Éditions des Équateurs

  • Homère continue de nous aider à vivre.
    Au long de l'Iliade et de l'Odyssée chatoient la lumière, l'adhésion au monde, la tendresse pour les bêtes, les forêts - en un mot, la douceur de la vie. N'entendez-vous pas la musique des ressacs en ouvrant ces deux livres ? Certes, le choc des armes la recouvre parfois. Mais elle revient toujours, cette chanson d'amour adressée à notre part de vie sur la terre. Homère est le musicien. Nous vivons dans l'écho de sa symphonie.  
    Pour écrire Un été avec Homère, Sylvain Tesson s'est retiré sur une île des Cyclades, au bord de la mer Égée, dans la lumière, l'écume et le vent. Nous sommes les enfants de notre paysage, écrivait Lawrence Durrell. 
    Un été avec Homère est à l'origine une série d'émissions diffusées pendant l'été 2017 sur France Inter.

  • Après Montaigne, Antoine Compagnon nous invite à passer un été avec Pascal. Un siècle de différence entre les deux hommes qui sont tous les deux fondateurs de notre modernité, c'est-à-dire de la liberté d'esprit. Pascal (XVIIe siècle) comme Montaigne (XVIe siècle) traite de l'homme, de la société, de l'univers, du pouvoir, de la foi, de l'angoisse, de la mort, du jeu : le tout et le rien. Nous connaissons tous les sentences célèbres de Pascal : « Le silence éternel de ces espaces infinis m'effraie. », « Qui veut faire l'ange fait la bête », « Le coeur a ses raisons que la raison ne connaît point. ».

    Antoine Compagnon évoque à la fois la vie du génie Pascal (auteur du traité des Coniques), tout en allant chercher la signification de ses pensées elliptiques. Avec cette tournure d'esprit combinatoire, Pascal explore tous les possibles de la réflexion. En quarante et un chapitres (dont six inédits) il s'intéresse aussi bien à la question de la violence et de la vérité, de la tyrannie, à l'esprit de finesse, au divertissement et au juste milieu. Antoine Compagnon nous fait découvrir l'écrivain du miracle et de la grâce dont la pensée permet de mieux nous connaitre.

  • « Les gens seraient étendus sur la plage ou bien, sirotant un apéritif, ils s'apprêteraient à déjeuner, et ils entendraient causer de Montaigne sur le poste. Quand Philippe Val m'a demandé de parler des Essais sur France Inter durant l'été, quelques minutes chaque jour de la semaine, l'idée m'a semblé très bizarre, et le défi si risqué que je n'ai pas osé m'y soustraire.
    D'abord, réduire Montaigne à des extraits, c'était absolument contraire à tout ce que j'avais appris, aux conceptions régnantes du temps où j'étais étudiant. À l'époque, l'on dénonçait la morale traditionnelle tirée des Essais sous la forme de sentences et l'on prônait le retour au texte dans sa complexité et ses contradictions. Quiconque aurait osé découper Montaigne et le servir en morceaux aurait été aussitôt ridiculisé, traité de minus habens, voué aux poubelles de l'histoire comme un avatar de Pierre Charron, l'auteur d'un Traité de la sagesse fait de maximes empruntées aux Essais. Revenir sur un tel interdit, ou trouver comment le contourner, la provocation était tentante.
    Ensuite, choisir une quarantaine de passages de quelques lignes afin de les gloser brièvement, d'en montrer à la fois l'épaisseur historique et la portée actuelle, la gageure paraissait intenable. Fallait-il choisir les pages au hasard, comme saint Augustin ouvrant la Bible ? Prier une main innocente de les désigner ? Ou bien traverser au galop les grands thèmes de l'oeuvre ? Donner un aperçu de sa richesse et de sa diversité ? Ou encore me contenter de retenir certains de mes fragments préférés, sans souci d'unité ni d'exhaustivité ? J'ai fait tout cela à la fois, sans ordre ni préméditation.
    Enfin, occuper l'antenne à l'heure de Lucien Jeunesse, auquel je dois la meilleure part de ma culture adolescente, c'était une offre qui ne se refuse pas. »
    En 40 chapitres, Antoine Compagnon interprète Montaigne d'une façon claire, limpide, drôle. De l'engagement jusqu'au trône du monde en passant par la conversation ou l'éducation. Professeur au collège de France, ce grand spécialiste de l'autobiographie nous présente un Montaigne estival qui permet de bronzer notre âme.

  • La Recherche du temps perdu est une oeuvre inclassable si profonde qu'on la lit et la relit pour y découvrir « la vraie vie, la seule vie pleinement vécue », c'est à dire la littérature. Ce livre nous transporte dans les salons de la Belle Époque, sur une plage de la côte normande ou à Venise. Il nous parle de l'existence, des soubresauts de la mémoire, de la subtilité des rapports humains, de  l'ambiguïté des sentiments amoureux, des bienfaits de l'imagination ou de la beauté des arts. Chaque lecteur peut y abriter ses songes, y reconnaître ses joies et ses peurs et y apprendre des vérités sur soi-même.
    Aux côtés de Laura El Makki, huit romanciers, biographes et universitaires, parmi les meilleurs spécialistes, Antoine Compagnon, Raphaël Enthoven, Michel Erman, Adrien Goetz, Nicolas Grimaldi, Julia Kristeva, Jérôme Prieur, Jean-Yves Tadié, abordent les multiples facettes de la vie et de l'oeuvre de Proust :  comment retenir le temps qui passe ? Pourquoi aimer fait-il souffrir ? Peut-on vraiment connaître une personne ?
     « Tâchez de garder toujours un morceau de ciel au-dessus de votre vie » écrivait Proust dans Du côté de chez Swann. Telle est l'ambition aérienne et stimulante de cet Été avec Proust.
     
    Un été avec Proust est à l'origine une série d'émissions produites par Laura El Makki et diffusées pendant l'été 2013 sur France Inter.
     

  • Marcel Proust se répétait Chant d'automne de Baudelaire : 
     
    « J'aime de vos longs yeux la lumière verdâtre/
    Douce beauté, mais tout aujourd'hui m'est amer,
    Et rien, ni votre amour, ni le boudoir, ni l'âtre,
    Ne me vaut le soleil rayonnant sur la mer ». 
     
    Peut-être aucun poète ne nous t-il a laissé autant d'images durables et de vers mémorables. Il fut le poète du crépuscule, de l'ombre, du regret, de l'automne. Mais il est l'homme de tous les paradoxes. Il y a d'ailleurs chez lui une perpétuelle nostalgie du soleil sur la mer, du soleil de midi en été : «Adieu, vive clarté de nos étés trop courts ».
    L'été pour Baudelaire fut celui de l'enfance. Un été à jamais révolu. Et sa poésie est aussi la recherche de ce paradis perdu. Moderne et antimoderne, Baudelaire est d'une certaine manière notre contemporain. Aucun poète n'a mieux parlé des femmes - des femmes et de l'amour - que Baudelaire dans quelques poèmes sublimes comme La Chevelure ou L'invitation au voyage.

    Ce fut un homme blessé, un cruel bretteur, un fou génial, un agitateur d'insomnies. 
    Baudelaire aura été l'un des plus lucides observateurs de la désacralisation de l'art dans le monde moderne, lui qui admirait tant la peinture de Delacroix et de Manet. Dandy et proche des chiffonniers, anarchiste de gauche puis de droite, il fut l'homme de tous les paradoxes et originalités.
     
    En 30 chapitres qui sont autant de diamants noirs, Antoine Compagnon aborde le réalisme et le classicisme de Baudelaire,  le rôle de Paris et de Honfleur, de la ville et de la mer mais aussi le rire, la procrastination et le catholicisme. Dans le même esprit qu'Un été avec Montaigne, « à sauts et à gambades », Antoine Compagnon nous fait redécouvrir Les Fleurs du mal et Les Petits poèmes en prose en nous faisant partager un Baudelaire inclassable et irréductible. 

  • Chaque fois qu'une tempête s'annonce dans l'Histoire, on convoque Machiavel, car il est celui qui sait philosopher par gros temps. En effet, depuis sa mort en 1527, on ne cesse de le lire, et toujours pour s'arracher à la torpeur. Mais que sait-on de cet homme hormis le substantif inventé par ses contempteurs pour désigner cette angoisse collective, ce mal politique, le machiavélisme ?
     
    Né dans une république de princes, la Florence oligarchique de la Renaissance et de Savanarole, Machiavel est très tôt sensible à la politique. Premier secrétaire de la Seconde chancellerie, historien, dramaturge, poète, philosophe, politologue avant l'heure, admirateur des peintres, des ingénieurs, des médecins et des cartographes, incorrigible provocateur, Machiavel est surtout un très fin spectateur. En Europe, il voyage, scrute les rapports de force qui meuvent les hommes, renifle les remugles du pouvoir. Il s'étonne de voir, qu'en France, Louis XII tient son peuple d'une main de fer et que ce dernier ne l'en aime que davantage. Peu à peu, l'homme aiguise son style. Chez lui, tout est bon pourvu que l'on puisse exercer l'art du mot juste, « la vérité effective de la chose » : « L'amour est préférable, mais la force, parfois, inévitable ».
     
    La chance de Machiavel est d'avoir toujours été déçu par les hommes d'État qu'il a croisés sur son chemin. C'est pour cela qu'il a dû inventer son Prince de papier. Si le livre s'attache à dissocier l'action politique de la morale commune, la question demeure aujourd'hui encore de savoir, non pas pourquoi, mais pour qui écrit Machiavel. Pour les princes ou pour ceux qui veulent leur résister ? Et qu'est-ce que l'art de gouverner ? Est-ce celui de prendre le pouvoir ou celui de le conserver ? Qu'est-ce que le peuple ? Peut-il se gouverner lui-même ? Pensez-vous que les bonnes lois naissent de législateurs vertueux ? La fin peut-elle justifier les moyens ? Au-delà de conseils cyniques aux puissants, Machiavel s'interroge en profondeur sur l'idée de la souveraineté populaire car « le peuple connaît celui l'opprime ».

    Avec verve et une savoureuse érudition, Patrick Boucheron nous éclaire sur cet éveilleur inclassable, visionnaire et brûlant comme un soleil d'été sur la terre toscane. Et avec lui, nous écoutons Machiavel, comme tous les autres avant nous, au futur.

    Un été avec Machiavel est à l'origine une série d'émissions diffusées pendant l'été 2016 sur France Inter.

  • Victor Hugo rêvait d'être « Chateaubriand ou rien ». Sa vie et son oeuvre dépasseront cette ambition. Il sera un océan à lui seul : romancier, poète, dramaturge, pamphlétaire, académicien, pair de France, député. Tout en conservant le génie de l'enfance, Victor Hugo empoigna le XIXe siècle, combattit les injustices, la peine de mort, et toutes les formes d'aliénation. Il croyait au mouvement, au progrès. Son défi était de n'avoir jamais peur. Malgré les épreuves, les deuils familiaux, l'exil, Victor Hugo choisit de vivre : « Je suis celui que rien n'arrête/Celui qui va ». Il mit sa force, son souffle dans l'amour des siens, la conquête des femmes, la création et la passion de l'humanité : « Ma vie est la vôtre, votre vie est la mienne, vous vivez ce que je vis ; la destinée est une. »
    Passer un été avec Victor Hugo ce n'est pas seulement se reposer à l'ombre d'un géant mais aussi voyager en sa compagnie, aimer jusqu'à l'épuisement et partager son sens de l'humour loin de l'image scolaire. 

  • Lorsque Marcia  Coulihan voit débarquer Lonesome Rhodes dans la petite radio locale de Fox, Wyoming, où elle assure l'intérim, elle saisit vite son intelligence derrière le personnage de péquenot naïf qu'il incarne à la perfection. Dès sa première chronique, Rhodes déchaîne l'enthousiasme des auditeurs.
    S'inspirant du village d'Arkansas dont il affirme être originaire, il met en scène les personnages truculents de « sa famille » le cousin Abernathy, la tante Lucybelle sans oublier « son pépé » Bascom pour s'adresser directement à l'Amérique ordinaire, entre deux extraits de folk et d'énormes éclats de rire : « c'qui nous faut c'est un peu plus de bons sentiments chrétiens et rudement moins de ce tourneboulis de notre époque. »
    Son destin bascule quand il fait campagne contre le shérif local. Le Time dépêche un chroniqueur et Lonesome, accompagné de Marcia, s'envole vers Chicago où il conquiert une audience nationale grâce son émission quotidienne « Votre voyageur de l'Arkansas ».
    Galvanisé par le succès, Lonesome se mêle de tout, donne, entre deux histoires drôles, son avis sur les maux, réels ou imaginaires, dont souffre le pays. Il s'érige en porte-parole d'une Amérique modeste, conservatrice et rurale, mais pétrie de bon sens. Comme le souligne Marcia : « En ce siècle d'angoisses atomiques, l'Amérique en revenait à la sagesse des bons vieux adages qui avaient fait sa grandeur. »
    L'argent afflue, les publicitaires se battent pour gérer son image, placer des produits dans son émission, des millions d'anonymes envoient des dons à sa fondation caritative.
    La consécration intervient avec son show TV, grande messe nationale, qui fait trembler les politiques de tous bords. Lonesome Rhodes devient un état dans l'état et profite de son influence pour s'adresser directement aux gouvernants étrangers, comme Winston Churchill.
    Ivre de pouvoir et d'alcool, il se tue accidentellement avant d'avoir eu le temps de déclarer la guerre aux « angliches » et aux « ruskoffs ».
     
    Adaptée au cinéma par Elia Kazan, Un homme dans la foule est une satire féroce, angoissante, du populisme et de l'influence des médias de masse. Écrit en écho au maccarthysme de l'époque, l'irrésistible ascension de l'incontrôlable et outrancier Lonesome Rhodes ne peut que résonner aujourd'hui.

  • Un jour les sentiers se vengeront d'avoir été battus, Ma porte étroite, c'est l'appel du large.
    Chaque soir, en voyage, devant un paysage, après une rencontre, Sylvain Tesson piège sa pensée et l'épingle dans son carnet. quelques mots forment un aphorisme et suffisent à décrire la cascade, les fleurs d'un alpage, l'odeur de l'aube dans les sous-bois, le plaisir de la marche. L'amoureux d'aphorismes est un peintre sans pinceau, un photographe sans appareil. Il saisit 'instant en entomologiste. L'aphorisme lui est comme le papillon : il éclôt de la pensée et s'envole léger.

  • D'Un été avec Baudelaire à l'hiver numérique, ou plutôt au printemps du numérique car l'une des caractéristiques de notre époque est la révolution virtuelle.
    Partant de l'exemple de Baudelaire et de son appréhension contradictoire par rapport à la technique et au monde moderne, Antoine Compagnon se confronte avec candeur et humour aux nouvelles technologies. Il faut dire que notre spécialiste mondial des Fleurs du mal et des Essais de Montaigne est aussi un ancien polytechnicien et ingénieur des Ponts et Chaussées. En quarante chapitres drôles et particulièrement piquants, Antoine Compagnon effectue des incursions désopilantes dans le monde de google, d'Amazon, de Wikipédia, des moocs, de ces êtres désormais puissants dans les universités américaines que sont les "digital officers". Confrontant en permanence l'ancien monde du papier et des archives à celui du tout numérique, n'hésitant pas à évoquer sa vie personnelle, et ses « prothèses » numériques mais aussi ses cours dans le monde entier, au Japon, en France aux États-Unis, au Québec, Antoine Compagnon se révèle un « geek » et un « nerd » particulièrement poétique et drôle sans parti pris révélant tantôt l'absurde de notre univers virtuel, ou au contraire son apport considérable à notre civilisation.
    Ces petits billets ont été publiés pendant une année dans le Huffington Post.

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