Nouv.

    Entre les années 1930 et les années 1950, quatre philosophes dont les liens intellectuels, biographiques et affectifs s'avèreront nombreux (Walter Benjamin, Hannah Arendt, Günther Anders et Theodor W. Adorno) se mettent à lire Franz Kafka. Dans un élan presque compulsif fait d'admiration, d'identification et de fascination, ils commencent chacun, simultanément, à écrire sur lui. Kafka dresse devant eux un défi : celui de penser à travers son oeuvre les multiples métamorphoses qu'ils sont eux-mêmes en train de vivre : métamorphose de l'homme, du sujet, du sens, et surtout de la philosophie, qui se défigurent alors sous l'impulsion de l'Histoire. Eparpillés, les textes de ces quatre auteurs sont pour la première fois ici rassemblés et interprétés ensemble, dessinant un carrefour de l'histoire de la pensée. Car à travers ces quatre rencontres se constituent les prémices de ce qu'on appellera l'Ecole de Francfort, et se dessinent les jalons d'une forme inédite jusqu'alors de modernité philosophique. Dans cet essai qui mêle histoire des idées, philosophie et littérature, Léa Veinstein montre que les philosophes ont lu et lisent Kafka avec une intensité lumineuse - preuve s'il en faut que cette oeuvre demeure une matière vive et féconde, qui aujourd'hui encore nous saisit et nous donne à penser.

  • « L'argent est la seule création culturelle qui soit de pure énergie, qui se soit complètement abstraite de son support matériel, n'étant plus qu'absolu symbole. Il est le plus significatif des phénomènes de notre temps dans la mesure où sa dynamique a envahi le sens de toute théorie et de toute pratique. » La Philosophie de l'argent de Georg Simmel, dont la première édition parut en 1900, suivie d'une édition augmentée en 1907, a donné à la sociologie, au moment même où elle naissait en Allemagne, un tour très particulier. Comme le marxisme Simmel traite du capital et du travail ; comme Max Weber il traite des formations sociales et des forces morales qui les portent. Mais il le fait en des termes qui, tout à la fois, sont profondément marqués par le contexte spirituel de l'époque - en particulier la « philosophie de la Vie » - et qui ont révélé toutes leurs potentialités critiques en ce qui concerne l'interprétation de la « vie moderne ». Les cinq textes de ce recueil portent précisément sur le rapport entre l'argent et « l'économie de la vie ». Il ne s'agit nullement de parega mais, dans l'optique de la sociologie de la culture dont Simmel est le fondateur, d'études qui permettent d'appréhender l'ensemble de sa pensée et qu'il a d'ailleurs en partie intégrées à certaines de ses publications majeures, et notamment à son ouvrage-testament Lebensanschauung.

  • "L'orgue joue", dit-on souvent, en oubliant que derrière les buffets de ces instruments et derrière leurs tuyaux impressionnants, un musicien oeuvre dans l'ombre, tissant ensemble les notes et les sons, façonnant dans l'acoustique une voie pour la musique. A l'écart des scènes de concerts, dans les hauteurs des églises, les organistes s'effacent autant que la présence de leur instrument en impose. Qui sont ces musiciens méconnus, ces artistes de l'invisible que l'on entend sans les voir ? Comment devient-on musicien lorsqu'on joue d'un instrument caractérisé par sa démesure, à l'écart du monde de la musique, dans l'intimité des églises ? Ce livre est une invitation à grimper les marches des tribunes et à entrer dans l'univers insoupçonné des organistes. Il s'appuie sur une enquête de terrain menée en France ainsi que sur des récits de vie qui, disposés en échos, révèlent la trame initiatique de l'apprentissage de cet instrument singulier qu'est l'orgue. Au fil des pages, l'auteure, ethnologue, rend sensible la nécessaire et délicate transformation des apprentis-organistes en musiciens accomplis, depuis la découverte de l'instrument jusqu'à sa maitrise, qui est aussi celle de la passion qu'il suscite. A la croisée d'une ethnologie contemporaine de la musique et des savoirs, et recourant à l'histoire, cet ouvrage rend compte des mutations profondes qui, dans une société sécularisée, modèlent le devenir de celles et ceux qui choisissent la voie des orgues.

  • Robert musil - la mise a l'essai du roman Nouv.

    Musil présente la particularité d'être reconnu comme un grand auteur de la littérature autrichienne par les spécialistes et d'avoir connu un large succès avec L'Homme sans qualités et surtout Les désarrois de l'élève Toerless, son premier roman, dont Volker Schlndorff a tiré un film récompensé au Festival de Cannes en 1966. L'Homme sans qualités est considéré comme une oeuvre pionnière du nouveau roman, à l'égal de l'Ulysse de Joyce. Traduit en français par un traducteur éminent, Philippe Jacottet, Musil eut son heure de gloire dans les années 1970 à 1990. Évoluant délibérément sur la frontière entre les sens et la rationalité, l'écriture et le monde romanesque de Musil ont fait de lui un auteur dont le monde des lettres francophone s'est emparé avec prédilection. Du côté allemand et autrichien l'effet de mode n'a jamais été aussi marqué, après la redécouverte de Musil suscitée par la première édition de L'Homme sans qualités par Adolf Frisé dans les années 1950 ; mais l'intérêt des spécialistes pour Musil n'a jamais faibli non plus. Musil, dans la période du regain d'intérêt pour la « modernité viennoise » et le débat « modernité/post-modernité », a retenu en France l'attention d'auteurs importants : outre le travail éditorial de Jean-Pierre Cometti sur le roman inachevé L'Homme sans qualités, il faut mentionner le philosophe Jacques Bouveresse (Robert Musil. L'homme probable, le hasard, la moyenne et l'escargot de l'histoire, Éditions de l'Eclat, 1993), le germaniste Jacques Le Rider ou le comparatiste Jacques Dugast (Musil. L'Homme sans qualités, PUF, 1992). L'ouvrage de Walter Moser, par sa profonde connaissance des deux mondes scientifiques, jette non seulement un pont mais il approfondit un aspect que l'approche d'histoire culturelle évoquait toujours sans le prendre à bras le corps : l'écriture de Musil. Sur ce terrain, on en restait en gros au jugement de Thomas Mann, selon lequel Musil était le Proust (ou le Joyce) autrichien. Mais on n'apprenait pas grand-chose de plus sur cette écriture. Walter Moser comble cette lacune.

  • La parure. et autres essais  (2e edition) Nouv.

    Le choix de textes de Georg Simmel, réunis dans ce livre, procède de la même curiosité éclectique qui a présidé à la réception de son oeuvre en France, en mêlant des études de psychologie sociale, qui prolongent celles déjà traduites sur l'argent, la mode, le conflit ou la femme, et des essais portant sur des questions d'esthétique. Douze des treize études ici réunies ont en commun d'avoir été écrites entre 1906 et 1908, c'est-à-dire à une période où Simmel s'est déjà éloigné du néo-kantisme et développe, en dehors de toute visée systématique, les analyses sociologiques qui formeront, en 1908, la matière de son oeuvre maîtresse : Sociologie. Études sur les formes de la socialisation. Dans ces essais, Simmel s'intéresse à des objets concrets, à des réalités de la vie quotidienne, telles que la vie de couple, la décoration de la maison, le désir qu'a tout individu de briller et de se parer. Cependant l'originalité et la profondeur des idées qu'exposent ces courts textes les tiennent à mille lieues de la littérature de circonstance. Qu'elles abordent le jeu d'une grande comédienne, comme la Duse, la théâtralité mensongère des ruelles vénitiennes ou les efforts de la peinture pour suggérer la troisième dimension, les réflexions de Simmel font toujours écho à la théorie philosophique : les concepts du néo-kantisme s'y retrouvent, sous une forme diffuse et adaptée aux besoins d'une conversation avec un lecteur cultivé mais pas nécessairement spécialisé. Dans l'essai plus tardif sur "La caricature", le changement des références philosophiques est patent : ce sont désormais les reflets d'une philosophie de la vie bergsonienne qui colorent l'analyse.

  • La possibilité d'une mobilité sociale ascendante était l'une des promesses phares de l'Allemagne d'après-guerre - une promesse tenue pendant un temps : la Coccinelle a laissé place à l'Audi, les enfants d'artisans sont devenus ingénieurs, de nombreux citoyens ont pu accéder au rêve d'une maison avec jardin. Mais aujourd'hui, l'ascenseur social semble enrayé : un diplôme universitaire n'est plus une garantie de statut ni de sécurité, les contrats de travail sont de plus en plus précaires, les employés participent de moins en moins aux bénéfices de leur travail. Certains ne se retrouvent plus dans cette société libérale vers les marges de laquelle ils se sentent repoussés. Le fossé entre les riches et les pauvres se creuse - un constat que la grande majorité des Européens font depuis quelque temps déjà et qui prend une ampleur croissante à l'heure actuelle. Oliver Nachtwey explore les causes profondes de cette rupture et s'intéresse au potentiel de conflit qu'elle génère. Une nouvelle conscience de classe binaire se manifeste dans le « contraste entre une élite et la majorité de la population ». Dans la société du déclassement, cela ouvre la voie à un courant autoritaire « qui se débarrasse des fondements libéraux de notre société ». Il convient alors de reconsidérer la responsabilité de la politique pour inverser la tendance.

  • Quel avenir faut-il prédire aux humanités ? Les signes d'une désaffection pour la culture humaniste se sont multipliés au cours des dernières années en France et ailleurs. Dans ce contexte morose et déprimé, le développement des humanités numériques apparaît à certains comme une planche de salut pour des disciplines autrement condamnées à disparaître. Toutefois, réinventer les humanités par le numérique suppose de relever trois défis de taille : leur rapport à la technique, leur relation au politique et enfin à la science elle-même. Les humanités numériques sont très critiquées : pour certains elles relèvent de la poudre aux yeux, pour d'autres, elles constituent une menace extraordinaire. Mais s'il y a bien quelque chose que l'on ne peut contester, c'est leur capacité à poser de bonnes questions aux différentes disciplines des sciences humaines et sociales. Penser la place que les humanités doivent tenir dans notre monde implique d'en redéfinir le contrat social et épistémique. Elles sont riches d'opportunités de ce point de vue : à condition de ne pas dénaturer la spécificité humanistique des pratiques de recherche auxquelles elles s'appliquent.

  • Dans le sillage de Jean Rouch ; témoignages et essais Nouv.

    Chacun connaît Jean Rouch, ethnographe majeur et véritable passeur culturel, qui fut également l'un des fondateurs de l'anthropologie visuelle. Pour célébrer, en 2017, le centenaire de sa naissance, Rina Sherman a invité amis, collègues et spécialistes de son oeuvre à nous faire partager les singularités du foisonnement « rouchien » : sa traversée de l'histoire coloniale et postcoloniale, ses films, ses expérimentations techniques, sa pratique de l'« anthropologie partagée », sa place dans l'histoire du cinéma comme dans celle des sciences humaines, son enseignement novateur de l'ethnographie visuelle... Elle a ainsi rassemblé une vingtaine d'essais inédits, contrastés et surprenants à plus d'un titre - angles nouveaux de prospection, témoignages et révélations diverses sur tel ou tel aspect de son travail et de sa vie -, qui attestent la qualité de l'oeuvre, sa complexité, et soulignent la vitalité actuelle de l'héritage de Jean Rouch.

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